Sans elles #6

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Ils échangèrent un regard, troublés.

Elle s’approchait doucement d’eux, traversant l’étendue d’herbe d’un pas souple. Elle. Une femme. Non, pas une femme. Toutes les femmes.

A chaque pas elle devenait autre, mère, sœur, amante. Tantôt rieuse, tantôt sensuelle, douce, malicieuse. Sa silhouette aussi se modifiait : elle gagnait en rondeurs, seins lourds, hanches larges, ventre rebondi, cuisses solides, puis se faisait brindille, légère et sautillante. Elle était belle, elle était toutes les femmes que les deux frères avaient connues, aimées, toutes les femmes avec qui ils avaient ri et pleuré, avec qui ils s’étaient fâchés et réconciliés.


Elle continuait à s’avancer vers eux. Elle n’était plus qu’à une dizaine de mètres quand les aboiements des chiens résonnèrent dans les sous-bois. On entendait les ordres secs, claquants, des flics lancés aux trousses des deux fugueurs. Ainsi, ils n’avaient pas renoncé.

 

Elias et Noam s’élançaient déjà dans la clairière quand la femme posa ses mains sur les leurs. Une vague de douceur les submergea, faisant remonter mille souvenirs en eux : l’étreinte de leur mère, les chatouilles de leurs petites sœurs, les caresses des femmes aimées. Mais avant même de comprendre ce qui leur arrivait, la femme se mit à courir et leur fit signe de la suivre. Devant eux sa robe volait au vent, laissant entrevoir ses mollets musclés et ses cuisses tendues par l’effort. Ses longs cheveux noirs flottaient autour de ses épaules, des gouttes de pluie glissaient le long de son dos. Ils l’auraient suivie n’importe où, cette femme. Elle était leur issue, leur guide, leur espoir.

 

Soudain elle s’arrêta et fit volte-face. Elle avait les yeux de leur mère, les fossettes de leurs sœurs, la bouche de leurs amantes. Elle leur indiqua d’un signe de tête un passage caché entre les rochers, au milieu des arbres. Un tunnel étroit, tortueux, qui semblait faire des kilomètres. Ils la questionnèrent du regard. Ils entendaient les aboiements et les cris se rapprocher, les bruits de pas brisant les brindilles du sous-bois.

 

Alors elle leur sourit. Un sourire doux comme une promesse, un sourire qui les enveloppa d’amour comme seule une femme sait le faire. Et soudain, elle disparut. A l’endroit où elle se tenait quelques secondes avant, il n’y avait plus que l’empreinte de ses pieds nus.

 

Les deux frères s’engagèrent dans le tunnel, confiants. Après avoir progressé sur en rampant sur une trentaine de mètres, quand ils n’entendirent plus ni les cris ni les chiens, ils échangèrent un regard.

 

—     Alors, tu crois qu’il y a encore des femmes ? chuchota Noam, les yeux emplis d’espoir.

—     Oui mon frère. Oui. Elles sont encore toutes là, même s’il n’en reste qu’une.

 

Elias serra son frère dans ses bras et laissa couler des larmes de joie.

 

—     Viens Noam, on a encore de la route.

 

Et les deux frères s’enfoncèrent plus loin dans les profondeurs de la terre, désormais persuadés qu’un ailleurs les attendait. Ils n’avaient plus peur, ils n’avaient plus froid. Ils avançaient.




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diye99
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Lyli Blues
J'ai longtemps hésité avant d'écrire ce méli-mélo, ce brol de mon adolescence.

Il n'est pas facile pour moi d'écrire sur des sujets comme le harcèlement, qui m'a beaucoup marqué. Mais les mots sont venus tous seuls. J'imagine que j'en avais juste besoin.

Il y aura des chapitres où je raconterai ce que j'ai subi, ce que j'ai vécu. Et d'autres où je mettrai simplement des phrases, des mots, qui m'ont fait garder espoir.

Si quelqu'un victime de harcèlement lit ces lignes, sache que tu n'es pas seul(e), que tu ne l'es jamais, et que, des cendres, rejaillit toujours la lumière.
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