Chapitre 20

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 À demie éveillée, je me sentais rafraîchie et mon estomac ne semblait plus crier famine. Je ne voulais pas ouvrir mes yeux de peur de ce que j’allais voir. Il faisait chaud, mais je sentais une légère brise fraîche sur mes bras. Je supposais que je n’étais plus au milieu de nul part, presque morte. Près de moi, je pouvais distinguer plusieurs voix inconnues qui murmuraient par bribes incohérentes.

— … rétablie rapidement …

— Magie … mauvais endroit pour chercher … village …

 Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’ils disaient, car c’était à peine s’ils levaient la voix. Il semblait y avoir deux personnes, mais je pouvais me tromper. Mes paupières étaient lourdes, mais je fis un effort pour les ouvrir. Au-dessus de moi, étaient penchés deux élémentaires - reconnaissables grâce à leur unique teint de peau - qui m’observaient attentivement. C’était une jeune fille à la peau rouge-orangé et un vieil homme dont la sienne était ambrée. Ils étaient respectivement des élémentaires de feu et de terre. C’était probablement ces personnes que j’avais entendues juste avant. Surpris que j’ai repris conscience, ils s’écartèrent pour me laisser respirer un peu. La bouche pâteuse, je réussis à marmonner une phrase cohérente.

— Où suis-je ?

— Tu es dans la tente de notre guérisseur, Theran, m’informa la jeune fille en pointant le vieillard d’un petit geste du menton. Je suis Lexie, se présenta-t-elle par la suite.

 Je jetai un coups d'œil rapide aux alentours et c’était effectivement une tente, mais très grande. Il y avait plusieurs lits alignés sur le côté droit où plusieurs personnes dormaient. Seules quelques fenêtres laissaient passer la lumière du jour. J’étais confuse de ne sentir presque aucune chaleur accablante malgré l’air ouverte de l’endroit.

— Jeune fille, toi, pourquoi t’aventurer Sylis ? demande Theran d’une voix douce.

— Il a toujours parlé de la sorte, tu vas t’y habituer.

— Je recherche un homme nommé Vagnir Magus, répondis-je à l’homme

— Chercher Magus ? Pourquoi toi faire ça ?

 Je fus un peu réticente à le dire, mais Theran me devança et avant même que je puisse ouvrir la bouche il avait déjà deviné le pourquoi du comment.

— Toi Éclipsal, non ? Magus mort longtemps, désolé, s’excusa le guérisseur en baissant la tête alors que la fille détournait son regard de moi.

— Il y aurait moyen de trouver ce que tu cherches, rétorqua une voix d’homme venant du fond de la pièce. Il y a de grandes chances que ses écrits soient toujours dans sa demeure.

 Je tournai la tête en direction de cette voix, mais ne vis rien au début. Les élémentaires se déplacèrent alors pour laisser mon champ de vision libre et je pus voir d’où elle venait. Dans un coin sombre, au fond de la tente, un homme était confortablement assis sur une chaise et nous observait. Ses traits étaient indiscernables dans la pénombre, mais ses ailes ne l’étaient pas. Aussi grandes que les miennes, elles pendaient de chaque côté de la chaise et balayaient le sol sablonneux. D’un geste presque souverain, il se leva et s’approcha de ma couchette pour me regarder droit dans les yeux. Pour une raison que j’ignorais, je ne me sentais pas en sécurité avec lui. Pourtant, il m'était si familier avec ses cheveux blonds cendrés presque blancs et ses yeux identiques aux miens. Je savais que beaucoup d’anges possédaient ces caractéristiques, mais je ne pouvais m’empêcher d’éprouver ce sentiment malgré le manque de confiance en cet homme que j’avais.

— Je suis Araquiel, se présenta-t-il en me tendant sa main.

 Hésitante, je fis de même et empoigna la sienne.

— Aeris.

— Je sais qui tu es, répliqua-t-il avec un sourire qui se voulait chaleureux, mais qui me donna des frissons jusqu’à l’échine. Tu devrais te reposer un peu et manger avant qu’on parte.

Oh non, oh non, oh non, s’il vous plaît. Par tous les dieux, je ne veux pas partir avec lui, pensais-je avec angoisse. Il nous tourna le dos et sortit de la tente d’une démarche noble. Les deux élémentaires se tournèrent à nouveau vers moi. Lexie me tendit une tasse de thé fumante qui reposait sur la table derrière elle. C’était une boisson fruitée d’après les délicieux arômes que je sentais.

— Je l’ai préparée pour moi juste avant que tu te réveilles, mais tu en a plus besoin que moi, annonça-t-elle avec un léger sourire aux coins des lèvres.

— Comment suis-je arrivée ici ? les questionnais-je après avoir pris quelques gorgées du liquide aux baies sauvages.

— J’étais de patrouille autour du village hier et lorsque je me suis aventurée plus loin pour savoir si j’étais en mesure de trouver du gibier, c’est là que je t’ai trouvée, inconsciente dans le sable. Je suppose que tu as du avoir des hallucinations ?

 Je baissai la tête honteuse, puis acquiesçai.

— Lexie transportée toi dans ma tente, continua Theran en s’éloignant pour donner de l’eau à l’homme dans la couchette à côté de la mienne.

— Nous devrions aller te chercher quelque chose à manger, insista Lexie en me tirant un peu par le bras pour me sortir du lit, ses mains étant chaudes et douces au toucher.

— D’accord, d’accord, lui répondis-je en déposant la tasse sur la table.

 Un peu à contre coeur, je levai les couvertures et une brise vint me donner des frissons. Lexie pouffa légèrement alors que je me frottais les bras pour les faire partir. Étirant mes bras et mes jambes, je fis de même avec mes ailes. L’élémentaire contempla mes appendices avec un éclat de surprise et d'admiration dans ses yeux d’agate orange. Je repliai mes ailes dans mon dos et me dirigeai vers la sortie, non sans éprouver des nausées. Je passai à deux doigts de tomber au sol, mais Lexie vint me soutenir en passant son bras droit par-dessus mon épaule.

— C’est normal que tu te sentes faible. Une perte de conscience comme celle que tu as éprouvée hier ne peut se ‘’guérir’’ seule. Tu dois manger et boire pour aller mieux.

 D’un geste de la main, je lui fis signe que je pouvais marcher et elle retirer son bras. Pendant un instant, sa chaleur me manqua. Lexie prit les devant pour me diriger au travers du petit village composé de tentes similaires à celle de Theran, mais plus petites. Après quelques zigzags entre les habitations nous arrivâmes devant ce qui semblait être une boucherie et une cuisine en même temps. Le pan de peau qui servait de porte était plus gros et ouvert donc on pouvait voir les gens qui cuisinaient à l’intérieur. Les effluves de viande cuite et de sel me montèrent aux narines, me faisant oublier mes nausées. Voyant mon air affamé, Lexie pouffa à nouveau et me poussa vers l'intérieur de la tente. En entrant, une énorme bouffée de chaleur me frappa de plein fouet. Ça sentait délicieusement bon ! L’élémentaire leva un bras dans les airs et hélà quelqu’un.

— Hod ! Tu nous amène une pièce de viande ? Notre rescapée en aurait bien besoin.

 La personne en question, un grand homme à la peau presque bourgogne, fit cuire, en quelques secondes, un gros morceau de qui ressemblait à une poitrine de poulet. Du feu avait jailli de ses paumes et avait presque calciné la viande. Ça avait tout de même l’air exquis ! Le dénommé Hod nous servis la pièce fumante sur une assiette en terre cuite, puis repartit vers le centre de la tente pour aller aider une femme d’âge moyen à pétrir de la pâte.

— Tu sais, Aeris, notre village n'a peut-être pas l’air d’une grande cité comme les capitales, mais au moins tout le monde vit bien ici. Nous sommes nomades donc nous nous déplaçons, comme une grande famille, au gré du gibier, m'informa-t-elle en mordant à pleine dent dans son morceaux de poulet.

— Pourtant, j’ai l’impression qu’il n'y en a aucun dans ce désert.

— Il se cache, rétorqua-t-elle en me faisant un clin d'œil. De plus, ce n’est pas du poulet que tu manges, mais bien du dindon des dunes. C’est presque pareil, mais un peu plus gros.

— C’est vrai que c’est similaire, m’étonnais-je en avalant un bout.

 Le repas passa rapidement et il était temps d’aller rejoindre Araquiel. Je n’en avais pas envie, mais il semblait savoir ce que je cherchais, donc je devais bien lui laisser une chance. Lexie m’accompagna dans tout le village, mais il n’était nulle part. Nous le trouvâmes enfin perché sur le haut d’un flanc de la falaise surplombant les tentes. L’élémentaire cria son nom pour attirer son attention et d’un coup d’aile, il fut au sol dans un nuage de sable orange.

— Tu es prête ? Bien. Il faut aller voir Theran une dernière fois parce qu’il sait peut-être où la demeure de Magus est située.

 Je n’eus pas le temps, pas même une fraction de seconde, d’ouvrir la bouche qu’il s'avançait déjà entre les petites habitations en peau. Lexie et moi échangèrent un regard interloqué avant de le suivre à la trace. En arrivant dans la tente de Theran, Araquiel se tenait aux côtés du guérisseur. Ils stoppèrent leur début de conversation en nous voyant arriver. Le vieillard se tourna vers moi, un mince sourire aux lèvres.

— Moi savoir où maison Magus se trouve. Dans fossé au nord. Cachée par roches rouges. Utiliser flux magique pour voir.

 À ces mots, il nous laissa là pour s’occuper des malades. Araquiel, s'apprêtant à partir, nous fis signe de la main pour le rejoindre. Il tourna son regard dans ma direction et si ses iris pâles pouvaient lancer des éclairs, je pense qu’elles auraient foudroyé Lexie sur place. Elle se stoppa dans sa marche pour me regarder, une moue désolée au visage.

— Je sais que tu n’as pas été longtemps avec nous et que tu dois repartir, mais saches que ta présence était appréciée et j’aime bien discuter avec toi. Si tu reviens en Sylis plus tard, passe nous voir, d’accord ?

 La jeune élémentaire baissa son regard orangé vers le sol et des mèches rebelles bourgogne lui cachèrent le visage. Elle m’étreignit, sa chaleur se répandant partout dans mon corps comme un feu réconfortant, puis sortit de la tente. À voix basse, pour moi-même, je murmurai, ‘’je te le promet Lexie’’ avant de suivre Araquiel hors de la tente après un bref coups d'œil lancé au guérisseur. Je rattrapai l’ange presque en courant, puis gardai une marche rapide pour rester à sa hauteur. Je ne comprenais pas pourquoi il allait si vite, mais je préférais me taire. J’aurais pu me rendre seule à la maison de Vagnir. Je ne comprenais pas pourquoi il tenait tant à m’accompagner. Ce n’était pas comme si je le connaissais.

 Après environ une heure de marche, l’ange se décida à suivre le conseil de Theran et s’arrêta un instant. Une légère brise fraîche nous enveloppa et sans un mot, nous continuâmes notre route. Alors que la brise nous suivait - je remerciais intérieurement Araquiel, car je commençais à avoir très chaud - nous arrivâmes devant un fossé peu creux. Nous nous aventurâmes sur la paroi et remarquâmes des pierres rougeâtres. C’était ici. Araquiel fit un étrange geste de la main et le vent se dissipa en un instant. Un porte apparut alors entre les rochers. Surprise de ce qu’il venait de faire, je m’approchai avec prudence de cette dernière, tournai la poignée, puis pénétra dans l'antre du sorcier.

 Un nuage de poussière ainsi qu’une totale noirceur nous accueillîmes. Nous toussâmes un peu, puis bloquâmes nos nez avec notre bras. La clarté du jour ne réussissait pas à éclairer la grotte donc Araquiel fit un nouveau signe de main et une petite boule de lumière apparut dans sa paume. Je me demandais comment il faisait pour maîtriser tant de magie alors que les anges ne peuvent que contrôler le vent et la température ambiante. Il fit voler la sphère lumineuse jusqu’au plafond et l’endroit fut illuminé comme en plein jour. Nous étions bien dans une cave dans le flanc d’un fossé, mais l’intérieur n’avait pas du tout l’air d’une grotte. C’était assez spacieux pour une personne et le plafond était si haut que même en sautant on n’y touchait pas. Bizarre vu que la porte se trouvait très près du sol. Sur les murs se trouvaient des bibliothèques poussiéreuses où plus d’une centaine de livres reposaient. Toute la soif de connaissance dont j’avais toujours aspiré se réveilla en moi, mais je dû me contenir le plus possible. À côté d’un lit posé sur la paroi du fond, une table couverte d’ingrédients desséchés gisait sur une petite table accompagnée d’une seule chaise. À gauche, en entrant, il y avait une cuisine de fortune constituée d’une marmite de taille moyenne, un foyer à même le sol et d’une étagère remplie de nourriture avariée, comme du pain ou même de la viande. Je supposais que ça faisait très longtemps que Vagnir était décédé.

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