8.3

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La navette arriva dans le hangar et Lilly en sortit la dernière. Son escadron était déjà de l’autre côté, près du mémorial. Elle allait à reculons à cette réunion de fin de mission, sachant pertinemment qu’elle se ferait hurler dessus. Si ce n’était pas par le Gouverneur ou le Général Amador, ce serait par son Capitaine, voire tous les trois en même temps.

Elle eut une bouffée d’angoisse lorsqu’ils entrèrent dans la salle de réunion. Amador, le Gouverneur et Allen étaient déjà présents, prêts à entendre ce que l’escadron Suicide avait à dire. Ils prirent tous place autour de la table, en silence, mais aucun ne commença son rapport. Haziel croisa les bras, fermé et le Capitaine fit de même. Owen tentait de se faire tout petit et se contenta d'esquisser un sourire niais, ne se sentant pas légitime à entamer ce compte rendu de mission. Au bout d’un moment, las de ce silence pesant, le Général posa les mains sur la table, déroutée par cette tension qu'elle pouvait sentir entre les membres de l’escadron Suicide.

- Bon, est-ce que l’un de vous va enfin me dire ce qu’il s’est passé, là-bas ? ordonna-t-elle.

- Jones a fait de la merde, Général, affirma Ezra en levant ses mains derrière la tête, totalement détendu. Le Capitaine a envie de lui en coller une et Haziel souhaiterait qu’elle dégage. Pour résumer.

Lilly s’insurgea. Son Capitaine la rappela à l’ordre en lui imposant de se taire.

- Oui tu as fait de la merde ! Tu as désobéi à un ordre direct ! ajouta-t-il. La sureté arrière, c’était tout ce que je t’avais demandé !

- Mon équipier était à l’intérieur, je croyais qu’on ne devait pas se séparer ?

- Je ne suis pas ton équipier ! s’écria Haziel. On avait Rita, juste ici, elle était là et tu as tout fait foirer !

- Bah voyons. J’ai tout entendu ! Cette histoire, avec Ektra c’est n’importe quoi, elle est possédée par un sans-visage !

Le Général Amador commença à être agacée par les disputes puériles de cet escadron et frappa violemment du poing sur la table pour faire taire tout le monde.

- Capitaine Aleysworth, expliquez-moi, reprit Weinberg d’une voix calme.

Andrew se calma et respira profondément.

- Nous étions au point indiqué. Le Cavalier Eldred avait la bombe. Lui et moi sommes entrés.

- Pourquoi vous deux, uniquement ? Le Cavalier Jones a raison, les binômes ne doivent pas être remanié aléatoirement durant une mission.

- Ne sachant pas sur qui, ou quoi, nous allions tomber, j’ai préféré prendre des précautions et n’envoyer que des gens que Rita connait.

- Et donc ?

- J'ai effectivement bien fait de ne pas envoyer Lilly ! Rita était bien là, devant nous, en chair et en os. Mais elle a clamé être Ektra, le sans-visage qui avait possédé Mila Jones et qui se trouve être le nouveau leader de leur peuple. Avec la Main de Dieu, il s’est imposé en tant que chef et a réussi à réorganiser leurs troupes.

- Ensuite ?

- Elle a eu un moment de lucidité, enfin je crois, continua Andrew en se tournant vers Haziel pour qu’il confirme ses dires. C’était peut-être simplement une ruse d’Ektra pour nous amadouer.

- Elle était vraiment là, Monsieur. Elle m’a reconnu. Pendant quelques secondes, elle a réussi à reprendre le contrôle. Et c’est là que Jones a débarqué.

Weinberg fit un signe de la main pour que le Cavalier Eldred se taise, afin d’éviter de démarrer une nouvelle dispute.

- Ektra, est-il à la tête des sans-visages ?

- C’est ce que j’ai cru comprendre, Général, répondit Andrew. Et il utilise le corps de Rita.

Le Gouverneur s’enfonça dans le dossier de sa chaise en soupirant. Il se frotta le front et prit un moment pour la réflexion. Après tout, Haziel Eldred était l’exemple parfait qu’un possédé pouvait se défaire de l’emprise du sans-visage. Il devait s’assurer que la Main de Dieu était encore bien présente avant de prendre une décision concernant leur nouvel ennemi.

De l’autre côté de la pièce, Lilly leva les bras au ciel.

- N’oubliez pas que ça peut être un plan foireux d’Ektra ! Il a bien réussi à retourner complètement le cerveau de ma sœur, je vous rappelle.

- Ta sœur n’était pas nette, à la base, concéda Ezra.

- Ferme-là Lilly ! s’énerva Haziel. Tu n’avais rien à faire là, tu as tout gâché ! Rita t’a attaquée parce que le dernier souvenir qu’elle avait, c’était ta sœur ordonnant à ses copains sans-visages de tous nous buter !

Le Cavalier se tourna ensuite vers le Gouverneur Weinberg.

- Et c’est bien la preuve qu’elle est encore là, Monsieur ! Ektra n’aurait jamais agi de manière aussi impulsive. C’était de la colère, sa colère.

- Elle n’est plus elle-même ! reprit Lilly en insistant bien sur chaque mot. Après deux ans de l’autre côté, c’est impossible qu’elle s’en soit sortie ! Un corps humain ne peut pas survivre aussi longtemps sans eau ou nourriture, surtout qu'on ne sait pas à quoi ressemble l'autre monde !

- Tu n’en sais rien, elle était lucide avant que tu débarques !

- Tu n’es pas objectif, Haziel.

Alors que les deux Cavaliers étaient encore en train de se disputer violemment, Andrew s’avança auprès du Gouverneur.

- Monsieur, nous devons absolument savoir si elle est encore là, ou pas.

- Je sais. Je réfléchis.

- Ektra vous a-t-il fait part de son plan, par tout hasard ? questionna Amador.

- Non, Général. À part nous dire qu’il comptait tous nous exécuter. Il veut reprendre la Terre, ça c'est sûr.

- Donc, tout recommence à nouveau.

Le Capitaine du septième escadron hocha gravement la tête. Avec la brèche de nouveau ouverte, des sans-visages et des Exos de retour, la guerre contre eux reprenait de plus belle.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
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Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
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Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
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Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
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