7.5

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Les cris s’arrêtèrent et Ektra releva la tête. Un changement de nuance dans son regard fut soudain visible, comme si une lueur venait d’y apparaitre. À ce moment-là, les deux soldats pouvaient y voir de la peur et de l’incompréhension. La Cavalière inspecta ses bras et tâta cette espèce d'armure qu'elle portait, puis elle releva la tête en fronçant les sourcils. Un sourire se dessina sur le visage d’Haziel. Il put enfin la reconnaître. Rita était vraiment là, devant eux.

- C'est quoi ces conneries ? Qu'est-ce que je fous là ? souffla-t-elle en tournant sur elle-même.

- Rita ? appela Haziel alors qu'elle n'avait pas encore remarqué leur présence.

L'intéressée se retourna de nouveau vers les deux Cavaliers.

- Andy ? Haziel ? balbutia-t-elle.

- Oui c’est bien nous. On rentre à la maison, Rita.

Elle tendit la main et de son côté Haziel s’approcha. En retrait, Andrew préféra rester méfiant. Alors qu’elle n’était qu’à quelques mètres de son collègue, si proche, son regard bascula de nouveau dans l’obscurité pour redevenir froid et fermé. Elle baissa la main et fit un pas en arrière, jetant un coup d’œil dans le dos des Cavaliers.

- Sors de ta cachette ! hurla-t-elle.

Sans vraiment comprendre ce qui était en train de se produire sous leurs yeux, Haziel et Andrew se retournèrent, en suivant le regard de la Cavalière.

Dans l’ombre, désobéissant clairement à un ordre direct, Lilly apparut. Andrew écarquilla les yeux devant la présence inattendue de sa nouvelle subordonnée. Il n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche que Rita lâcha un cri de colère qui retentit dans l’entrepôt, alors que Lilly approchait avec prudence.

Les casques des trois Cavaliers se déployèrent soudain et des coups de feu commencèrent à retentir, provenant de derrière la brèche. Des Exos se cachaient en retrait, attendant patiemment l’ordre de leur nouveau chef. Ils étaient tombés dans une embuscade.

Andrew ordonna immédiatement le repli, se rendant compte que tous les tirs nourris étaient concentrés sur Lilly qui tentait de fuir. Rita avait totalement vrillé en la voyant, comme si à travers la Cavalière, elle n’avait vu que Mila Jones.

Alors qu'Andrew tentait de couvrir Lilly pendant sa fuite, neutralisant plusieurs Exos avec son arme de poing, Haziel ne bronchait pas. Il restait planté là, en face de Rita qui reculait derrière ses gardes métalliques. Le Capitaine le rappela à l’ordre en lui hurlant dessus.

Haziel sursauta et revint à lui. Son supérieur continuait de crier et vint le tirer par le bras pour le faire sortir. Il tenta de contester, refusant de la laisser une fois de plus ici, seule, alors qu’elle était encore là, quelque part et qu’il en avait eu la preuve.

Il reviendrait la chercher, coûte que coûte.

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Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

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[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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