6.5

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L’escadron put voir les deux binômes approcher de la brèche et faire des comptes rendus à leur Capitaine, au fur et à mesure. Juste devant la faille se dessinait une forme sombre. Tous avancèrent vers la tablette pour tenter de voir un peu plus en détail ce qui se trouvait sous les yeux des Cavaliers.

« Capitaine Merisean, appela l’un des Cavaliers dans son oreillette. On dirait qu’il y a quelqu’un. »

Plus ils avançaient et plus la forme adopta l’aspect d’un être humain.

« Mais qu’est-ce-que… Capitaine ? Je crois que… »

Le Cavalier semblait complètement abasourdi par ce qu’il était en train de voir et avait du mal à placer des mots clairs. Il y avait quelqu’un là, devant eux, un genou posé au sol, les cheveux longs tombant devant son visage et le cachant. Dans l’obscurité, ils purent tout de même distinguer une lueur métallique se refléter sur l’épaule droite de cet être.

« Ce bras c’est, mais c’est impossible ! Les gars, vous voyez la même chose que moi ? »

Les trois autres acquiescèrent, également perturbés. Au même moment, Haziel se leva d’un bond et s’approcha de la tablette. Il la prit entre les mains pour regarder de plus près. Tous les autres arrivèrent pour eux aussi observer la suite de la scène plus en détail.

« C’est impossible, Capitaine ! C’est elle ! C’est la Main de Dieu ! »

Haziel, complètement catastrophé, leva les yeux vers le Gouverneur qui baissa le regard pour ne pas avoir à affronter celui du Cavalier.

Le soldat de l’escadron Chanceux rangea son arme dans le dos et stoppa sa progression. La Main de Dieu se releva et son visage se découvrit. Andrew poussa un juron et fit quelques pas en arrière en se pressant les mains sur le visage. Dans son tourment, il n’eut aucun doute, c’était bien elle. Rita, vivante, se trouvait devant cette nouvelle brèche.

Soudain, elle leva son bras droit vers les Cavaliers et, de son dos, jaillit une horde d’Exos à taille humaine.

« Mais qu’est-ce qu’elle fait ? Capitaine, elle nous attaque ! Ne tirez pas ! ordonna-t-il au reste des hommes. Ne tirez pas sur la Main de Dieu ! On se replie ! »

À toute allure, l’escadron tenta de fuir mais en peu de temps, ils furent rattrapés par les Exos. Ils furent rattrapés par les Exos. Exterminés un à un, jusqu'au dernier, le porteur de caméra lui-même trébucha à la renverse, visage et caméra retournés en direction de la brèche.

Il se retrouva nez à nez avec la Main de Dieu. Il la supplia, ne comprenant pas ce qu’elle faisait là, ou pourquoi elle les attaquait, mais sans répondre, sans sourciller, elle déploya sa lame et l’enfonça dans le corps du Cavalier de l’escadron Chanceux.

Son visage apparut tout proche de l’objectif de la caméra avant qu’elle ne coupe. Elle avait les joues incroyablement creusées et paraissait squelettique. Son regard était vide et mort. C’était elle, oui, mais elle ressemblait plus à un cadavre, avec la faculté de se mouvoir, qu’à un être humain. Haziel laissa tomber la tablette et quitta immédiatement la pièce. Le reste de l’escadron resta sans voix. Le Capitaine ramassa l’appareil et le rendit au Gouverneur.

- Vous attendez quoi de nous, Monsieur ? questionna-t-il en tentant de reprendre ses esprits.

- Je veux que vous alliez là-bas et que vous me confirmiez que la brèche est bien ouverte.

- Pourquoi nous ?

- Parce que si c’est bien la Main de Dieu, j’ai besoin de savoir si elle a été possédée ou si elle nous a trahis. Seules les personnes qui la connaissent par cœur pourront s’en assurer.

- Et si elle n’est pas elle-même ?

Le Gouverneur Weinberg serra les dents se demandant s’il allait donner le bon ordre en fonction de la situation.

- J’espère que vous serez capable de faire ce qu’il faut.

Andrew hocha la tête. Il fit volte-face et ordonna à son escadron de se préparer au départ immédiat pour la Terre. En ce qui le concernait, il décida de prendre les devants et d’aller voir Riley pour récupérer une nouvelle bombe. S’il y avait bien une nouvelle brèche dans ce bâtiment, l’escadron Suicide ne devait pas laisser passer la chance de la refermer, avant qu'il ne soit trop tard.

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Brad Priwin
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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