1.2

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Lilly venait de choisir la Cavalerie comme arme. Ce n'était pour ces nouveaux Cavaliers que le début des réjouissances. La suite serait particulièrement difficile à supporter, pour elle plus que ses compagnons d'armes. Mais Lilly s'en fichait éperdument. Elle n'était pas arrivée aussi loin pour se laisser abattre. Aster avait raison, les trois premiers décidèrent de prendre les Protecteurs. Parmi sa promotion, beaucoup voulaient entrer dans la Cavalerie. Deux escadrons seraient créés en plus des éléments qui intégreraient les escadrons existants.

L'un des cadets de la promotion, désormais Cavalier, appela Lilly depuis la sortie des coulisses et lui fit signe de le suivre. Il était désormais temps pour eux de rejoindre leur supérieur qui les attendait de pied ferme. Lilly et les onze autres recrues furent accueillis par le Général Amalia Amador devant la sortie de l’amphithéâtre. Elle commandait la Cavalerie depuis que le Général Marcus Weinberg avait été promu Gouverneur.

Un frisson parcourut la jeune femme lorsque son regard croisa celui de cet officier. Malgré son visage rond et ses lèvres pulpeuses, cette femme de couleur aux cheveux très court avait le visage dépourvu de toute émotion. En tenue de cérémonie, elle ne lâcha pas la garde de son sabre, comme si elle comptait le dégainer en quelques secondes pour se lancer dans un combat contre ses nouvelles recrues.

Les soldats saluèrent solennellement le Général Amador et restèrent au garde à vous, alors qu’elle croisa les mains dans le dos en passant devant les troupes. En se plaçant devant Lilly, le Général lui adressa un sourire complice discret, tout de même fière de l’avoir dans ses rangs.

La jeune cadette en avait bavé pendant ses classes à cause de son nom. Toute l’équipe pédagogique le réalisait, mais elle s’était accrochée et avait réussi ses examens haut la main. C’était une recrue avec un énorme potentiel qui allait sans aucun doute accomplir de grandes choses dans la Cavalerie. Dommage que son nom ait été gâché par les actes d’une seule femme.

- Malgré vos antécédents, c’est un honneur de vous avoir parmi nous, Cavalier Jones, avait annoncé le Général Amador. Vous rehaussez l’estime que nous avons pour votre famille.

- Dommage qu’il ne reste plus que moi, Général, dans cette famille.

Amador ne sut quoi répondre devant le ton nonchalant qu’emprunta son nouveau subordonné, sans même prendre la peine de lui adresser un regard. Son visage semblait froid, comme si elle n’était qu’une coquille vide. Un être meurtri par des mois de mauvais traitements de la part des habitants de la station.

En temps normal, le Général ne se serait pas gênée pour remettre à sa place la Cavalière, mais pour Lilly Jones, les circonstances étaient bien différentes. Elle décida de laisser couler, estimant qu'effectivement, la famille Jones n'avait pas été correctement traitée depuis l'incident avec l'escadron Suicide.

- Passons à vos escadrons maintenant, reprit le Général Amador pour changer de sujet.

Comme le voulait la tradition, le commandant de la Cavalerie fit part des différentes affectations à ses nouveaux subalternes. C’est à ce moment que la jeune Cavalière fut informée qu’elle rejoindrait le septième escadron, sous les ordres du Capitaine Aleysworth.

Les muscles de son corps de crispèrent. Elle sentit ses mains se mettre à trembler de nouveau dans son dos. L’escadron Suicide était le plus réputé de tous, mais également le pire qu’elle aurait pu espérer. Ils étaient les premiers au classement de la Cavalerie depuis plusieurs années. C’était un honneur d’y être affecté, mais elle aurait préféré intégrer le huitième ou le neuvième, espérant être tranquille à son arrivée. Elle ne savait pas à quoi jouait le Général Amador, mais la mettre dans cet escadron, sous les ordres du Capitaine Aleysworth et avec Haziel Eldred, se révélait être une grosse erreur de commandement.

Remarquant la détresse et l’incompréhension de la jeune femme, le Général Amador lui ordonna de la suivre dans un coin plus tranquille afin de discuter. Elle avait besoin d’explications sur le choix d’affectation de son supérieur.

- J’espère que vous mesurez la chance que je vous offre, Jones, commença Amador, sûre d’elle.

- Permission de parler franchement, Général ?

- Accordée, soupira l'officier, regrettant d'ores et déjà de lui avoir donnée.

- La chance ? Général, le septième escadron ! Je ne pouvais pas imaginer pire. Vous cherchez à me faire démissionner avant ma première mission ?

- Avec vous dans les rangs de l'escadron Suicide, j’ai grand espoir que votre Capitaine et le Cavalier Eldred passent enfin à autre chose.

- Je suis un test pour eux ? s'indigna la jeune recrue.

- Non, vous êtes la solution.

Lilly soupira, ne croyant pas du tout à l'excuse du Général Amador. Elle était exaspérée d’être encore le sujet d’étude psychologique de beaucoup dans la colonie. Sa sœur n’avait rien à voir avec elle, quand finiraient-ils par le comprendre ? Elle ne supportait plus les questions indiscrètes, les injures, les moqueries et les coups bas de la part de ses camarades qui tentaient de la pousser vers la sortie, ou se vengeaient des actes perpétrés par son aînée.

S'engager dans l'armée avait été sa seule et unique perspective de carrière. À cause de son nom, personne ne voulait l’embaucher, même sur des petits travaux de maintenance de la station, payés une misère. En choisissant la Cavalerie, elle n’espérait qu’une seule chose ; la tranquillité parmis d'autres marginaux, peut-être en mourant prématurément sous les tirs d'un Exo, ou qui sait, des tirs amis.

Étant désormais affecté à l’escadron Suicide, elle pouvait mettre une croix sur ses espoirs de tranquillité mais plutôt sur un décès rapide en mission.

- La colonie a fait beaucoup de mal à ma famille, Général, expliqua Lilly qui tentait de réprimer un sanglot dans sa voix. Je n’ai jamais rien dit, j’ai fait mes classes sans broncher, j’ai obéi, j’ai subi toutes les injures et les insultes sans rétorquer et malgré tous mes efforts pour prouver qui je suis réellement, vous avez toujours des doutes sur mon intégrité. Je ne suis pas la solution pour le septième escadron, vous voulez me faire surveiller. Pour être sûre que je ne dérape pas ! Encore une fois, je vais obéir, parce que c’est mon rôle de subordonné, mais si l’escadron Suicide a des ennuis en mission, j'espère que vous ne me mettrez pas tout sur le dos.

Le cœur serré et s’attendant pertinemment à des représailles de la part de son supérieur, Lilly lui tourna le dos, sans son autorisation et quitta l’entrée de l’amphithéâtre.

Pendant plusieurs années elle avait joué le rôle d'éponge à toutes les ignominies qu’on avait pu lui balancer. Seule avec son père, ils étaient restés trop longtemps sans rien faire afin de ne pas attiser la flamme.

Un jour il ne le supporta plus et décida de mettre fin à ses jours, abandonnant sa dernière fille dans les ignobles griffes médiatiques de la colonie. Manquant énormément d’indulgence envers elle, la comparant à sa sœur, le traître, Lilly s’était forgée une carapace grâce à laquelle rien ni personne ne pouvait l’atteindre. Désormais, elle était placée devant un nouvel obstacle ; l’escadron Suicide. Probablement le seul obstacle qu’elle ne pourrait jamais surmonter.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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