SUR UN PETIT NUAGE partie 4

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Au moment du dessert, Timothé eut l’autorisation de quitter la table des enfants pour rejoindre Thomas. Après avoir englouti trois énormes parts de bûche au chocolat puis trempé ses lèvres dans un verre de champagne, le petit garçon rappela sa promesse à son voisin de table. Ils quittèrent la salle à manger en passant par la bibliothèque, pour y prendre un atlas. L’étage était à présent désert. Ils s’installèrent par terre sur le tapis de la chambre que Catleen et lui occupaient. Thomas indiqua au petit garçon où se trouvait Hawaï puis la Chine. Il lui montra les photos qu’il avait dans son laptop en lui racontant des histoires de voyage, susceptibles d’intéresser un petit bout de cinq ans. Timothé s’endormit. Thomas le souleva pour le déposer sur le lit. Le soir, au moment de partir, le petit garçon tendit un papier à Thomas où était noté son adresse. Il fit promettre au jeune homme de lui envoyer des photos des pays dont il lui avait parlé.

Passer cette journée avec Timothé fit prendre conscience à Thomas qu’il aimerait avoir cette complicité avec ses neveux. Pour les deux aînés d’Alex, il était seulement l’oncle qui n’était jamais là. Il ne savait pas grand-chose les concernant, constat qui le peina. Maintenant qu’il était plus disponible, il comptait bien remédier à cela.

Thomas était couché. Catleen, épuisée, se déshabilla avant de se glisser sous les couvertures.

─ Quel est le problème avec Timothé ?

Pendant le repas, il avait remarqué que toute la famille était particulièrement attentive au bien être du petit garçon.

─ Timothé n’a jamais connu son père. Claire est tombée enceinte par accident. Elle n’a pas voulu mettre un terme à sa grossesse alors son mari a quitté la maison. Ils n’ont jamais eu de nouvelles depuis. Alex, l’aîné de la famille est devenu un substitut pour Timothé. Il idolâtrait son grand frère. Alex était soldat. Il est mort en Afghanistan, il y a un peu plus d’un an. Il avait tout juste 24 ans. Après cela, Timothé s’est coupé du monde des adultes. Il communique très peu. Tu es le seul avec lequel il ait aligné plus de trois mot en un an.

─ C’est l’attrait de la nouveauté.

Catleen sourit.

─ Non, c’est quelque chose que tu as en toi.

─ Je n’ai pas de pouvoirs magiques.

─ Qui sait ? Je l’ai fait exprès de dire à Timothé que tu étais un grand explorateur, pour attiser sa curiosité. Je savais que tu saurais t’y prendre avec lui, s’il venait te voir. J’ai eu raison.

─ C’est un petit garçon génial. Et toi une petite comploteuse.

Thomas attrapa Catleen pour la chatouiller, jusqu’à ce qu’elle demande grâce.

James et Deirdre leur proposèrent de rester fêter la nouvelle années mais ils avaient d’autres projets.

De retour à la maison, Thomas s’enferma dans son bureau afin d’honorer sa promesse faite à un petit garçon.

Comme prévu, Catleen et Thomas passèrent le Nouvel An en compagnie d’Elizabeth, Mary et Alex. Ils dînèrent au restaurant puis revinrent attendre minuit, assis sur la plage, coupes de champagne en mains.

La nouvelle année apporta son lot de bonnes nouvelles. Le second roman de Catleen remporta un succès énorme. Les ventes dépassèrent largement celles de son premier livre. Elle signa un contrat avec son éditeur pour deux autres bouquins. Elle reçut même une avance pour le prochain. Elle avait atteint son but : vivre de son écriture. Thomas lui fit remarquer qu’il était temps de lui aménager un bureau. Jusqu’à présent, elle s’était installée sur la terrasse ou dans le canapé du salon avec toutes ses affaires posées sur la table basse. Mais maintenant, elle avait besoin d’un endroit bien à elle. Catleen suggéra de se faire un coin dans l’antre de Thomas.

─ Très mauvaise idée Princesse.

─ Pourquoi cela, je te prie ?

─ Trop de distraction, répondit-il en la déshabillant du regard, la tête penchée sur le côté.

Il lui proposa de transformer l’une des chambres d’amis. Non, cela ne conviendrait pas. Soudain Catleen eut le déclic. Bien sûr, comment n’y avait-elle pas pensé plus tôt ! La bibliothèque ! Quel meilleur endroit pour écrire ? La pièce était assez spacieuse pour y mettre un bureau. La bibliothèque devint officiellement l’espace de travail de la jeune femme. Assise là, devant son bloc de feuilles, elle espérait que les écrivains qui l’entouraient lui insuffleraient un peu de l’inspiration qui leur avait permis de devenir des grands noms de la littérature.

Comme promis, Thomas suivit sa dulcinée lors de ses déplacements pour la promotion de son livre. La liste des lieux s’était allongée depuis la dernière fois. En dehors des États-Unis, ils allèrent au Canada puis quelques jours en Angleterre. Lors de leur passage à Londres, Catleen contacta Michaëla, en plein préparatifs de mariage. Elles trouvèrent néanmoins du temps pour se voir. Thomas put faire la connaissance de la personne à l’origine de sa rencontre avec Catleen. L’italienne au sang chaud fut évidemment conquise. Thomas avait ce pouvoir sur les gens, particulièrement sur la gent féminine. Avant de se quitter, Michaëla leur donna leur invitation pour le mariage. Elle deviendrait Mme Andrew Cunningham à la fin de l’été.

Thomas étala toutes les photos prises pendant leur périple sur sa table de travail. Il les observa très attentivement, en particulier les visages du public lors des séances de lecture. Il avait capturé tout ce que ressentait ces personnes à des moments précis. C’était fantastique ! L’idée d’un nouveau projet germa dans son esprit. Il s’empressa de sortir un bloc d’un tiroir pour prendre des notes.

Catleen fit son apparition dans le bureau.

─ Que fais-tu ? demanda-t-elle

─ Je réfléchis à un nouveau projet.

La jeune femme vit les photos sur la table.

─ J’en fais partie ? Elle prit l'un des clichés

─ Toi et d’autres artistes, si cela se concrétise.

Il l’attrapa par la taille pour l’asseoir sur ses genoux.

─ Je venais te rappeler qu’Elizabeth vient dîner ce soir. Catleen entoura de ses bras le cou de Thomas.

─ Parfait. Je lui parlerai de tout cela.

─ Vous n’allez pas parler boulot, elle vient avec son petit ami.

─ Je n’apprécie pas ce type, c’est un abruti.

─ Tu vas être content alors, elle vient avec son nouveau petit ami. C’est l’amour fou, dit-elle en imitant Elizabeth.

─ Ouais, comme la fois d’avant, puis encore celle d’avant.

Catleen sortait le gâteau du frigo lorsque Thomas déboula dans la cuisine.

─ Je n’en peux plus de ce mec. J’ai l’impression d’être ivre sans avoir bu.

─ C’est vrai qu’il est un peu bavard.

─ Un peu bavard ! C’est un euphémisme. Ce type est un vrai moulin à paroles. Impossible d’en placer une. Et ce prénom, Edward-Mathew. Quel genre de parents appellent leur fils comme ça.

Catleen sourit puis éclata de rire.

Thomas avisa le gâteau.

─ On peut pas faire l’impasse sur le dessert et les foutre à la porte ?

─ Patience mon amour.

Il lui en faudrait pour éviter d’étrangler ce type.

Le dénommé Edward-Mathew regagna son domicile, pleinement satisfait de sa soirée. Il était persuadé s’être mis dans la poche son futur beau-frère, le célèbre photographe Thomas Miller. Il l’avait impressionné, sans aucun doute.

Thomas se déshabilla puis se glissa sous les draps aux côtés de Catleen.

─ Ce mec est un abruti, un crétin fini. Je ne veux plus jamais le voir ici ni ailleurs.

Thomas avait exposé sa nouvelle idée à sa sœur. Au fil des semaines ils la développèrent ensemble. S’ils voulaient la présenter aux artistes avec lesquels Thomas désirait travailler, le projet devait tenir la route.

Catleen n’était pas dans l’urgence pour écrire son prochain livre. Bien qu’elle ait reçu une avance conséquente, elle n’avait pas de date butoir pour « livrer » son premier chapitre. Elle se laissa aller au farniente quelques semaines, puis lorsque l’idée d’une nouvelle histoire germa dans son esprit, elle s’installa dans son nouveau bureau pour commencer à prendre des notes. Ses deux premiers romans parlaient de relations familiales, de secrets enfouis. Cette fois, elle écrirait une histoire d’amour. Mais pas l’une de ces histoires insipides qui proposaient une overdose de scènes de sexe inutiles. Elle écrirait l’histoire d’un amour véritable. Celui que l’on rencontre qu’une seule fois dans sa vie, que l’on oublie jamais quoi qu’il arrive. Celui pour lequel on est prêt à déplacer des montagnes, se battre si nécessaire. Celui où les mots deviennent inutiles pour se faire comprendre, où l’on se sent entier qu’en présence de l’autre. C’était cela l’amour.

Thomas se rapprocha de ses neveux, par conséquent de son frère. Colin, l’aîné, avait dix ans, Josh, huit ans. Il se rendit compte qu’il s’était une idée fausse de ce que les garçons pensaient de lui. Il avait pris leur timidité pour de l’indifférence. Lors de ses visites, le mot d’ordre était de ne pas le déranger. Maintenant, il se demandait pourquoi. En fait, Colin et Josh étaient fiers de leur oncle. Ils l’imaginaient comme un aventurier parcourant des contrées sauvages pleines de dangers, un peu à la Indiana Jones. Lorsqu’il leur proposa de faire des activités ensemble, les garçons acceptèrent sans hésiter qui trouvèrent « super cool d’être entre mecs sans les filles ». Le camping devint une tradition hebdomadaire, tous les samedis. Thomas leur apprit quelques techniques de survie. On était loin des contrées hostiles mais ce n’était pas mal non plus.

Passer du temps avec Alex, permit de consolider des liens fragilisés. Jusqu’à leur adolescence, les deux frères étaient très proches. En devenant adulte, Thomas avait pris ses distances. Il ne supportait pas de voir son aîné dire « Amen » à tout ce que leur père disait. Quand Alex avait annoncé qu’il s’inscrivait en fac de médecine, Thomas s’était mis dans une rage folle en traitant son frère de lâche. À l’époque, il n’avait pas voulu écouter les explication de son aîné. A présent, il était prêt.

Alex avait fait médecine par choix, pas pour satisfaire qui que ce soit. Il n’avait jamais tenu tête à leur père par manque de courage. Il se savait incapable de faire face à la souffrance qu’il avait vu dans les yeux de son frère lorsque Martin dénigrait son fils cadet. Ce courage, il l’avait acquis grâce à Mary.

─ Thomas, il faut que tu cesses.

─ Cesser quoi ?

─ D’attendre l’approbation de papa.

─ Je n’attends rien de lui.

─ Bien sûr que si. Tu souhaites qu’il reconnaisse enfin que tu n’es pas un moins que rien.

─ Je ne le suis pas.

─ Évidemment que tu ne l’es pas. Tu ne l’as jamais été. As-tu vraiment besoin de l’entendre de sa bouche pour en être convaincu ? Maintenant que Catleen est dans ta vie, focalise-toi sur des choses plus importantes qui en valent le coup. Papa n’en vaut pas le coup. C’est un homme aigri, qui n’éprouve de satisfaction que par l’humiliation des autres. Ses collègues de travail le détestent, il n’a pas d’amis. Les seuls qu’il ait jamais eu étaient ceux de maman. Quand ils ont divorcé, ils lui ont tous tourné le dos. Pourquoi crois-tu qu’il n’ait jamais refait sa vie ? Personne ne le supporte.

Alex avait raison. La seule personne vraiment importante était Catleen. Il comptait bien construire avec elle quelque chose de solide pour la rendre heureuse jusqu’à la fin de sa vie. Il allait faire d’elle sa femme et goûter enfin au bonheur auquel il aspirait depuis longtemps.

Oui. Tout était parfait sur le petit nuage rose dans lequel ils vivaient.

Mais…

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2393, les Hommes ont déserté la Terre gelée, installés dans des stations spatiales. Au cœur d’un Système multiculturel en expansion, quelques illuminés à la quête de découvertes et de vérités.

« Je suis tout à la fois, je suis le Soleil énorme dans l'azur, la mer que je n'ai jamais vue, les océans sous la glace, le gel et le dégel, la Terre et les étoiles. Je suis tout, nulle part, mais avec toi. Avec mille autres. »
— Extrait tiré d'Illuminés.

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NB : Ouverte aux annotations et commentaires, je vous avertis malgré tout : je ne prendrai pas tout en compte. Ce texte a ses défauts, j'en suis bien consciente :) Mais tous les supprimer serait trahir l'écrivaillon qui les imaginés à l'époque.

Je tiens beaucoup à cette histoire, j'espère qu'elle saura vous satisfaire, peut-être même vous transporter, qui sait ? Bienvenue aux peinturlureurs/commentateurs compulsifs comme aux lecteurs silencieux !

Illuminés est un récit de science-fantasy, mêlant aventure, amitiés, violence, magie et drames. Mes personnages sont à l'image de ce que j'ai pu ressentir pendant un temps...

Aussi, s'il est classé en "contenu sensible", c'est à cause de quelques scènes relativement brutales, bien qu'elles ne soient pas gores non plus. Il n'y a pas de scène de sexe ou érotique, ou même d'usage de drogues, soyez tranquilles. :)

Bon, trêve de blabla, bonne lecture !

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Références de l'illustration : "The Magician" de rrrhart.
Lien de son tumblr pour les intéressés : https://rrrhart.tumblr.com/post/168134399836/tarot-i-the-magician
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