Sans elles #5

2 minutes de lecture

Le paysage rocailleux se transformait peu à peu, laissant apparaitre des signes de végétation.

 

Elias repensait à sa mère, à ses sœurs, et s’il n’avait pas eu peur de lui faire mal, il aurait juste dit à son frère qu’elles lui manquaient. Jamais ils n’avaient prononcé ces simples mots depuis leur mort. Chacun s’était muré dans son silence, persuadé que l’autre préférait ne pas en parler pour ne pas raviver la douleur.


Tu sais Noam, pensa Elias, j’ai cru mourir moi aussi, j’ai voulu mourir avec elles. Tu te rappelles la manie qu’elle avait, maman, de m’ébouriffer les cheveux pile quand je sortais de la douche, après m’être mis des tonnes de gel ? Et Isée, tu te souviens d’Isée ? Tu te souviens comment elle mettait ses pieds sur ceux de papa, comment elle s’accrochait à sa taille pendant qu’il marchait ? Parfois, quand je suis sur le point de m’endormir, j’essaie de me rappeler son visage et tout est flou, et je me frotte les yeux comme un fou mais ça ne revient pas, Noam, ça ne revient pas…

 

La pluie s’était arrêtée et la montagne se transformait peu à peu en forêt. Les deux frères écoutaient le bruit du vent dans les arbres, et ça faisait comme un drôle de chant haut perché. On aurait presque pu entendre une femme fredonner, quelque part dans les cimes.

 

Noam, lui, aurait aimé raconter à son frère ce qu’il n’avait jamais osé lui dire. Il avait rencontré une fille. Il avait fait l’amour pour la première fois, avant tout ça, avant le virus, avant la mort, avant la colère.

Luce. Je t’ai jamais parlé de Luce tu sais. J’avais peur que tu te marres, et puis toi c’est pas pareil, t’en avais connu des filles… Mais pour moi c’était nouveau tu vois. Ses seins, ils étaient doux comme de la soie, moelleux, chauds. Quand je les ai embrassés elle s’est mise à rire, elle était heureuse, je crois. J’aimais bien la regarder dormir, le creux de ses reins, sa bouche, ses fesses. Je promenais le bout de mes doigts sur sa peau, je ne voulais pas qu’elle se réveille. Si j’avais su, frangin, je l’aurais réveillée, tu sais.

 

De chaque côté du petit sentier, les arbres s’égouttaient, l’eau ruisselait le long de leur tronc. Elias laissa glisser sa main sur la mousse verte. C’était doux. Humide. Il avait oublié ces sensations, il s’était forcé à les oublier. Il retira brusquement sa main, comme on fait quand on s’approche trop près du feu, quand la chaleur devient brûlure, quand le plaisir devient douleur.

 

Le sentier avait maintenant disparu et les deux frères se frayaient difficilement un chemin entre les branches et le feuillage de plus en plus dense.

Ils débouchèrent tout à coup sur une clairière et là, au loin, ils l’aperçurent.

 

—     Maman… murmura Elias.

—     Luce… souffla Noam.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
4
13
0
0
Nobody_Except_4_U
J'ai toujours été aveugle.
Je n'ai jamais vu le bonheur que je pouvais avoir.
J'ai laissé la peur me guider.
Jusqu'au jour où je ne revis plus jamais la lumière.
2
2
0
1
Colphi

Oiseau.... Comme un oiseau j'aimerais voler. Me dissocier du monde, voir la terre d'en haut. Me sentir léger, quitter la pesanteur. Pouvoir me poser tout en haut d'un édifice, et laisser mon regard s'aventurer sur ce qu'il y a en bas. Jouir de la sérénité et du silence. Et sous un regard différent, trouver que ce monde est beau. Loin du tumulte, de la foule, des rumeurs, du bruit, des cris, de la laideur. Prendre encore plus de hauteur et me dire que plus les choses rapetissent, plus elle deviennent insignifiantes et se confondent au paysage, aux creux, aux monts, aux océans. Encore un peu plus haut et j' admire une palette de couleurs qu'un peintre magicien à posé là dans un moment de grande inspiration. Et ce silence apaisant. Encore un tire d'ailes et me voilà dans le confort cotonneux des nuages. Je suis un fruit perdu dans un océan de crème fouettée. Je me disperse et m'abandonne à cette volupté. J'oublie que l'altitude m'éloigne de moi et des miens. Une pensée soudaine m'effraie : et si je ne pouvais plus redescendre? Si cette distance m'éloignait à jamais de ma vie? Je veux rebrousser chemin, retrouver la grisaille, la pollution, les klaxons et les râleurs. Les embouteillages et le métro. Finalement, les rêves servent à cela : se dire que la réalité, malgré tout ce qu'elle a de banal, est notre meilleure zone de confort.
1
4
1
1

Vous aimez lire Bulle ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0