8.2

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Lilly tentait de se toute petite depuis la fin de leur mission. Non seulement elle était encore sous le choc de tous ces tirs qui avaient bien failli l’atteindre, mais en plus de ça, elle avait manqué une occasion en or de faire souffrir son Capitaine et Haziel. Elle commençait à croire que le meilleur moyen de lui faire du mal, de lui faire ressentir sa souffrance à elle, c’était en l’isolant des autres, en éliminant un par un les dernières personnes chères à ses yeux. Elle aurait pu en finir avec eux, les responsables de la mort de sa sœur et de son père. Mais elle avait encore beaucoup trop hésité à presser la détente, jusqu'à ce qu'elle se fasse repérer par cette femme.

De son côté, l’officier ne manquerait pas de lui coller un blâme. En ayant désobéi à ses ordres, elle s’était mise en danger et avait ruiné leur opération. Son supérieur n'avait pas eu d'autre choix que d'ordonner de battre en retraite, au risque de devoir rédiger un compte rendu de type deux au Général Amador, afin de justifier le décès soudain de sa nouvelle subordonnée.

Dans la navette, personne ne parlait. Tous arboraient une mine renfrognée et le regard fermé. Ezra pilotait en chantonnant, comme à son habitude. Haziel était complètement ailleurs, en train de se passer et repasser les derniers évènements en tête. Déjà qu’il détestait sa nouvelle collègue, mais cette fois, Lilly venait de perdre toutes ses chances de faire équipe avec lui. Il comptait bien faire en sorte qu’elle quitte l’escadron Suicide le plus rapidement possible.

Lilly se laissa penser que ce ne serait pas une si mauvaise idée qu’elle soit transférée. Elle avait vraiment du mal à s’intégrer dans cet escadron. En s’éloignant, elle réussirait à mieux les attaquer. Il y avait beaucoup de solidarité entre les quatre membres. De son côté, elle se sentait complètement mise à l’écart. Encore une fois, à cause de son nom et de la ressemblance frappante avec sa sœur, ce lien de confiance qu'il devait y avoir entre elle, son supérieur et ses collègues, comme dans n'importe quel escadron, ne serait jamais établis. Elle ne pourrait jamais assez s’approcher du Capitaine pour l’éliminer. Il ne lui ferait jamais confiance pour baisser sa garde.

De l’autre côté de l’habitacle de la navette, son supérieur ne cessait de la regarder fixement. Il fronçait les sourcils, encore très en colère. Il devait être en train de se demander comment il pourrait la punir à la hauteur de sa désobéissance. Il y avait tout de même quelque chose d'étrange dans son regard, comme de l'inquiétude. Pourquoi s'inquiéter pour elle ? Il la détestait, elle avait tué sa sœur, pourquoi se préoccuper de sa survie ? Il l'avait poussé en dehors de l’entrepôt, l'avait protégée pendant sa fuite alors qu'il aurait pu la laisser se faire tuer.

Gênée, Lilly baissa les yeux vers ses genoux et recommença à serrer les mains. Ses ongles s'enfoncèrent dans les paumes, si fort qu'elle sentit sa peau se rompre sous la pression. Par ce geste elle espérait pouvoir faire passer plus facilement la douleur qu'elle ressentirait au moment du débriefing. Elle espérait également ne pas être découverte. Si le Général Amador apprenait qu'elle était en réalité ici pour détruire la Cavalerie et venger sa famille, elle serait éjectée dans l'espace, dans l'heure suivante.

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Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

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[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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