Sans elles #1

Une minute de lecture

La première fut leur mère. Elle s’était écroulée comme ça, un matin, sur le sol de la cuisine. Puis d’autres avaient suivi : voisines, amies, tantes, sœurs, amantes. L’épidémie se propagea en un claquement de doigt et toutes tombèrent les unes après les autres. D’abord le quartier, puis la ville, puis le pays. Les médias commencèrent à parler de pandémie. Les scientifiques du monde entier, pressés par la sphère politique, multiplièrent les études et les recherches sur ce virus dont on ne savait qu’une chose : seuls les hommes en réchappaient.


Aucun signe avant-coureur, aucun symptôme : les femmes qui, quelques minutes avant, marchaient, couraient, s’affairaient, cessaient tout simplement de respirer et s’effondraient. Le virus s’attaquait aux grands-mères comme à leurs petites-filles. Il n’en épargnait aucune, quel que soit leur âge.

 

Noam avait assisté à la mort brutale de sa mère, impuissant. Elle faisait griller les tartines du petit-déjeuner, il y avait l’odeur du lait chaud sur le feu, il y avait son rire égayant la cuisine. Puis en un instant il n’y eut plus rien que son corps sur le carrelage froid. A partir de cet instant, les souvenirs de Noam était flous, juste des images saccadées comme une série de diapositives : son frère aîné, Elias, dévalant les marches de l’escalier. Les grosses mains de son père secouant les épaules de sa mère. Le lait qui débordait de la casserole.

 

Deux jours plus tard, les sœurs d’Elias et Noam ne rentrèrent pas de l’école. Le téléphone sonna. Elias vit son père glisser doucement à genoux, et croisa pour la première fois ce regard vide qui ne le quitterait plus.

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