Chapitre 17

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Elize Hygarts

 La douce aube s’éleva dans le ciel d’Extyria et ainsi le peignit d’un magnifique tableau orangé et rose parsemé de taches floues violettes. Puisque l’hiver approchait à grands pas, l’air ambiant était frais, presque froid, et les vents étaient un peu plus forts qu’avant. La température c’était beaucoup rafraichie depuis leur départ de l’orphelinat, il a près de trois mois. Puisque c’était très nuageux, Elize se réveilla un peu plus tard qu’à son habitude. Elle se levait normalement en même temps que les premières lueurs du matin, lorsqu’il faisait encore un peu sombre dehors. Elle avait ce petit rituel matinal bien à elle qui consistait à boire un thé aux feuilles de Naryn en se levant, mettre les feuilles de côté, lire une dizaine de pages dans un roman qu’elle changeait à toute les semaines pour faciliter sa lecture. Par la suite, elle mangeait un pain fourré aux baies des prés accompagné d’un petit verre d’eau. Un peu après, elle s’agenouillait devant la cheminée pour se réchauffer et pour faire une courte prière dédiée à Artia, la déesse des femmes et des enfants ainsi que de la fertilité. Beaucoup de peuples avaient associés un dieu à leur race, mais les elfes préféraient se dévouer à chacun d’entre eux comme le faisait les humains, les nymphes et les centaures. Bien-sûr, il n’était pas obligé de vénérer les dieux. Un pouvait n’en adorer qu’un ou aucun. Chacun était libre de choisir. Elize, ayant toujours eu un grand intérêt pour les femmes, avait décidée d’envoyer ses prières à Artia pour que ces magnifiques créatures, comme aimait le dire l’elfe, soient protégées des dangers. Lorsqu’elle terminait sa prière, elle se servait une autre tasse de thé avec les feuilles mises à part, puis allait se vêtir. Elle savait comment démarrer sa journée du bon pied.

 Puisqu’elle s’était levée plus tard et qu’il n’y avait personne pour la pressée, elle décida de prendre tout son temps pour exécuter sa routine matinale. Une fois tout terminé, après environ deux heures, elle monta à sa chambre pour décider des vêtements de la journée. Elle opta pour une simple robe de lin verte que lui avait offerte Cellya après la cérémonie d’adoubement. Elle attacha une ceinture de cuir à sa taille pour cintrer le tout. Elle accrocha une cape noire à son cou pour se protéger du froid automnal. Elize avait décidé de mettre ces vêtements, car elle avait décidé qu’elle voulait une journée de repos au lieu d’aller s’entrainer. L’elfe n’avait pas l’habitude de faire cela, mais après plus d’un mois à se déchainer contre des mannequins de bois avec diverses armes, elle jugea qu’elle avait bien mérité ce congé. De plus, elle adorait porter des robes. Pas pour impressionner les autres, mais tout simplement, car elle se sentait bien et que ça lui faisait plaisir. Elle n’en avait que deux et puisqu’elle portait toujours des tuniques mornes, elle n’avait que peu l’occasion de les porter.

 Alors que la jeune elfe s’apprêta à sortir de sa chambre, on cogna frénétiquement à la porte de la maison de Cellya. Rapidement, elle descendit l’escalier de chêne pour ouvrir cette dernière. Elle fut surprise de voir une personne encapuchonnée dans une cape noire. Un masque de la même couleur couvrait la moitié de son visage. Il tendit le bras vers Elize pour lui tendre une lettre tachée de gouttes rouges. Hésitante, elle empoigna la feuille de papier pliée en deux et referma la porte à clé alors que la personne s’éloigna silencieusement. Elle s’installa à la table pour la lire. Je me demande ce que c’est. Elle ne savait pas encore que cette missive allait être la pire nouvelle de sa vie. Sans prêter attention aux salissures sur le message, elle commença sa lecture, un peu appréhensive.

À l’elfe,

Bien vite, tu sauras ce qui arrive aux personnes qui en savent trop sur des choses dont ils ne devraient pas. Je te conseille de continuer ta vie sans chercher plus loin si tu souhaites rester en vie. Je t’invite à aller chez ton amie la fée pour une petite visite.

 Dans sa poitrine, son cœur rata un battement et Elize eut l’impression de tomber sur le sol. Elle n’avait aucune idée de ce que pouvais signifier cette lettre, mais elle savait que ce n’était rien de bon. Suivant son instinct, elle se précipita vers la porte qui grinça violemment lorsqu’elle l’ouvrit. Dans sa course, elle laissa tomber la lettre miteuse sur le sol de la cuisine. Alarmée, elle traversa les divers quartiers de la ville à la course et en robe pour se rendre chez Nadir, le mentor de Kaleb qui hébergeait la fée. La serrure était déverrouillée et elle constata qu’il n’y avait personne dans la maison du tuteur. Le triton n’était nulle part, pareil pour Nyra. Rapidement, son cœur se mit à battre la chamade, de grandes vagues de chaleur l’envahissait. Elle se mit à paniquer et à imaginer les pires scénarios. Bien-sûr, ils n’étaient pas aussi horribles que la triste réalité du moment. Malgré son empressement, elle dû reprendre son souffle un instant pour reprendre son calme. C’était plutôt rare qu’elle perdait ses moyens d’une telle façon, mais cette lettre l’avait définitivement mise dans tous ses états.

 Une fois plus calme, se mit à arpenter la ville à la recherche de son amie la fée, mais en vain. Inquiète, elle se rendit aux postes de chevaliers pour se renseigner. Peut-être sauront-ils où elle se trouve ? pensa-t-elle, optimiste .Quand elle arriva devant le bâtiment, une agglomération de gens et de soldats bloquait la porte menant à l’intérieur. Les gens criaient, murmuraient, pleuraient et parlaient entre eux. C’était la cohue. L’elfe repéra les guérisseurs – entièrement vêtus d’habits blancs avec une croix rouge sur leur torse - du temple adjacent la cathédrale, tentant vainement de se faufiler à travers la foule dense. Ils transportaient une civière couverte d’un drap noir. Un mort, devina Elize. Avant de pouvoir entrer à l’intérieur, elle dû attendre qu’un garde vienne disperser la foule pour que la porte sois accessible.

 En entrant, elle alla directement au comptoir d’informations. Un homme dans la mi vingtaine aux cheveux châtains et aux yeux bruns l’accueillit avec un sourire.

— Comment puis-je vous aider ? l’interrogea-t-il d’une voix douce.

— Je n’ai pas eu de nouvelles de mon amie depuis hier soir et la maison où elle réside est vide. J’ai un mauvais pressentiment à propos de cela.

— D’accord, laissez-moi vérifier si on a marqué son nom sur la liste. Quel est son nom ?

— Nyra Sairi, une petite fée aux ailes de charnax bleu.

 L’expression d’Elize se décomposa à la vue de celle de l’homme. Elle savait que ça ne voulait rien dire de bon. Il sembla chercher ses mots pendant un bref instant, et, avec le ton le plus professionnel, mais le moins froid possible, annonça la triste nouvelle.

— Je suis sincèrement navré mademoiselle, mais votre amie est malheureusement…décédée hier soir. Nos patrouilleurs l’ont trouvée gisante dans une mare de sang ce matin. Elle se trouve présentement dans la salle d’autopsie de notre poste.

 Plusieurs larmes se mirent à rouler sur ses joues, puis elles se transformèrent en un véritable flot d’émotions qui la brisait. Colère, tristesse, souffrance, amertume, chagrin, épouvante, choc, malaise, fureur. Le flot redoubla et l’elfe s’écroula sur le sol en braillant et tremblant. Elle priait Vadior de lui rendre sa fée, son amie, sa confidente, sa camarade, mais rien ne se produisit. Dans l’office, tout le monde c’était tût et plaignait la pauvre jeune fille. Ils avaient pitié d’elle et avec raison. Une vieille femme vint alors l’approcher pour la prendre dans ses bras pour la réconforter. Elle la berça, lui dit des mots doux en affirmant que la fée avait eu une bonne vie et que son esprit reposait en paix avec les dieux, dans le jardin des âmes.

 Après de longues minutes à pleurer et à renifler dans les bras de la dame, elle cessa, et, les yeux bouffis et le visage rouge, se leva pour faire face à l’homme du comptoir qui lui fit une moue désolée. Il ne savait visiblement pas quoi dire. Il était habitué de gérer les gens qui pleuraient, mais ceci était une première. L’elfe était déchirée et il ignorait s’il devait dire quelque chose ou non.

— Puis-je la voir ? questionna-t-elle.

— Pardon ?

— Puis-je la voir ? répéta-elle clairement en insistant, les larmes ruisselant encore sur son visage gracieux.

 Décontenancé, l’homme accepta en questionnant le choix qu’il venait de faire. Il fit le tour du comptoir pour guider la jeune fille jusqu’à l’arrière du poste de chevaliers. Il poussa une grosse porte de fer et une immense vague de froid les submergèrent. Elize posa ses mains sur ses bras pour tenter de se réchauffer alors que l’homme ne semblait point se soucier de la température émanant de la morgue. Au centre de la pièce rectangulaire, reposait trois corps couverts de draps noirs. La jeune elfe sut que son amie était sur la table la plus proche en raison des ailes bleues marines dépassant sur les bords. Hésitante, elle s’approcha et lentement, souleva le drap au niveau du visage de la morte.

 En voyant le visage aussi pâle de son amie, Elize recula d’un pas en posant sa main sur sa bouche, puis en détournant le regard. Se ressaisissant, elle souleva le drap et le ramena au peu au-dessus de son sexe, révélant l’entièreté son buste. Une grande incise démarrant du bas de son cou, passant entre ses seins et descendant jusqu’à son nombril avait été faite il y a peu de temps. La peau translucide de la fée était à présent grise et terne. Elle avait une grande entaille horizontale sur son cou. C’est la blessure que lui a faite son assassin, se désola Elize en retenant fortement ses larmes. Le visage de Nyra était si paisible qu’elle pourrait presqu’être en train de dormir, mais que jamais elle allait se réveiller même si on la secouait de toutes nos forces et dans tous les sens. L'elfe remarqua aussi plusieurs autre coupures sur le torse et les seins de la jeune fée. Inquiète, elle retira complètement le drap pour pouvoir inspecter ses génitals. L'homme, gené et mal à l'aise détourna le regard et fit mine de s'intéresser aux murs de pierre derrière lui. Elle ne voulait pas que ce qu’elle pensait soit réel. À son grand désarroi, elle avait eu raison. À voir l’état rouge et enflé de son sexe ainsi qu’aux coupures à l’intérieur de ses cuisses, une larme s’écoula du visage de l'elfe.

— Elle n’était qu’une enfant, murmura Elize en se remettant à pleurer. Elle ne méritait pas cet affreux sort, sanglota-t-elle le souffle entrecoupé de gémissements et de pleurs.

 Sans rien dire de plus, l’elfe replaça doucement le drap sur son amie, puis quitta la salle. Que ton repos soit éternel ma petite fée, pria Elize en sortant du poste de chevaliers pour se rendre à un autre : le bureau de poste. Elle devait avertir Aeris de la mort de leur amie et qu’elle allait partir à la recherche de son assassin pour accomplir sa vengeance. Un tas d’idées noires se mirent à germer dans l’esprit de l’elfe alors qu’elle écrivait sa lettre. Une fois terminé, elle la donna à l’employé en charge des pigeons voyageurs. Une fois l’animal envolé dans le ciel matinal d’Extyria, Elize se rendit chez Cellya pour préparer un sac de voyage, comme Aeris l’avait fait la veille. Elle réalisa qu'elle ne pouvait pas partir sans avoir assistée aux funérailles. Un peu après réfléchie à son départ, ses pensées noires convergèrent avec les souvenirs qu’elle possédait de Nyra pour former d'horribles cauchemars. Elle finit par s’endormir dans son lit, tremblante et la mine noyée de larmes salées.

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