7.4

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Au premier abord, les deux Cavaliers furent étonnés. Il n’y avait aucune activité Exos détectée autour d’eux, alors qu’ils progressaient dans les couloirs jusqu’au point désigné où la potentielle brèche se trouvait. Haziel n’avait pas lâché la bombe d’une seule main. Il semblait prêt à faire ce qu’il fallait si l’occasion se présentait. Il restait alerte à chaque mouvement ennemi autour de leur position. Des flashs de cette mission lui remontait en mémoire. Il se contentait de chasser ces images pour rester concentrer.

- Qu’est-ce que tu crois qu’on va trouver, en bas ? demanda Andrew pour briser ce silence pesant dans ce couloir sans fin.

- Une brèche, répondit Haziel de façon évidente.

- Non mais je veux dire, par rapport à Rita.

- Je n’en sais rien, soupira-t-il. J'avoue que je suis un peu flippé, quand même.

- Moi aussi. Qu’est-ce qu’on va faire avec elle ?

- C’est toi le Capitaine !

- Oh arrête. Tu étais supposé prendre la tête du septième escadron et tu t'es rétracté.

- J’ai mes raisons. Je suis un bon exécutant, pas un leader.

- Tu es bien plus compétent que moi.

- Tu gères plutôt bien, pour le moment ! Tu es beaucoup plus humain que moi. Et pour Rita, la capturer serait la meilleure solution, je crois, soupira-t-il sans vraiment croire à sa proposition.

- Si elle se laisse faire.

- À nous de faire en sorte que ce soit le cas.

Haziel serra les dents. Son cœur battait la chamade depuis qu’ils avaient quitté la station. Longtemps il avait rêvé que Rita soit encore en vie, qu’un miracle se produise quelque part. Il n’avait cependant jamais pensé qu’elle pourrait réapparaitre dans le camp ennemi. Son retour le tourmentait au plus haut point. Depuis leur rencontre il avait cette fâcheuse habitude de perdre les pédales lorsqu’il s’agissait de son équipière et de sa survie. Si elle se trouvait réellement en danger, sous l’emprise d’un sans-visage, Haziel redoutait le moment où il ferait une bêtise irréparable.

Le Cavalier Solitaire commença à entrevoir la lumière orange dégagée par la brèche. Il prévint son Capitaine qui ne la voyait pas encore. Sans perdre un instant, ils se jetèrent têtes baissées dans les sous-sols, tellement pressés de la revoir, en oubliant tous leurs enseignements et les procédures à suivre pour éclairer un bâtiment.

Au début, dans l’obscurité ils purent seulement entrevoir l’immense déchirure sur le sol de cet entrepôt. Devant celle-ci, de dos, se trouvait bien Rita. Les muscles du corps d’Haziel se raidirent et sa main se crispa autour de l’anse de la mallette. Andrew et lui échangèrent un regard et son Capitaine lui fit un signe de la tête pour l’autoriser à reprendre la progression vers la brèche.

Ils avancèrent à pas de loup en direction de l'ancienne Cavalière, submergés par l'appréhension. Elle se retourna en remarquant l’arrivée de deux intrus sur son territoire. Elle avait déjà tellement changé depuis la vidéo de la veille. La peau beaucoup plus rose, elle n’arborait plus cet air cadavérique. Les cheveux bien coiffés en arrière et habillée d’une armure en métal flamboyant. Son armée ne semblait pas avoir perdu de temps pour transformer la Main de Dieu en véritable figure de leur peuple.

Les deux hommes eurent un pincement au cœur, ne sachant plus quoi penser. Haziel eut envie de courir auprès d’elle, mais il prenait le risque de se faire transpercer par sa lame. Ce n’était pas elle, après tout, mais uniquement son enveloppe corporelle, habitée par quelqu’un d’autre.

Haziel posa la mallette et rangea son épée dans son dos. Andrew, à côté de lui, fit de même afin d’avoir l’air moins menaçant. Il prit tout de même soin de garder la main sur la poignée de son arme à la cuisse.

- Rita ? bredouilla son frère.

- Rita est morte, répondit-elle. Il y a bien longtemps elle m’a laissé son corps.

Un sentiment de confusion s’empara d’eux en entendant ces mots. Ce fut tellement étrange de l’entendre parler avec cette voix, qui était bien la sienne, mais prononcer ces mots si durs.

- Et nous avons affaire à qui, alors ? enchaîna Andrew.

- Mon nom est Ektra.

- Qu’est-ce que vous voulez ?

- C’est pourtant simple. Prendre votre place, vous exterminer. Ça a toujours été notre but. Sauf que jusqu’à présent, nous n’avions pas de chef.

- Parce que maintenant, vous en avez un ?

- Oui, moi. J’ai réussi à m’imposer en tant que leader de notre peuple dès l’instant où j’ai pris le corps de votre héros. Grace à moi, l’organisation de nos troupes n’est que meilleure et notre efficacité en sera décuplée.

- Mila Jones, que lui est-il arrivé ?

- Elle est morte dans l’explosion. Elle m’était complètement inutile. Ce réceptacle-là est bien mieux.

Alors qu’Andrew tentait de parlementer pour en apprendre plus sur les intentions d’Ektra en essayant de ne pas le froisser, à côté de lui, Haziel s’impatientait.

- C’est ridicule ! s’écria-t-il. Si Rita était vraiment morte, vous ne pourriez pas rester dans son corps, alors arrêtez de nous prendre pour des cons et rendez-là nous !

Ektra fronça les sourcils. Cet humain en savait bien plus qu’il ne le pensait sur les possessions. Il avait parfaitement raison, Rita Aleysworth était toujours présente en lui, endormie profondément pour ne pas le déranger.

Andrew ordonna à son Cavalier de se calmer et de la fermer, étonné qu'il se laisse emporter de cette façon. Haziel ne comptait, cependant, pas obéir à son supérieur.

- Rita Aleysworth est morte, répéta Ektra.

- C’est faux ! Je sais qu’elle est à l’intérieur et qu’elle nous voit, j’y étais aussi !

L’ennemi ne répondit pas. À la place, il serra les dents et les poings, comme irrité mais également perturbé par les paroles de ce soldat. Le son de la voix de ce Cavalier perçait son corps jusqu’à la conscience à l’intérieur de lui, qu’il sentait. Elle tentait de ressurgir.

- Je sais que tu es quelque part, alors fais quelque chose ! Tu n’as pas tenu ta promesse et tu n’as pas idée à quel point je t’en ai voulu pour ça, mais là ? Tu as une chance de te rattraper. Bats-toi !

- Ferme-là !

Elle se prit la tête entre les mains en lui hurlant de se taire. Quelque chose était en train de se produire à l’intérieur d’elle. Comme si elle l’avait entendu et qu’elle se battait contre Ektra pour reprendre le dessus.

Andrew eut un mouvement de recul et dégaina son arme sans élever le canon, juste au cas où, alors qu’Haziel, à côté lui, fit quelques pas en avant.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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