9.4

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Il y avait bien plus de monde dans la salle de sport du camp sur Terre que dans la station. Andrew croisa plusieurs officiers et hommes du sang qui le saluèrent. En entrant dans la grande pièce, il savait qu’il y trouverait Owen. À cette heure-ci, le matin, il faisait des séances de renforcement musculaire sur les machines. Ce Cavalier était quelqu’un d’adorable et doux, mais il valait mieux ne pas l’embêter. Un coup de poing et son adversaire pouvait se retrouver K.O. Il aimait garder la forme et pour ça, il s’entraînait dur. Ce dernier avait des chances de savoir où se trouvait sa nouvelle collègue, étant donné qu’ils avaient pris leur petit-déjeuner ensemble.

- Si tu cherches ton gars, Andy, il est dans la zone des tatamis ! intervint Cardoso depuis un tapis de course.

- Merci mec !

En petite foulée, Andrew passa dans la salle d’à côté. Plusieurs tatamis avaient été installés pour les entraînements au corps à corps où à l’épée. Sur l’un d’entre eux, Tihana Pavic et Amanda Flynn échangeaient quelques coups. Les combats de ses deux femmes étaient incroyablement féroces. Elles ne se faisaient aucun cadeau.

- Owen ! Tu n’y vas pas à fond, là !

- Désolé Lilly, mais je n’ai pas envie de te faire mal !

Les bruits des coups de Pavic et Flynn étouffèrent les éclats de voix des deux Suicidaires dans le fond du gymnase. Andrew détourna le regard en entendant sa subordonnée. Il s’approcha du dernier tatami. Lilly, dos à lui, passait une soufflante à Owen. Ce dernier ne semblait pas assez concentré. Ils étaient tous les deux en sueurs.

- Comment tu veux que j’arrives à battre le Capitaine si tu n’y vas pas franchement ? s’énervait Lilly. On recommence ! lança-t-elle en se remettant en position.

Owen remarqua la présence de son supérieur dans le dos de son adversaire. Lilly se retourna à son tour et fut surprise de le voir ici. Non, je ne suis pas prête pour le prochain combat, laissez-moi encore un peu de temps, Capitaine ! pensa-t-elle, soudain terrifié à l’idée de se faire exploser une autre pommette.

- Vous avez besoin de nous, Capitaine ? questionna Owen.

- Non, je cherchais Lilly, c’est tout.

- Eh bien, je suis là, Capitaine.

- Je voulais échanger quelques coups avec elle, inventa Owen, se souvenant que sa collègue voulait garder secrètes les raisons de ses entraînements.

- OK. Vous avez le droit. Vous ne fatiguez pas trop, tout de même. On ne devrait pas tarder à repartir en mission.

- Reçu, Capitaine, répondirent les deux Cavaliers.

Andrew commença à reculer, regardant tour à tour ses deux subordonnées. Il quitta le gymnase et Lilly put enfin soupirer. Elle se tourna vers Owen et se frotta le front.

- Tu crois qu’il m’a entendu ?

- Désolé, mais il y a moyen.

- On a encore plus l’air con d’avoir menti, alors.

Au vu de la tête d’Owen, leur supérieur avait tout entendu. Heureusement qu’elle n’avait pas été complètement honnête avec son collègue. Elle souhaitait bien évidemment devenir plus forte, mais elle avait également compris que ces entraînements imposés par son supérieur était une opportunité à ne pas manquer pour mettre à exécution les dernières volontés de son père.

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Brad Priwin
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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