2.1

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Cet espace si sombre et si froid était devenu son unique endroit de vie, depuis des heures, voire des jours, peut-être même des années. Rita avait complètement perdue la notion du temps, incapable de se souvenir depuis combien de temps elle flottait dans cette chambre noire. En réalité, elle avait abandonné tout espoir de survie dès l’instant où elle avait pris la décision de sauter dans cette brèche. Par conséquent, elle attendait simplement sa mort, pensant que la faim et la soif auraient finit par avoir raison d’elle. Rien de cela ne se produisit, comme si elle n’avait plus besoin de rien pour exister, à part sa propre conscience.

Elle se retrouvait enfermée dans son propre corps, sans aucun espoir d’être un jour enfin libérée. Personne ne viendrait la chercher. Pas dans ce monde. Pas maintenant que la brèche était refermée de l’autre côté. Ses semblables n’avaient d’ailleurs aucun moyen de savoir si elle avait survécu à l’explosion. Elle-même ne comprenait pas comment une telle chose avait pu se produire. La déflagration avait été si puissante !

Son regard était perdu dans l’obscurité qui se dressait devant elle, ne sachant plus dans quelle posture son propre corps se trouvait. Soudain, elle sentit de nouveau un sol apparaitre sous ses pieds, donnant un sens à son univers, marquant également son retour. Cet imposteur qui arborait les traits de son père se dressa de nouveau devant elle. Son visage était dénué de toute émotion et ne ressemblait en rien à son géniteur, toujours souriant. Il s’avança vers la Cavalière qui ne recula pas, cette fois-ci.

C’est donc toi, Ektra, pensa-t-elle. Il ne faisait aucun doute que ce sans-visage était celui qui avait possédé Mila Jones, ce même ennemi qui était entré en contact avec Haziel, peu avant le coup d’état.

- Vous comptez me torturer ? questionna-t-elle d’une voix grave.

- Pourquoi ferais-je une chose pareille ? répondit-il en haussant les épaules, se demandant réellement quel était le but de cette question si stupide.

- Je n’en sais rien, vous m’avez gardée en vie, alors il doit bien avoir une raison à ça !

Il baissa les yeux et laissa s’échapper un rire, ressemblant à de l’auto dérision. Il releva ensuite la tête et pointa du doigt la Main de Dieu.

- Tu es drôlement perspicace.

- Je tiens ça de mon père, de mon vrai père.

- Mais c'est moi, ton père ! s’exclama-t-il en écartant les bras.

- Arrêtez de jouer au con avec moi. Vous avez pu faire avaler des mensonges de merde au Docteur Jones, mais avec moi ça ne prend pas. Vous avez sauvé la mauvaise personne.

Le sourire d’Ektra s’effaça de son visage et il s’approcha de la Cavalière. Il soupira en passant une mèche de cheveux de Rita derrière son oreille puis contempla son visage.

- Détrompe-toi, je sais exactement ce que je fais.

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[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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