1.3

2 minutes de lecture

Les festivités d'après cérémonie débutèrent par un discours type du Gouverneur Weinberg. Lilly n’en écouta pas un traître mot, trop occupé à rester planquée au fond de la salle. Elle n’avait vu aucun membre de son nouvel escadron, ni son nouveau supérieur. Ils n’étaient pas présents lors de la cérémonie.

Adossée à un mur, loin du buffet et des différents attroupements, Lilly attendait de voir le Gouverneur quitter la pièce. Elle détestait cette stupide tradition militaire qui disait que les hommes du rang pouvaient quitter une soirée seulement lorsque la plus haute autorité partait. L’ancien Général de la Cavalerie ne semblait pas décidé à partir, trop occupé à bavarder avec différentes personnes dans l’assemblée, ainsi que ses anciens subordonnés.

- Alors Jones ? Ça y est tu vas bientôt rejoindre tes copains sans-visages ? T’es impatiente ?

Lilly redressa la tête et serra les dents lorsque le Protecteur Ackermann se dressa devant elle.

- La ferme. Toi et moi on ne se connait plus à partir de maintenant, alors fiche-moi la paix.

- Tu te sens pousser des ailes, Cavalière.

- Rappel-moi pour qui tu bosses maintenant ? Ah oui, l’ancien commandant de la Cavalerie, répondit la jeune recrue, agacée par les tentatives incessantes d’Ackermann pour la mettre en colère. Qui de nous deux à l’air con, maintenant ?

- J’espère que tu crèveras rapidement sur Terre, Jones. Comme ta traîtresse de sœur.

Lilly se redressa et fit face à Ackermann. Il ne faisait pas loin de deux têtes de plus qu’elle, mais il dépassait les bornes, cette fois-ci. Ils se lancèrent dans un duel de regard et la nouvelle Cavalière ne comptait pas se laisser faire. Il n’était plus question de notes de simulations, après tout.

- Eh les Protecteurs ! vociféra une voix grave dans le dos de Lilly. Vous vous croyez où ? Laissez mes hommes tranquilles, bande de jeune bitos écervelés !

Ackermann et Blaise reculèrent et se mirent au garde à vous. La jeune recrue se retourna et se retrouva face à un officier de la Cavalerie. Il approchait de la cinquantaine et arborait de nombreuses cicatrises sur son visage. Lilly le salua également alors qu’il s’approcha d’un pas rapide et menaçant vers les deux têtes de promotion. Ses yeux noirs et globuleux lui conférèrent un regard empreint de folie.

- C’est peut-être un Jones, mais maintenant elle est dans la Cavalerie et celui qui s’attaque à un de nos gars doit répondre de ses actes, par la suite. Vous voulez vraiment continuer à me chauffer ?

- Non Capitaine !

- Allez lécher les bottes de votre chef de groupe et fichez-moi le camp !

- Reçu Capitaine !

D’un pas rapide, les deux nouveaux Protecteurs s’éloignèrent. Le regard de cet officier charismatique les avait terrorisés. D’un œil discret, Lilly put lire la bande patronymique de ce Cavalier : F. Bartoli. Il était le Capitaine de l’escadron des Exécuteurs, ceux qui étaient restés en tête de classement pendant presque dix ans. Mila lui avait parlé de ce type. Une grosse brute qui faisait pourtant preuve d’un véritable sens de la fraternité d’arme. Pas étonnant qu’il soit venu voler à son secours malgré son nom. Il ne lui adressa cependant aucun coup d’œil et s’éloigna pour rejoindre le reste de son escadron qui avait assisté à la cérémonie du choix.

Au loin, Lilly croisa le regard de la légendaire Amanda Flynn, bras droit du Capitaine Bartoli. Cette dernière la fixa pendant de longues minutes avant de se retourner. La jeune recrue ravala sa salive et tenta de reprendre ses esprits. Ce regard froid de la Cavalière lui avait glacé le sang.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

Les chaînes résistent. Les tyrannies ne s'éteignent pas si facilement.

Horis Saiden croyait avoir trouvé sa voie. Jamais il n'a pourtant été aussi perdu.

Nafda a éliminé bon nombre d'ennemis de l'Empire Myrrhéen. Sa quête d'assassin ne fait pourtant que débuter.

Docini Mohild n'endosse plus fièrement son nom. Elle ignore même pour quelle cause se battre.

Jizo imaginait avoir reconquis sa liberté. Aujourd'hui il s'aperçoit qu'il a encore tant de raisons pour lesquels lutter.

À l'ouest, Oranne Abdi, marchande et diplomate de renom, entreprendra la mission la plus risquée de sa vie.

Au nord, Fliberth Ristag assume les conséquences de ses décisions risquées.
21
49
42
352
Cornedor
Avant, Blanche et Cornélia n’avaient guère de soucis à gérer, mis à part leur chat galeux mangeur de patates.
Mais lorsqu’un bel inconnu leur confie une petite créature noiraude aux yeux pourpres, c’est la fin de leur tranquillité.
Petit à petit, d'autres êtres étranges se mettent à graviter autour d'elles, se glissent dans leur monde et dans leur quotidien ; comme ce lièvre mangeur de chair, aux ailes de perdrix et aux bois de daim.
Ou ce dragon au plumage de coq, mutilé avec cruauté.
Ou encore cet homme aux écailles translucides et à la beauté impérieuse...

L'exode est proche. Un convoi se prépare.

En feront-elles partie elles aussi ?


[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
375
828
692
267
Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
557
439
521
301

Vous aimez lire Teresa Rey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0