Chapitre 12

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Urelian Khadar

 Lorsque le jeune sorcier était passé voir le roi des démons, entre deux rencontres entre les conseillers, après son malaise, ce-dernier lui confia la tâche d’avertir la nouvelle Éclipsal qu’il ne la laissera pas compléter la prophétie. Il avait chargé Urelian de la trouver et de lui transmettre ce message. Immédiatement après avoir vu le roi, le mage sortit du palais, puis se transforma en une masse de fumée mauve un peu noirâtre pour se déplacer plus facilement jusqu’à la fille. Alors qu’il survolait rapidement, il capta une énergie semblable à celle d’Oberos Sygrekil, le roi des démons. C’est seulement en passant par la Chyline, le pays des anges, qu’il sut d’où venait la source : Sellaluna. Urelian s’approcha de Mhala et fut certain qu’elle y était. Il se matérialisa alors dans la forêt la plus près pour éviter les soupçons. D’un simple mot, dans une langue inconnu, il se déguisa en marchand elfique. Les gens ne devaient pas savoir qu’il venait de Thiar sinon ils le tueraient sur le champ ou le torturerait pour avoir des informations sur les démons. À cette sombre pensée, le jeune homme frissonna.

 À la lisière de la forêt, il put, sans effort, apercevoir une des cités les plus grosses et protégées de tout Extyria. Centre de tout, elle était aussi presque imprenable. Après un bon moment de marche sur le pavé menant aux portes principales, il se trouvait finalement devant la grande forteresse. Les gardes le laissèrent entrer en pensant qu’il n’était qu’un simple elfe. Tout de son apparence avait été changée alors jamais son déguisement ne tombera. Au fur et à mesure qu’il avançait dans la ville, plus il se sentait oppressé, pas en raison des habitants ou du fait qu’il se trouvait à la capitale, mais bien parce que la fille possédait une énorme quantité de magie. Les gens né de races divines ne pouvait pas la sentir, alors que le mage, né d’une race convertie, il le pouvait très. Il s’étonna de la quantité. Il savait que les Éclipsals en avaient beaucoup, mais pas à ce point ! Cachant son malaise, il explora les rues et ruelles de la cité en s’approchant de plus en plus de la fille. Rapidement, il la trouva près des étalages à fruits, un livre à la couverture de cuir dans sa main. Il fit semblant de s’intéresser aux carottes devant lui en attendant le moment opportun de lui parler.

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Aeris Daserion

 Alors que j’examinai une belle pêche bien orange, je discernai une force bien différente de celles des citadins parmi la foule du quartier marchand. Elle était si distincte que j’en eu presque un haut le cœur. À qui appartient cette énergie ? me demandais-je en regardant discrètement aux alentours. Sans en être totalement certaine, je crus reconnaitre d’où ça venait. À quelques mètres de moi, se trouvait un jeune elfe absorbée dans sa contemplation d’une carotte. Quelque chose me disait qu’il m’épiait. Prenant un peu peur, je m’éloignai dans la direction opposée, mais du coin de mon œil, je remarquai qu’il s’était mis à marcher lui aussi. Bifurquant vers la gauche, je me dirigeai vers une ruelle en priait l’avoir semé dans la foule. Une minute s’écoula, puis, en constatant qu’il était parti, m’apprêtai à sortir. À l’instant où mon pied franchissait la limite entre la rue et la ruelle, il se planqua devant moi, me bloquant dans une impasse. Je sursautai en le voyant. L’air banal, j’avais l’impression que quelque chose clochait à son propos. Je me tournai vers la fin de la ruelle dans l’espoir d’y voir une sortie de secours, mais il ne m’offrit pas ce luxe en empoignant fermement mon poignet. Un rictus malsain apparût alors aux coins de ses lèvres.

— Déjà envie de partir, petite Asura ? Après tout le mal que je me suis donné pour te trouver, il serait dommage que tu t’en ailles si vite, n’est-ce pas ?

 Mes traits se durcirent en entendant ce mot. Avant que je n’aie eu le temps d’ouvrir la bouche, l’inconnu nous enveloppa d’une fumée mauve et lorsqu’elle se dissipa, nous n’étions plus à la capitale. L’apparence du jeune elfe avait aussi changée. Il avait des cheveux noirs comme le jais, légèrement ondulés, qui se mariaient à merveilles avec, à la fois, ses yeux rubis et ses traits faciaux. Durs et doux en même temps, il y avait un équilibre entre les deux ce qui lui donnait un air séduisant, mais arrogant. Une petite chainette en argent pendait sur une de ses longues oreilles pointues. À mon grand étonnement, l’homme possédait des cornes ressemblant celles d’un mouton , une queue de reptile ainsi que des ailes semblables à celles d’une chauve-souris. Sa peau était parsemée d’écailles noires. Un draconien, pensais-je presque sous le choc. Moi qui croyais qu’ils étaient tous morts il y a fort longtemps! Il avait une carrure presque imposante et me dépassait de près de deux têtes. L’elfe maigrichon n’était plus.

— Je crois que vous vous trompez de personne. Laissez-moi partir, lui ordonnais-je, tentant de cacher ma colère et ma surprise dans ma voix.

Je dois garder mon sang-froid.

— Pas si vite joli ange. Tu es celle que je cherche. Avec ton énergie, n’importe quel démon aurait pu te sentir à des kilomètres à la ronde, me dit-il son rictus toujours collé aux lèvres.

— J’imagine que vous êtes ici pour me tuer ?

Il me regarda perplexe un instant, puis s’esclaffa d’un rire mélodieux. En voyant mon air incertain, il s’arrêta.

— Voyons chaton, comment peux-tu dire quelque chose comme ça ? Je ne veux que te parler. Une discussion entre deux adultes qui se respectent. Petit message de mon maitre : la prophétie ne sera pas réalisée.

 Sur ces mots, il s’évapora dans un nuage de fumée, un sourire éclatant plaqué au visage. Ne laissant pas paraitre mon irritation envers cet homme et les surnoms ridicules qu’il m’affublait, je décidai de sortir de la ruelle qui ne ressemblait pas à celle où je me trouvais, cinq minutes auparavant. Il avait mentionné son maitre. Je me demandais de qui il s’agissait. Un chef draconien qui avait survécut ? De plus, il savait que j’étais une Éclipsal et je ne l’avais dit qu’à quelques personnes seulement. Au fond de moi, j’espérais pouvoir être en accord avec ses propos concernant la prophétie, mais je devais l’exécuter. Que je le veuille ou non. C’était mon destin. En poussant un soupir de découragement, je trainai mes pieds hors de la ruelle en faisant attention que le bout de mes plumes ne touchent pas le sol poussiéreux. Personne ne semblait avoir foulé ce sol depuis des lustres. Où me trouvais-je donc ?

 Je devinais qu’il m’avait transportée dans une autre ville, mais laquelle ? L’architecture n’était pas celle de Mhala. Commençant à légèrement paniquer intérieurement, je me tapotai les joues en espérant que tout ceci n’était qu’un rêve et que je me réveillerai dans mon lit, chez le général Daserion. Prudemment, j’avançai en examinant les murs qui m’entouraient. Fait de pierre ciselée et de colonnes sculptées, cet endroit dégageait une aura de calme. En fermant les yeux, je constatai qu’il n’y avait aucun son ou presque. Aucun enfant criant et riant dans la rue, aucun marchants hurlant le prix de ses produits pour essayer d’attirer des clients. Il n’y avait pas non plus le son des marteaux du forgeron tapant sur le métal encore chaud. Il n’y avait rien sauf les cris des oiseaux. Cet endroit semblait à l’abandon depuis bien longtemps. La poussière était au rendez-vous ainsi que les rats et autres animaux. Toute présence humaine semblait s’être effacée sauf pour ses murs qui tenaient encore debout malgré eux et qui nous dictaient du contraire. La ruine et la désolation emplissaient l’endroit lui donnant un air presque lugubre. Malgré le frisson qui remonta le long de mon échine, je décidai d’explorer la citée. Je me disais qu’il serait plus facile en volant, mais je ne savais pas encore comment faire alors je le ferai à pieds comme je l’ai toujours fait. Pourquoi soudainement j’avais envie de changer ? Je me débrouillais très bien sur le sol. C’est totalement absurde, me dis-je en empruntant une route menant à une quelconque partie de la ville.

— Qu’est-ce qui est absurde ?

 Je reconnu la voix de l’homme et je pivotai sur moi-même en tentant de le trouver des yeux. Je ne le voyais pas.

— Inutile d’essayer de me chercher, je suis juste ici, dit-il en se rapprochant, car la voix semblait plus près de moi.

 Il se matérialisa dans un nuage noir devant moi. Prenait-il plaisir à apparaitre de la sorte, risquant de me faire faire une crise cardiaque ? Je me le demandais.

— Pourquoi m’avoir transportée ici ? Je ne connais pas cet endroit désert, lui dis-je avec un regard réprobateur.

— Ne t’en fais pas petit ange, personne ne connait vraiment cet endroit. Les gens de races divines semblent toujours oublier les évènements du passé.

— Si il a été oublié c’est que ce n’est pas important je suppose.

— Quelle perspicacité ! me dit-il sarcastiquement avec une pointe de mépris dans la voix.

Elle était si faible que peut-être l’avais-je inventée ? Je n’en étais pas certaine.

— Vous n’avez toujours pas répondu à mes questions. Et j’en encore plusieurs à vous poser.

— T’arrive-il de ne pas en poser ? Je commence à regretter l’agréable silence.

— Oui : lorsque je ne me fait pas kidnapper par un sorcier draconien qui décide de m’emmener dans une ville abandonnée.

— Au moins, ici on peut parler librement sans risquer de se faire déranger, dit-il en me souriant de ses dents blanches. Je sens que nous allons passer un bon petit moment ensemble alors autant se mettre à notre aise, non ?

 D’un geste de la main, il fit apparaitre une table nappée, deux chaises et des tonnes de plats ayant l’air délicieux. C’était bien alléchant tout ça, mais devant l’ennemi, il ne fallait pas montrer de faiblesses. Il m’indiqua de m’assoir, ce que je fis.

— Mange autant que tu veux.

 J’avais des envies de lui arracher son rictus, mais je me retins, gardant mon sang-froid. Il était pire que le général en termes d’arrogance. Je ne pouvais pas le supporter aussi longtemps. Il fallait que je retourne à Mhala avant que ma disparition soudaine ne se fasse savoir par l’entièreté de la cité. La nourriture me faisait de l’œil, j’avais très faim, mais je devais me retenir, car elle était peut-être empoisonnée.

— Ne t’en fais pas pour ça, me répondit-il comme si il avait lu mes pensées. Je l’ai subtilisé à un noble et elle n’est pas empoisonnée. Tu vois ? me demanda-il en fourrant un morceau de fromage dans sa bouche.

 Il termina sa bouché, puis tendit son bras vers ce qui semblait être un carré au chocolat. Je ne fus pas totalement certaine, car c’était un aliment rare et la seule fois où j’y avais gouté, c’était à mon dixième anniversaire. Les professeur avaient posé une petite chandelle sur le dessus du morceau et m’avaient souhaités bonne fête avant de me laisser manger le chocolat. Fondant dans la bouche, c’était exquis.

— Vous n’avez toujours pas répondu à mes questions, lui dis-je presque méchamment. Commencez donc par vous présenter.

 Il avala lentement sa bouchée en faisant exprès pour me faire attendre. Mon irritation montait rapidement, mais je ne laissai rien paraitre.

— Vos désirs sont mes ordres, princesse. Je m’appelle Urelian Khadar et comme tu l’as constaté un peu plus tôt, je suis un draconien, mais aussi un mage. Un sorcier si tu préfères. Nous sommes dans la cité oubliée, Nohmira. Il y a plus d’un millénaire, elle était encore plus prospère que Mhala, mais suite à la guerre de trois-cents ans, opposants les draconiens aux races maléfiques, elle a presque été rasée de la carte. Seule cette petite partie de la ville est encore intacte.

Il prit un autre carré, un à la vanille cette fois.

— La cité est tombée en ruine et dans l’oubli et maintenant plus personne ne s’en souvient.

 Étrangement, lorsque cet homme parlait de cette tragédie, je pouvais vaguement entendre une pointe de tristesse dans sa voix. Je me demandais bien pourquoi. C’était pourtant il y a si longtemps alors pourquoi éprouver de la tristesse maintenant ? Je me le demandais, mais ma question ne se formula pas sur mes lèvres et comme si de rien n’était, il fourra une tomate dans sa bouche.

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