9.2

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En face d’elle, Riley remarqua que le regard du Général s'assombrit, avant qu'elle se plonge dans un moment de réflexion. L'ingénieur fut étonnée que cet horrible officier ne relève par l'affront de ses propos cinglants.

- Allons bon Général, vous ne m’envoyez pas de piques ? Vous êtes tombée malade, peut-être ?

- L’heure n’est pas à la plaisanterie, Docteur.

- Mais qu'est-ce que vous avez encore fait ?

- Il y a quelques vagues dans le septième escadron. Si on peut dire ça comme ça.

- Eh, c’est vous qui avez foutu la merde en collant la petite Jones entre les griffes d’Andy et Haziel. Vous vous attendiez à quoi ? Un verre et une poignée de main ? Se racontant les souvenirs de Mila Jones ?

- C'est la première fois que vous dites quelque chose qui a du sens Docteur, marmonna le Général en soupirant.

- Vous pourriez consigner ça par écrit ? J'aimerai garder une preuve de ce que vous venez de me dire.

- N'abusez pas non plus, répondit Amador en adressant un regard noir à son interlocutrice.

- Tout ça pour dire, Allen et moi on avait parié qu'Haziel lui collerait une balle entre les deux yeux. Mais bon, j'ai perdu au final. Tant mieux pour elle, quelque part.

Le Général Amador ne prit pas la peine de répondre à Riley. Elle n’avait certainement pas envie de justifier ses décisions auprès d’une simple civile. Elle se contenta de lever les yeux au ciel en poussant un long soupir d'exaspération. Elle se releva pour quitter le bureau. Au dernier moment, elle ne manqua pas de rappeler au Docteur Scarola sa mission, ainsi que son importance vitale.

- Je suis civile et syndiquée, ne vous attendez pas à un miracle ! lança Riley au moment où la porte se ferma.

De nouveau seule, Riley commença à grogner en retournant à ses dossiers en cours. Bien sûr qu'elle mettrait tout en œuvre pour trouver un moyen de sauver la Main de Dieu. Cependant, elle ne pouvait pas s'empêcher d'être odieuse avec le Général Amador. Pour le moment, elle avait bien plus important à faire. Elle retira sa blouse blanche et quitta le laboratoire en annonçant à ses subalternes qu’elle avait quelque chose d’urgent à régler.

En arpentant les couloirs pour retourner à son bureau, Amador commença à réfléchir à la prochaine étape. Le retour de la Main de Dieu avait dû susciter énormément de trouble, parmi ses hommes. Le moral de ses troupes représentait une véritable arme de guerre, le Gouverneur Weinberg lui avait assez répété ces mots et elle avait pu en être témoin durant toutes ces années, à la tête du quatrième escadron. Son rôle, en tant que Général aux commandes de la Cavalerie, était donc d’aller rassurer son armée, afin qu’ils ne soient pas détournés de leur mission et qu'ils puissent, comme toujours, s'y lancer corps et âme, sans être perturbé par la présence de la Main de Dieu dans les rangs ennemis.

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[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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