8.5

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Lilly n’arrivait pas à fermer l’œil, en ce début de nuit, de retour sur Terre. Elle n’arrivait pas à penser à autre chose que cette lettre de son père, ou le retour de la Main de Dieu. De plus, cela faisait bien quelques mois qu’elle n’avait pas pu profiter d’une longue nuit de repos. Son rythme de sommeil était grandement perturbé. À l’école, il lui était impossible de dormir sur ses deux oreilles, par peur de se faire attaquer par les autres cadets, en plein milieu de la nuit. Elle n’avait eu confiance en personne.

Owen et Ezra lui avait pourtant proposer de venir boire un coup avec eux mais Lilly avait décliné l’invitation, préférant rester seule afin de se remettre de ses émotions. Ces deux-là semblaient réellement vouloir l’intégrer à l’escadron. Ils ne se préoccupaient absolument pas de son nom de famille ou de sa sœur, contrairement à tous ceux qu’elle avait pu croiser depuis ce triste jour.

La Cavalière tournait et se retournait dans son lit. Sur le dos, elle contempla le plafond de sa chambre bien silencieuse. Elle jeta un coup d’œil à l’horloge, au-dessus de la porte d’entrée. Elle soupira longuement, les yeux grands ouverts. Elle commença à tapoter sur son ventre en suivant un rythme spécifique. Elle passa son autre main sous sa nuque et regarda de nouveau l’heure. Le temps s’écoulait très lentement.

Elle eut finalement l’impression de sombrer lorsque quelqu’un frappa à la porte. Elle se redressa d’un bond. Qui peut bien venir m’emmerder à cette heure-ci ? Elle alluma la lumière de sa table de nuit et s’approcha de l’entrée alors que les coups contre la porte se faisait plus bruyants.

- J’arrive ! s’agaça la Cavalière.

Lorsqu’elle ouvrit, la lumière blanche de la salle commune l’aveugla quelques instants. Sa vue s’accoutuma et elle fut surprise de voir son supérieur se dresser dans l’encadrement, le regard sombre.

- Capitaine ? Mais qu’est-ce que…

- Entraînement dans cinq minutes, ordonna-t-il en lui coupant la parole. Salle de sport.

Encore à cette heure-ci ? Il est plus de minuit ! Il n’y a pas Haziel de disponible, plutôt ? Lilly garda ses questions pour elle, se souvenant que contester un ordre en se demandant pourquoi, n’était pas bien vu, dans l’armée.

L’officier quitta la salle commune à la suite de son annonce. Lilly enfila rapidement une tenue de sport, la première qui lui tomba sous la main et s’attacha les cheveux à la hâte en quittant sa chambre. En petite foulée, elle rejoignit son supérieur sur le tatami.

Sans perdre un instant, ce dernier se mit en position et attaqua par un enchaînement de coup de poings. Lilly fut surprise mais n’eut aucun mal à parer les coups, tout de même légèrement déstabilisée. Mais il joue à quoi ? C’est ma punition pour avoir désobéi, c’est ça ?

La Cavalière n’était cependant pas du même niveau que son supérieur. Il lui était impossible de placer une seule attaque. Elle se contentait d’esquiver et fut rapidement à bout de souffle. Elle ne put parer le crochet du Capitaine. Il la frappa en plein visage et elle tomba en arrière. Lilly se plaqua la main sur la joue et tenta de réprimer les quelques larmes qui lui montèrent aux yeux.

- Je t’ai dit quoi la dernière fois ? s’énerva l’officier. Tu es beaucoup trop prévisible !

Et vous vous acharnez sur moi ! Lui répondre la démangeait mais elle ne ferait qu’aggraver la situation. La violence gratuite du Capitaine n’était pas réellement tournée vers elle. La Cavalière n’était qu’un exutoire, pour faire sortir toute cette pression à l’intérieur de lui.

Lilly décida de ne pas se laisser faire. Elle se redressa et attaqua dans la seconde suivante, profitant de l’effet de surprise. Elle put placer plusieurs attaques sans qu’aucune d’entres elles n’atteignent l’officier. Il n’eut aucun mal à la maîtriser et elle fut bloquer contre lui par une clef de bras.

- Il faut vraiment que tu t’améliores, Lilly. Maintenant qu’elle est de retour, tu vas crever à la seconde où on se retrouvera en face d’elle !

- Quoi ?

Andrew poussa Lilly en avant et reprit ses attaques. Elle pouvait voir ça comme de l’acharnement, peu importe. Elle devait impérativement s’endurcir et devenir aussi puissante que ses autres Cavaliers. Ektra, en face, n’hésiterait pas à attaquer en utilisant les techniques de Rita. Andrew restait sûr d’une chose, même après deux ans passés de l’autre côté, sa sœur était toujours une redoutable combattante.

- Attaque-moi ! hurla Andrew. T’attends quoi ?

Une fois de plus, la colère s’empara de Lilly. Elle refoula son cri de rage et attaqua de nouveau. Plus fort, plus vite. Ses bras se heurtaient aux parades de son supérieur, provoquant des douleurs musculaires atroces, mais elle n’en tenait pas compte. Il voulait voir ce qu’elle avait dans le ventre ? Il allait être servis.

Elle pensait avoir l’avantage mais Andrew lui décocha un puissant coup de pied dans les côtes. Lilly suffoqua en reculant. Elle tomba à genoux et se recroquevilla afin de reprendre son souffle, le diaphragme bloqué par cette attaque. Le Capitaine de l’escadron Suicide s’approcha et tendit la main pour l’aider à se relever.

- Je te l’ai dit et redit, tu es trop prévisible, expliqua-t-il d’une voix plus calme. On y retourne.

- Non !

Lilly écarta la main de son supérieur d’un geste vif et releva la tête. Andrew fronça les sourcils, plus habitué à entendre des non dans la bouche de ses subordonnés.

- Non ? Comment ça, non !

- Vous êtes en colère, je le comprends, j’ai désobéi à un ordre et failli y passer. Mais ne faites pas comme si vous en aviez quelque chose à foutre, Capitaine ! répondit-elle, violente, la voix tremblante. Si je crève, vous ne m’aurez plus dans les pattes et ça vous arrangerait ! En revanche, il est hors de question que je vous serve de sous-fifre à chaque fois que vous aurez besoin de passer vos nerfs ! Vous n’avez qu’à vous battre avec Haziel ! Il saura encaisser les coups mieux que moi, lui. Et il n'a pas besoin de dormir !

La Cavalière se redressa et quitta le tatami d’un pas décidé. Son cœur battait à tout rompre et elle tentait de dissimuler les tremblements de ses mains. Son supérieur n’allait certainement pas laisser passer un tel niveau d’insubordination. Cependant, elle n’acceptait pas de servir de défouloir.

Au moment de quitter la salle de sport, elle tourna une dernière fois la tête vers son chef d’escadron. Toujours debout, la tête baissée, les poings serrés. Elle l’observa quelques instants. Dans un mouvement rapide, il se retourna et assena un violent coup de poing dans le sac de frappe à sa droite. La Cavalière sursauta devant l’impact puissant. Elle reprit ses esprits et sortit de la salle en s’attrapant la pommette, encore douloureuse.

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Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
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Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
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Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
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Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
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