Chapitre 18

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Elize Hygarts

Il était déjà midi, le soleil se trouvait bien haut dans le ciel, et l'elfe dormait encore, mais d'un sommeil loin d'être paisible. Elle se débattait parfois dans ses couvertures et criait désespérément le nom de la petite fée de temps à autre. Dans un cri à réveiller les morts, elle se réveilla en haletant et en transpirant de partout. Toute la nuit, elle avait rêvé que Nyra la poursuivait en marmonnant des paroles incompréhensibles et en blâmant Elize pour sa mort tragique. La jeune elfe fourra son visage dans les paumes de ses mains. De grosses larmes perlèrent entre ses doigts fins alors qu'elle bafouillait des paroles ressemblant à « Je t'en supplie pardonne-moi, Nyra ma petite fée ». Après avoir pleuré un long moment comme la veille, Elize se décida enfin à se lever de son lit. Elle se souvint que les funérailles allaient se passer un peu après le diner et elle devait y aller avant de partir. Elle laisserait une note à Kaleb puisqu'il n'avait donné aucun signe de vie depuis la journée avant la mort de la fée. Ses idées noires revenant à son esprit, elle se surprit à penser que le meurtrier aurait pu être le triton. Mais voyons, à quoi je pense ? Ça ne peut pas être Kaleb. Il ne ferait pas de mal à une mouche, se convainc Elize revêtit sa seule et unique robe pour ce funèbre et triste évènement. Elle n'avait pas spécialement envie de revoir le corps inerte de son amie, mais c'était sa dernière chance de la voir.

Elle tenta, du mieux qu'elle l'eut pu, de cacher son visage rouges à cause des larmes avec du maquillage, mais sans grand succès. Elle avait l'air misérable dans sa robe de jais magnifique malgré ça. Ses yeux étaient bouffis, sa tignasse était toute emmêlée, de grosses cernes tombaient sous ses pupilles d'or qui ne possédaient plus leur habituel éclat lumineux. Ils avaient plus l'air d'un or terne et presque brun, usé par le monde. Elle ne prit même pas la peine de mettre ses bijoux précieux. Elle ressemblait étrangement à une personne qui n'en avait plus rien à faire de la vie après avoir vécu longtemps alors que réellement, ce n'était qu'un très douloureux deuil.

Même si sa faim était inexistante pour l'instant, elle se força à ingérer au moins une pomme pour avoir quelque chose de consistant dans son estomac. Elle savait qu'elle ne pouvait pas aller aux funérailles le ventre vide. Qui sait comment ça pouvait se terminer ? Après un énième brossage de cheveux, elle sortit enfin de la maison de Cellya. Il pleuvait des cordes dehors. S'aurait été pire le soleil avait été bien haut dans le ciel, rumina-t-elle en gardant son regard baissé vers le sol. Zigzaguant entre les étroites maisons serrées dans les rues, elle s'arrêta à un fleuriste en chemin, puis arriva à destination un peu avant la cérémonie. Il n'y avait que peu de personnes, dont l'homme qui l'avait laissée voir le corps la veille. L'elfe s'approcha du cercueil en bois massif, dont le couvert avait été légèrement rabattu pour éviter que la pluie ne tombe sur son visage, et observa la défunte. Elle avait l'air de dormir dans sa longue robe blanche dentelée magnifiquement. Ses cheveux brun foncés avaient été bouclés et reposaient légèrement sur ses épaules et ses ailes. À cause de ces dernières, il fallait faire des cercueils sur mesure pour éviter de les abimer, même si la fée était décédée. C'était le moins qu'on pouvait faire pour les honorer dans le jardin des âmes.

En posant sa main gauche sur le bois, elle déposa le bouquet de fleurs bleues comme ses ailes dans ses mains de glace. Ces fleurs, des Cobales de Nuit, ne fleurissaient que durant la période de l'astre lunaire, possédaient un parfum exquis de brume et de rosée. Elles représentaient le dieu Uvros. Nyra les priait tous, mais avait toujours eu une préférence pour celui de la forêt et de la musique. Retenant ses larmes avec difficulté, Elize passa délicatement sa main sur son visage en espérant que d'un instant à l'autre, elle se réveillerait. Espérer ne lui vaudrait rien, car elle savait que son amie était partie à tout jamais et que jamais elle ne la reverrait.

 Un prêtre, se spécialisant dans les discours de rites funéraires, s'engagea dans de longues paroles qui étaient presqu'entièrement du blabla inutile en mentionnant ici et là que la fée avait vécu une belle vie et qu'elle serait heureuse parmi les dieux. Absurdités, jugea l'elfe. Personne ici ne la connait comme moi je la connais. Notre vie était loin d'être rose, se frustra-elle intérieurement. Il continua de la sorte pendant près d'une demi-heure, où Elize ne put retenir ses larmes plus longtemps. Les perles salées dévalaient ses joues rosées à toute vitesse dans le silence qui régnait sur la petite assemblée. Certaines nobles sanglotaient ici et là, mais allaient toutes oublier ces funérailles et Nyra d'ici deux jours. Elles n'étaient que peu crédibles dans leurs pleurs. La seule qui était sincère c'était bien la jeune Yndranienne. La foule présente se tenait debout, droite, fière sans même connaître la défunte. Ça avait tout l'air superficiel et faux dans leurs beaux habits.

Le discours terminé, deux puissants colosses fermèrent le cercueil et ce fut la dernière fois qu'Elize voyait sa petite fée Nyra. Elle était si jeune et avait une longue vie devant elle, murmura l'elfe pour elle-même, une larme perlant à nouveau sur son visage.

- Au revoir, nous nous reverrons dans le jardin des âmes, marmonna-t-elle encore.

Les deux hommes scellèrent la tombe de bois massif et, à l'aide d'épaisses cordes, la descendit dans le trou rectangulaire creusé à cet effet. Ils remplirent le caveau de terre et posèrent une dalle de marbre blanc au-dessus, où on pouvait y voir gravé son nom et des dates.

« Nyra Sairi, enfant partie trop tôt. Que les dieux la protègent.

Née le 27 avril 5M 108 et morte le 3 août 5M 125 »

Une fois que les gens eurent quittés le cimetière, même le prêtre, Elize se tint devant la pierre tombale. Comment en étaient-ils arrivés jusqu'ici ? Qui aurait pu en vouloir à Nyra ? Où se trouvait Kaleb à cet important instant ? Comment allait réagir Aeris ? Qui avait écrit le message alarmant qu'elle avait reçu hier ? Ces questions sans réponses se bousculaient dans sa tête alors que l'elfe se décidait à ce qu'elle allait faire après. Elle n'eut point besoin d'y penser plus longtemps : elle avait déjà sa réponse. Il y avait une chance que le poste de chevaliers détienne possiblement sur le meurtre pouvant aider la jeune fille à retrouver le tueur de sa précieuse amie.

Une dernière larme roulant silencieusement sur sa joue droite, Elize s'éloigna de la pierre tombale d'un pas lourd. Le portail de métal forgé faisant office de porte du cimetière grinça sinistrement lorsqu'il fut poussé. Quelques flocons de rouille tombèrent sur le sol où manquait de l'herbe. La pluie martelait les tympans de quiconque se trouvait à l'extérieur, mais l'elfe n'en avait que faire de l'averse torrentielle que pleurait les dieux. Elle avait déjà piètre allure alors ce n'est pas de l'eau qui allait y changer quelque chose. Sa robe devint lourde ainsi que ses cheveux aussi. Malgré le froid qu'elle commençait à éprouver, elle se dirigea tout de même au poste de chevaliers. Une vague de chaleur l'attaqua lorsqu'elle pénétra à l'intérieur de l'endroit. Elle dégoutait de partout et une flaque se formait sur le sol, mais cela ne la dérangeait pas le moins du monde. Elle s'avança vers le comptoir où le même homme que la veille l'avait servie et qui était venu aux funérailles. Il esquissa une moue désolée en la voyant s'approcher de lui. Sans aucune retenue, elle alla directement au but.

- Avez-vous des indices ou une piste concernant le meurtre d'hier soir ?

Déconcerté, il bafoua une réponse rapide.

- Nous avons trouvé un petit bout de cape, mais ce n'est pas assez pour identifier un meurtrier. Il va falloir exécuter une enquête plus en profondeur. Il va nous falloir encore plusieurs jours avant d'avoir une piste plus concrète, expliqua l'homme en gesticulant.

- Je comprends, puis-je avoir ce bout de tissu ?

- Quoi ? questionna-t-il surpris par la requête de l'elfe

- Vous m'avez comprise.

- Mademoiselle, je comprends que vous voulez trouver le meurtrier, mais nous ne pouvons pas, juste comme ça, vous laisser notre seule évidence. Vous devriez retourner chez vous et laisser l'affaire aux chevaliers. Ils savent quoi faire.

- Je n'ai pas le choix. Je dois trouver ce tueur. Coupez un petit morceau et donnez-le-moi s'il vous plait, insista l'elfe avec ton air irrité, mais un air sérieux.

 Il finit par abandonner le combat de regard qui avait débuté entre elle et lui, puis quitta l’elfe un instant pour revenir une minute plus tard avec le pan de cape en question. Il était d’un gris sombre comme le charbon et souillé par du sang séché.

- Il est possible que le sang appartienne au tueur, mais j’en doute. Il aurait fait attention. Nous supposons que c’est celui de la victime. Nous ne pouvons pas l’identifier, mais peut-être qu’un traqueur pourrait, énonça-t-il en se grattant le côté du crâne tout en tendant le tissus à l’elfe.

- Qu’est-ce qu’un traqueur ? Elle le questionna tout en ne brisant pas la connexion qui s’était établie dans leurs regards.

- Ce sont nos détectives ou tout simplement des gens comme vous et moi qui sont un peu plus doués avec leur ma un note mentale d’en apprendre plus sur le sujet lorsqu’elle le pourrait.
 L'homme derrière le comptoir découpa un petit morceau du pan de tissus avec une fine lame, puis le tendit à la jeune fille. Elle esquissa un léger hochement de tête, d’où ses cheveux étaient encore tout trempés, et sortit du poste, du même pas lourd qu’au moment où elle était entrée, un instant auparavant. Pour se mettre en route, il ne manquait plus qu’à identifier le sang sur le bout de cape gris. Sous la pluie battante, elle accéléra le pas, puis arriva finalement chez Cellya. Une tunique beige remplaça sa robe noire trempée par l’averse. gie. Ils sont aussi appelés les Ethers. Ils la maitrisent un peu plus que la population « normale » alors, au poste de chevaliers, ils rendent nos investigations plus faciles. Ils sont plus liés à leurs pouvoirs ce qui leur permettent de ressentir les flux magiques.

 Elize hochait la tête, intriguée par ces traqueurs. J’aimais elle n’avait entendu parler d’eux. Elle supposait qu’en termes de hiérarchie magique, ils devaient se trouver entre les gens normaux comme l’avait dit l’homme. Il y avait les humains, les sans magie, les Arcanas, ceux qui avait de la magie de base, les traqueurs ou Ethers, ceux qui maitrisaient un peu mieux la leur. Il y avait aussi les sorciers aussi nommés les Astrolithes qui savaient contrôler complètement leurs éléments et avaient, d’une quelconque manière, avait réussis à enchainer avec un ou plusieurs autres. Les dieux se trouvaient au-dessus des Astrolithes. Il n’y avait aucune catégorie distincte entre les deux. L’elfe se fit un note mentale d’en apprendre plus sur le sujet lorsqu’elle le pourrait.

 L'homme derrière le comptoir découpa un petit morceau du pan de tissus avec une fine lame, puis le tendit à la jeune fille. Elle esquissa un léger hochement de tête, d’où ses cheveux étaient encore tout trempés, et sortit du poste, du même pas lourd qu’au moment où elle était entrée, un instant auparavant. Pour se mettre en route, il ne manquait plus qu’à identifier le sang sur le bout de cape gris. Sous la pluie battante, elle accéléra le pas, puis arriva finalement chez Cellya. Une tunique beige remplaça sa robe noire trempée par l’averse. Elle tenta d’arranger ses cheveux mieux un peu, puis revêtit une cape foncée pour se protéger à l’extérieur. Fourrant le bout de tissus dans sa poche, elle attrapa son sac déjà prêt depuis la veille, et quitta. Sauf qu’elle dû rentrer une dernière fois. Elle laissa une lettre finement écrite sur la table de la cuisine adressée à sa tuteure.

« Pardonne- moi Cellya.

Lorsque tu trouveras ce message, dans quelques jours, semaines ou mois, je serai partie depuis longtemps. Nyra a été assassinée et je dois absolument trouver son meurtrier. Il ne peut pas rester en liberté. Une fois fait, il périra sous mes mains de la même qu’il a envoyé trop tôt mon amie dans le jardin des âmes. Peut-être irai-je rejoindre Aeris par la suite ? Elle aura besoin d’aide dans sa quête. Je ne peux t’en dire plus, mais le général saura t’éclairer. Je serai de retour d’ici dans peu de temps. Ne t’en fais pas pour moi.

Elize Hygarts »

 Sur ces mots, l’elfe quitta la maison, la tête pleine de regrets et d’incertitudes, mais elle savait que c’était pour le mieux. Kaleb finira bien par apprendre les nouvelles. À cet instant, Elize n’avait qu’un seul et unique objectif et rien n’aurait pu la faire changer d’idée

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