6.2

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Une fois dans sa chambre, Lilly récupéra sa serviette et s’épongea le front et le torse. Elle commença ensuite à préparer son paquetage pour le départ ; ses treillis, quelques sous-vêtements, de quoi se laver et dormir. Les paroles de son supérieur tournaient en boucle dans sa tête. Elle avait du mal à concevoir qu’il avait pu aussi facilement percer à jour ses motivations alors que, même pour elle, elles étaient encore floues.

Elle fut prise d’un accès de colère devant cette veste qu'elle n'arrivait pas à plier correctement. Elle jeta le vêtement à travers la pièce et flanqua plusieurs coups de poings dans la porte de son placard. Elle réprima son cri de rage afin que le reste de son escadron, dans la pièce à côté, ne l’entende pas.

Bien sûr qu’elle était en colère ! Contre sa sœur, contre son père, contre le monde entier qui ne tournait pas rond. Elle détestait tous ces gens qui ne prenaient pas le temps de la connaître, avant de la juger, qui la toisait, la malmenait, l’agressait, même, dans les couloirs de la colonie. Elle haïssait tous ces militaires, ces Cavaliers qui n’avaient rien fait pour éviter que sa famille ne plonge dans un drame.

Et pourtant, je suis devenue l’un d’eux, repensa-t-elle en prenant une profonde inspiration. Elle sentit son rythme cardiaque se calmer et récupéra sa veste sur le sol de la salle de bain.

Au moment de fermer son sac, elle jeta un coup d’œil au bureau de sa chambre et contempla cette lettre qui y était posée depuis qu'elle avait déballée ses affaires, un peu plus tôt dans la journée. Ce fameux papier qui avait été trouvé sur le corps sans vie de son père, que les autorités lui avaient négligemment rendu, lui étant adressé. Elle ne l’avait pas ouvert, se doutant de son contenu. Elle eut la sensation d'être observé par cet objet, comme s'il attendait d'elle qu'elle exécute les dernières volontés de son père. Elle ne voulait pas la lire, au risque d’être obligé de perpétrer un acte qu’elle refuserait de faire, ou de lire des tonnes d'excuses qui n'effaceraient en rien son abandon.

Après l'avoir observée pendant de longues minutes, elle se décida enfin à l'ouvrir, estimant qu'elle ne serait pas obligée de suivre les exigences de son géniteur. Elle contenait les derniers mots de son père.

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[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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