Sans elles #5

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Le paysage rocailleux se transformait peu à peu, laissant apparaitre des signes de végétation.

 

Elias repensait à sa mère, à ses sœurs, et s’il n’avait pas eu peur de lui faire mal, il aurait juste dit à son frère qu’elles lui manquaient. Jamais ils n’avaient prononcé ces simples mots depuis leur mort. Chacun s’était muré dans son silence, persuadé que l’autre préférait ne pas en parler pour ne pas raviver la douleur.


Tu sais Noam, pensa Elias, j’ai cru mourir moi aussi, j’ai voulu mourir avec elles. Tu te rappelles la manie qu’elle avait, maman, de m’ébouriffer les cheveux pile quand je sortais de la douche, après m’être mis des tonnes de gel ? Et Isée, tu te souviens d’Isée ? Tu te souviens comment elle mettait ses pieds sur ceux de papa, comment elle s’accrochait à sa taille pendant qu’il marchait ? Parfois, quand je suis sur le point de m’endormir, j’essaie de me rappeler son visage et tout est flou, et je me frotte les yeux comme un fou mais ça ne revient pas, Noam, ça ne revient pas…

 

La pluie s’était arrêtée et la montagne se transformait peu à peu en forêt. Les deux frères écoutaient le bruit du vent dans les arbres, et ça faisait comme un drôle de chant haut perché. On aurait presque pu entendre une femme fredonner, quelque part dans les cimes.

 

Noam, lui, aurait aimé raconter à son frère ce qu’il n’avait jamais osé lui dire. Il avait rencontré une fille. Il avait fait l’amour pour la première fois, avant tout ça, avant le virus, avant la mort, avant la colère.

Luce. Je t’ai jamais parlé de Luce tu sais. J’avais peur que tu te marres, et puis toi c’est pas pareil, t’en avais connu des filles… Mais pour moi c’était nouveau tu vois. Ses seins, ils étaient doux comme de la soie, moelleux, chauds. Quand je les ai embrassés elle s’est mise à rire, elle était heureuse, je crois. J’aimais bien la regarder dormir, le creux de ses reins, sa bouche, ses fesses. Je promenais le bout de mes doigts sur sa peau, je ne voulais pas qu’elle se réveille. Si j’avais su, frangin, je l’aurais réveillée, tu sais.

 

De chaque côté du petit sentier, les arbres s’égouttaient, l’eau ruisselait le long de leur tronc. Elias laissa glisser sa main sur la mousse verte. C’était doux. Humide. Il avait oublié ces sensations, il s’était forcé à les oublier. Il retira brusquement sa main, comme on fait quand on s’approche trop près du feu, quand la chaleur devient brûlure, quand le plaisir devient douleur.

 

Le sentier avait maintenant disparu et les deux frères se frayaient difficilement un chemin entre les branches et le feuillage de plus en plus dense.

Ils débouchèrent tout à coup sur une clairière et là, au loin, ils l’aperçurent.

 

—     Maman… murmura Elias.

—     Luce… souffla Noam.

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Tel le petit poucet, je marche sur les traces des merveilleux souvenirs que ma mère a inscrits dans ma mémoire pour l'éternité. Sur ce chemin magique, je croise ma légèreté qui me demande de renouer, bien sur je n'hésite pas une seconde, on a tellement de temps à rattraper. Je vois au loin débouler ma fierté de berbère têtue et orgueilleuse, je l'avais délaissée en route croyant qu'elle était pédante et inutile mais je me trompais lourdement sur son compte, elle est belle et majestueuse, plus jamais je ne l'abandonnerai. Quelques pas et je reconnais dans un coin, bien cachée, l'amertume, je l'ai souvent ignorée et je continuerai. Et voilà une invasion d'espoirs et de rêves, d'une seule voix ils me reprochent une promesse non tenue, je les rassure en leur rappelant qu'ils appartiennent à l'avenir, il ne sera jamais trop tard pour eux.
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