9.3

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Très tôt ce matin-là, quelqu’un tambourinait violemment à la porte des locaux de l’escadron Suicide. Owen et Lilly étaient partis prendre leur petit-déjeuner, Haziel courait quelque part dans le camp et le Capitaine s’était muré dans sa chambre. Ezra, le dernier Suicidaire restant, pestait contre le supérieur de les avoir réveillé si tôt pour retourner sur Terre. Affalé dans un des canapés de la salle commune de l’escadron, il lui était impossible de retrouver le sommeil. Le Cavalier se leva pour ouvrir, agacé d’être dérangé dans sa jeu sur sa tablette, de si bon matin. Riley se présenta derrière la porte et poussa le Cavalier afin d’entrer.

- Docteur Scarola ? Mais qu’est-ce que vous faites ici ?

En civil, des cernes impressionnants sous les yeux, elle semblait survoltée et agitée.

- Ton boss, il est dans les parages ?

- Mais quand est-ce que vous êtes arrivée sur Terre ?

- J’ai pris une navette dans le hangar et je suis venue, c’est aussi simple que ça !

- Et vous avez le droit de vous pointez ici, comme bon vous chante ?

- Je suis chef de l’atelier qui répare ton matos, espèce de demeuré. Tu crois quoi ? Je repose donc ma question, où est Andy ?

- Dans sa chambre, je crois.

- Parfait ! Tu ferais mieux d’aller voir ailleurs pendant un moment, ça va saigner. C’est celle-là, sa chambre ?

- Euh, ouais…

Riley frappa des deux poings sur la porte.

- Ezra, je t’ai dit de me foutre la paix ! s’énerva le Capitaine depuis ses quartiers, pensant que son subordonné allait encore le déranger.

À peine la porte s’ouvrit que Riley se jeta sur l’officier, en tentant de le frapper au visage. Ce dernier n’eut aucun mal à voir venir le coup et l’esquiva, dégageant la main de l’ingénieur sur sa droite. Elle trébucha en avant, se redressa dans la seconde et pointa Andrew du doigt en s’approchant dangereusement. Il recula, se sentant menacé par cette femme.

- Riley ? Mais qu’est-ce que tu fiches ici ? Depuis quand tu es sur Terre ?

- J’ai posé exactement la même question il y a dix secondes ! intervint Ezra, au milieu de la salle commune, les mains dans les poches.

- T’es encore là toi ? Je t’ai dit d’aller voir ailleurs ! s’énerva l’ingénieur.

- C’est bon, je me casse.

Il haussa les épaules, fit un signe de la main et quitta les locaux du septième escadron.

- T’attendais quoi pour me dire que Rita était de retour ? hurla Riley, une fois la porte fermée. Et possédée en plus !

- Eh bien, à vrai dire, je pensais qu’on aurait géré le problème avant que tu l’apprennes.

- Gérer le problème ? Gérer le problème ! Et comment ! Amador m’a demandé à moi de gérer le problème ! Toi, tu comptais faire quoi ? Lui coller une balle dans le fion ?

- Mais non, ne sois pas bête, je n’irais pas tirer sur ma propre sœur. Même possédée.

- On en revient donc à ma question de base, tu comptais me prévenir quand ?

- Jamais ? se risqua à répondre Andrew.

Sa réponse déplut à l’ingénieur et elle tenta de nouveau de le frapper. Cette fois-ci, il se laissa faire. Elle lui assena plusieurs coups et il se contenta de se recroqueviller pour encaisser ses légères frappes de Riley.

- T’es vraiment un connard, Andy ! vociféra-t-elle. Le pire des connards ! Je devrais t’arracher la tête pour m’avoir caché un truc pareil !

- Visiblement, j’ai bien fait de te le cacher, vu ta réaction !

Riley soupira et sembla se calmer. Elle prit place dans le canapé du petit salon et se frotta le visage, après avoir retiré ses lunettes.

- Bon et sinon, plus sérieusement, c’est quoi ce bordel ?

Andrew bafouilla, ne sachant pas par où commencer le récit de la dernière mission. Ils avaient tellement peu d’informations sur le sujet.

- Pour faire simple, expliqua Andrew en venant prendre place à côté de Riley, Ektra est le sans-visage qui avait prit possession du corps de Mila Jones et apparemment, il est entré dans celui de Rita, quand elle a sauté dans la brèche.

- Mais c’est possible, un truc pareil ?

- Je n’en sais rien. Franchement, je suis complètement perdu, là. Je fais n’importe quoi.

- Mais non, arrête un peu. Tu gères parfaitement la situation et ça va continuer comme ça.

- Je suis allé réveiller Lilly à une heure du matin pour lui foutre des patates en salle d’entraînement. À ton avis, c’est digne d’un Capitaine d’escadron, ça ? questionna Andrew sur un ton sarcastique.

- T’as fait quoi ?

- Ouais…

- Tu es encore plus taré que moi.

- Ce n’est pas facile. Elle lui ressemble tellement, mais en moins… folle.

- Je comprends. Tu devrais quand même aller t’excuser d’avoir fait ça. Elle n’y est pour rien, dans l’histoire.

Andrew se redressa et écarquilla les yeux en se tournant vers Riley.

- Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?

- C’est toi qui me dis ça, Riley  ? Vraiment ? Celle qui a buté Andrieni et qui est toujours libre ?

- Grâce du Gouverneur, répondit-elle en ajoutant un signe de la main. Normal, pour avoir participer à la destitution du Général Garce. Bref, oui c’est moi qui te dis ça. Je sais faire preuve d’objectivité, des fois.

- Un Capitaine ne s’excuse pas.

- Un crétin de Capitaine ne s’excuse pas. Et tu n’es pas un crétin de Capitaine.

- Ouais… T’as raison.

- Bon, je file. Avant qu’Amador ne se rende compte qu’il manque une navette dans son hangar.

Riley lui décocha un coup de poing amical dans l’épaule et se redressa.

- Est-ce qu’il y a un jour où vous allez finir par vous entendre, toutes les deux ?

- Rêve pas trop. Elle est en tête de liste des gens à emmerder, celle-là.

Andrew leva les yeux au plafond. Riley le pointa une nouvelle fois du doigt, menaçante, sans ajouter aucun mot, avant de quitter les locaux de l’escadron. L’officier soupira et se frotta le visage. Il devait effectivement aller s’excuser auprès de sa subordonnée. Son comportement avait vraiment été déplacé et elle devait lui en vouloir comme jamais.

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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
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Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
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Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
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