Chapitre 10

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 La veille du départ du régiment pour l’Ouest, en fin d’après-midi, une cérémonie d’adoubement fut tenue en notre honneur. Elle nous faisait officiellement soldats au sein de l’armée malgré que nous ne puissions pas aller sur les fronts avant encore deux ans. L’Arrogant, alors vêtu d’un habit propre pour la cérémonie, m’avait dit de me préparer, puis de le rejoindre à la Cathédrale située entre le palais et le centre de la ville. N’ayant aucun vêtement pour l’occasion, le général avait pris les choses en mains et m’avait déniché une robe couleur lilas, presque blanc. Le buste était parsemé de dentelle compliquée et magnifique en même temps. Les petites manches en soie étaient douces et légères sur mes bras. Malgré le fait que cette robe m’allait comme un gant, je n’avais pas pu m’empêcher de me sentir mal à l’aise lorsque je m’étais admiré dans le miroir de ma chambre. Décidément, je ne suis pas faite pour porter des robes de princesse, pensais-je en soupirant avant de quitter la pièce et de jeter un dernier regard à mon reflet. En sortant dehors, je n’eu aucun mal à repérer la cathédrale. Puisque c’était un des plus grands bâtiments de la cité, les gros évènements, comme la cérémonie, y étaient organisés. En arrivant devant, je fus émerveillée devant l’architecture rappelant l’aristocratie. Une certaine aura divine et ancienne émanait de l’endroit et me rendait un peu mal à l’aise. Le bâtiment était si imposant qu’ils dépassaient largement la hauteur de tous les autres. Ses toits rouges, couleur emblématique de la capitale d’Extyria, pouvaient se faire repérer de partout dans la ville. Comme beaucoup de cathédrales, il y avait une grande tour et une énorme quantité de fenêtres. Les plafonds voûtés étaient si haut qu’il y avait des mezzanines sur les deux côtés intérieurs de l’immeuble, à plusieurs mètres au-dessus du sol. En plein centre de l'allée, se trouvait une imposante statue d'un homme aux traits doux et serein tenant un arbre dans sa paume. C'était Milienn, le dieu des saisons, des récoltes et des festivals. Je remarquai qu'il y avait des sculptures pour toutes les divinités sauf pour la déesse mère, Evelya ainsi que Uvros et Kumis. Ils avaient créés les démons alors c'était évident que l'Église ne voulait pas ériger des statues en leur honneur. J'eu un léger pincement au cœur, car ils n'avaient fait absolument rien de mal. Ils souhaitaient simplement forger leurs propres créations comme les autres dieux. Ces derniers, pris de jalousie et incapable de détruire cette race, avaient décidé de les exterminer. Je savais maintenant pourquoi la prophétie avait été créée, mais elle n'était pas juste et je refusais de la compléter. Ce n'est qu'en baissant les yeux, vers les arcades sous le balcon du côté gauche de la bâtisse, que je pris conscience de la présence de mes trois amis qui discutaient entre eux, vêtit de leurs plus beaux habit.

— Aeris, s'écria Nyra en s'apercevant que je marchais vers eux.

 La petite fée battit vigoureusement des ailes avant de venir se jeter dans mes bras. Elle m'étreignit pendant plusieurs secondes avant de me lâcher. Je ne me passerai jamais de ses étreintes à chaque fois qu'elle me voit, pensais-je en souriant à son intention. Elle était habillée d'une robe de soie bleu marine touchant le sol qui mettait en valeurs des ailes et ses yeux saphir. Cheveux bouclés encadrant son visage, ses joues étaient rouges soit dû à son maquillage ou à l'excitation du moment. Une fête où la nourriture arrivait à profusion sur les tables nappées, je votais sans hésitation pour la deuxième option.

— Je suis contente de vous voir, leur dis-je en souriant à nouveau. Ça fait du bien malgré que ça fasse seulement quelques jours. J'avais besoin de ma dose quotidienne de câlins, continuais-je en faisant un petit clin d'œil à la fée. Le triton et l'elfe gardèrent plus de réserve et se contentèrent de me sourire.

— Prêts pour cette cérémonie ?

— Je n'attends que ça, nous dis Kaleb, un air de fierté dans ses yeux émeraude.

 Comme pour acquiescer avec le triton, Nyra fit battre, à nouveau, vigoureusement ses ailes aux couleurs d'une nuit étoilée. Kaleb, vêtu d'un complet noir chic, semblait rayonner de plaisir. Sa peau mate, presque chocolat, allait bien avec son mouchoir de poche orange et turquoise rappelant la couleur de ses écailles de triton ainsi qu'avec ses boucles brunes naturelles. En me tournant vers Elize, je sentis qu'elle n'était pas très bien malgré qu'elle essayait de cacher son état tant bien que mal. Cela ne m’avait pas empêché d'admirer sa tenue toute droite sortie du placard d'une princesse elfique. Elle était entièrement blanche, serti de petites perles et de dentelles un peu partout. Il n’y avait pas de manches, mais une cape attachée, par une broche en argent sur le col de sa robe, recouvraient ses bras gantés. Une sorte de corset était autour de son buste et des rubans liés dans le devant le maintenant en place. Une ceinture d’argent, comme la broche, accrochée à sa taille retenait la couches de dentelles sur les côtés. Une traine en dentelle reposait paresseusement sur le sol derrière Elize. Elle était plus qu’éblouissante dans cette robe immaculée qui mettait en valeur ses cheveux blonds aux reflets cendrés courts ramenés en un demi-chignon entouré de tresses et parsemé de fleurs blanches. Elle volait vraiment la vedette à tout le monde dans ces habits somptueux.

— Elize ? l’interpellais-je, ce qui la fit sursauter un peu. Tout va bien ?

— Oh…oui, parfaitement, me répondit-elle sans assurance et d’une manière distante.

 D’ordinaire posée, mais joyeuse, rien ne semblait l’atteindre. C’était une personne qui ne se laissait pas abattre facilement, mais la voir de la sorte me rendais triste. J’entrepris alors de la laisser tranquille et de lui poser des questions plus tard. Peut-être que la fête lui fera oublier son mal être, pensais-je alors qu’elle détournait le regard vers une des statues. Après environ une heure de festivités, un petit homme grassouillet – un nain d’après sa taille - monta sur la partie surélevée de la cathédrale. C’était là où les gens s’agenouillaient pour prier devant la statue d’Aos, le dieu père de l’espace et du temps, au fond de l’immense salle. Les torches éclairaient l’endroit d’une douce lumière blanchâtre naturelle. Magiquement, les feux passaient de l’orange au blanc dans les lieux destinés aux divinités. D’un ton fort, il pria tous les apprentis chevaliers à se présenter sur la plate-forme, derrière lui. Je remarquai que des drapeaux représentant le symbole de Mhala – un pégase décoré de fleurs - pendaient sur les côtés de l’alcôve entourant la statue de l’homme. Les gens se turent rapidement pour laisser l’homme parler. Il leva les bras vers le plafond du bâtiment avant de les redescendre vers l’assemblée, maintenant muette comme dans une tombe.

— Mes chers amis ! clama-t-il d’une voix forte et nette qui résonna dans toute la cathédrale. Comme vous le savez fort bien, l’entrainement nécessaire pour devenir un fier soldat au sein de notre armée est un chemin long et ardu. Pourtant, malgré les épreuves, c’est possible.

Ardu ? Que qualifie-t-il d’ardu ? Nos entrainements quotidiens contre des enfants sachant à peine tenir une arme ? Nous n’avions définitivement pas la même. De plus, comment le chemin pouvait être long pour en arriver à cette cérémonie ? Toute notre vie nous avions été portés à croire que l’endroit où nous nous trouvions n’était pas un camp, mais bien un orphelinat. Entre les batailles d’épées en bois et les passages à la bibliothèque, les enfants ont toujours secrètement espérer être adoptés. Jamais nous n’avions pensé être enrôlés contre notre gré.

— Ces braves gens, recrutés à Eintryn le camp dans la forêt il y a près d’un mois. Ils se sont tous vaillamment battus pour être sélectionné.

 Mais oui bien-sûr que c’était ce qui était arrivé. Ils ont pris les plus fort et sont partis, laissant les faibles derrière et ceux n’ayant pas la constitution désirée pour être un soldat. À la suite de la mention d’Eintryn, tous les jeunes en rang se regardèrent, perplexes, mais ne dirent rien. La foule quant-à-elle les acclama dans un tonnerre d’applaudissements. Le nain grassouillet lui fit alors signe de se taire pour continuer son discours.

— En cette journée mémorable, ils seront tous fait officiellement chevaliers, mais ne pourront pas, sans aucun cas, avoir accès aux fronts avant d’avoir atteint leur maturité, dix-neuf ans. Cette mesure a été mise en place par le roi Hebelatus Leotor il y a trente ans pour éviter de perdre des soldats trop jeune lors de leur opposition aux démons qui tentent de voler nos terres et de brûler nos villages. Dès la majorité atteinte, ils sont libres de rejoindre l’armée lorsqu’ils le voudront tant et aussi longtemps que ce soit avant leur vingt-et-unième anniversaire, sous peine de conséquence.

 L’homme dégaina son épée, puis comme il l’avait fait avec son bras avant la cérémonie, pointa son épée vers les hauts plafonds de la cathédrale. Tous les adolescents, moi y compris, maintenant soldats, firent la même chose, car lorsque nous avions mis pied sur la scène, on nous avait dit qu’il fallait faire ce geste après que le petit bonhomme l’ai fait.

— En cette journée, avant une importante bataille pour l’armée, vous êtes maintenant des chevaliers ! Abaissez vos armes et régalez-vous de ce festin préparé en votre honneur !

 Un nouveau tonnerre d’applaudissements retentit alors que les armes se rengainaient dans leurs fourreaux, sur les hanches des adolescents. Un à un, nous descendîmes de la plateforme pour se disperser dans le bâtiment. Cette cérémonie était ridicule. Pourquoi ne pas laisser le général dire à toute une assemblée d’apprentis chevaliers, « Maintenant vous êtes des soldats » ? Ce festin et ces accoutrements étaient trop, mais ce n’est pas mon estomac qui allait s’en plaindre. Je voulais simplement troquer cette robe, confortable malgré les apparences, contre une de mes tuniques. À cette pensée, je soupirai légèrement. De chaque côté de la bâtisse, se trouvait quatre tables drapée de blanc recouvertes de plats si nobles et à l’apparence appétissante que mon estomac ne se retient pas. Assiettes par-dessus assiettes, je ne faisais que manger sans sentir ma faim. J’avais l’impression de n’être pas assez rassasié malgré les trois grosses assiettées que je venais d’engouffrer. Je me rassurai en me disant que ma croissance en était la cause. Assis sur un banc sous la balustrade, nous mangions à notre faim tout en discutant de tout et de rien pendant près de deux heures. Je fus étonnées et malaisée de la quantité de plats que j’avais avalé au cours de la soirée et du fait que mon estomac semblait parfaitement tenir le coup. J’avais même encore un petit creux, mais je m’abstins. Après un petit moment, l’homme grassouillet revient sur la plateforme pour annoncer un dernier message.

— Merci à tous d’être venu à cette cérémonie d’adoubement ! Avant que vous quittiez, je vous invite à prendre place sur les estrades mises en place derrière la cathédrale. Comme à chaque année, les nouveaux chevaliers démontreront leurs capacités dans des duels. La magie n’est pas autorisée. Seulement les armes, sauf l’arc. Suivez- moi je vous prie, dit-il en se dirigeant vers la sortie de l’édifice en pierre polies.

 Les nobles présents à l’évènement suivirent le nain vers les gradins installés spécialement pour l’occasion spéciale. Le tour d’Elize et Kaleb vint avant le mien donc je me contentais de regarder aux côtés de Nyra, mais lorsque ce fut mon tour, j’avançai sur le terrain clôturé d’un pas déterminé. J’allais montrer à l’Arrogant que j’étais capable de battre mes adversaires. Plusieurs fois, j’avais battu les autres adolescents de l’orphelinat et venait facilement à bout deux, mais je voulais tout de même prouver mes capacités. Malgré que je détestais être le centre d’attention, je devais le faire. Rapidement, je retirai ma robe pour être plus confortable pour me battre (j’avais gardé ma tunique et un pantalon dessous).

 Deux fauchons émoussés m’attendaient sur le râtelier d’armes. Une fois les armes en mains, je me positionnai devant mon adversaire, Gadry Lonien. Un ange un peu plus jeune que moi qui avait l’habitude de combattre dans les airs, mais puisque les ailes tombaient dans la même catégorie que la magie, il ne serait pas en mesure de les utiliser. J’avais l’avantage, car non seulement il perdait de la maniabilité à cause de ses appendices et en raison de la grosse épée à deux mains qu’il allait utiliser, mais aussi j’étais naturellement plus rapide que lui. Mes doubles lames ne m’empêchaient pas de bouger contrairement à lui. Un petit salut de tête lorsque nous étions placés et le signal fut lancé. D’ordinaire, j’aurai attendu que mon adversaire fasse le premier pas, mais pour cette fois, je décidai que ce sera moi qui porterai le premier coup. Aussi vite que mes jambes me le permettait, je fonçai et abatis brutalement mes lames sur l’ange. Néanmoins, il para mon coup assez maladroitement, ne s’attendant pas à ce que j’attaque aussi vite. Il lança bêtement un coup vers ma cheville gauche, mais je feintai vers la droite pour envoyer valser mon pied dans son mollet ce qui eux l’effet escompté : il tomba à la renverse sur le sol terreux. Je m’accroupis au-dessus de l’ange sans mettre mon poids pour éviter d’abimer ses ailes, puis posai mes lames en forme de X sur sa gorge. J’avais gagné, et ce, en quelques secondes seulement. L’issue du combat avait été décidée à l’instant où j’avais su qui était mon adversaire. La foule, sous le choc, commença lentement à m’applaudir. Je replaçai mes armes sur le râtelier puis quittai le terrain avec hâte. Toute la nourriture et les acclamations me montèrent soudainement à la tête alors je me mis à la recherche d’un endroit où je pourrai me reposer quelques minutes.

 Après plusieurs longues minutes de marche dans les rues silencieuses de Mhala, j’aboutis dans une ruelle sombre et déserte. Haletante et le souffle court, je m’adossai contre la paroi froide en brique beige. Je ne savais pas pourquoi je me sentais bizarre, mais je supposais que c’était à cause de la nourriture. Je n’aurais pas dû manger autant, me dis-je pantelante. C’était loin d’être une sensation agréable. Cette dernière se transforma alors en chaleur, puis en douleur. Cela me faisait beaucoup trop penser à ma rencontre avec la prophétesse et je n’aimais pas ça. Plus les minutes passaient, plus mon corps devenait bouillant et la douleur presque insupportable. Brûlante et pantoise, je m’allongeai sur le sol de pierre dans l’espoir d’avoir un peu de fraicheur.

 La nuit, bien installée dans le ciel, était calme et sans brise à mon grand désarroi. L’hiver arrivait, mais la nuit ne me fit pas de cadeaux. Lorsque j’arrivais à avoir un peu de froideur sur ma peau, la chaleur revenait à la charge après quelques secondes. J’avais l’impression que mon corps brûlait de l’intérieur et j’avais envie de crier, mais seul des cris étouffés s’échappaient de ma gorge. Soudainement, comme si un éclair m’avait frappée, une douleur fulgurante traversa mon corps entier. Je me cambrais en priant les huit dieux pour que ça arrête. Un instant plus tard, j’eu la vague impression que c’était terminé, mais ma souffrance avait simplement convergée vers un point : mon dos. Après quelques secondes, je sentis quelque chose de dur entre le sol et mon dos. Souffrante, haletante, pantoise, brûlante, les esprits embrumés par la douleur, je ne fu pas en mesure d’identifier l’objet. Les élancements, me volant mes sens un à un, finirent par m’anesthésier. Ma vue déjà brouillée, se fit noire et ma conscience s’endormit dans le cocon réconfortant des noirceurs qui m’enveloppaient.

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