Décrire : un exemple pour s'améliorer

de Image de profil de Eric GallandEric Galland

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Essentielles à l'écriture, les descriptions délectent les sens… mais peuvent aussi écœurer quand on s’y prend mal. Raffinées, elles ralentissent l’intrigue, la fragmentent, font baisser la tension dramatique… 

Alors, à quoi bon écrire des pages que les lecteurs survoleront ou sauteront ? Faudrait-il s’en passer, à la grande frustration de l’auteur et au risque d’un récit sec et trop abstrait ?

C’est le dilemme de David, 19 ans, étudiant en psychologie, qui a débuté son roman fantastique mi-avril et qui m'écrit :

« (…) Pour avoir lu Le Père Goriot ou Madame Bovary, je sais qu'une description trop pointilleuse peut vite lasser le lecteur et encore plus la jeunesse, qui est le public que je cherche à viser. Auriez-vous un conseil pour réussir à gérer une imagination que ne demande qu'à retranscrire ce qu'elle voit sans pour autant assommer les lecteurs ? Est-ce que commencer un roman avec de la description est le meilleur choix à faire ? Étant donné que mon roman est fantastique et dans un monde complètement imaginaire, suis-je en tort de trop décrire le monde environnant ? Je vous laisse une partie de mon incipit, en espérant qu'elle vous plaise et que vous sachiez me conseiller sur mon travail.

***

« 1* – L’air frais caressait mon visage. J’inspirais profondément pour mettre tout mon corps en éveil, sentir le vent dans mon nez, ainsi que la fraîcheur dans mes poumons qui gonflaient et dégonflaient. L’herbe dans laquelle je m’étais allongé me caressait les mains ainsi que la nuque. Les chants des oiseaux Porteur de paix, volaient dans le ciel afin d’ajouter à cette après-midi ensoleillée une douce mélodie. Au-dessus de moi, les nuages s’amusaient à changer de couleur, passant du rouge au blanc, puis au violet en passant par le jaune sans oublier le turquoise. 
2 – Bien qu’ils soient en minorité face au ciel si bleu de ce matin d’automne, la touche colorée de ces nuages éveillait ma curiosité. 
Dans ce monde appelé ‘Denbora'ez’, tout n’était que magie et intrigue pour les enfants de 15 ans comme moi qui rêvaient d’aventure, mais dont les fantasmes n’étaient que des rêves... J’ai toujours voulu découvrir ce monde, sortir de chez moi, loin de mes parents et rencontrer d’autres peuples, découvrir des cultures, et pourquoi pas un peu de magie ? Je m’asseyais dans l’herbe, afin de contempler une dernière fois le tableau qui s’offrait à moi depuis la plaine ascendante d’où j’étais situé. Bientôt je devrais retourner à la réalité et rentrer à la maison...
3 — Deux montagnes en pics se dressaient au loin devant moi tel un mur. Un mur qui refusait mon passage ? Un mur qui voulait me défier de le franchir ? Quoi que ces deux montagnes essayaient de me dire, je les admirais tel un enfant devant un sapin de Noël. Je m’amusais souvent à imaginer ce qui pouvait exister, derrière ces lieux appelés Hauts Perchoirs. Mes parents n’en savaient rien et m’ont souvent reproché mes grandes rêveries comme s’il s’agissait de quelque chose d’illégal. Mon ami Stanislas pensait que derrière ces montagnes se trouvait un lieu horrible, de débauche et de perversion ! Un lieu où Dieu n’oserait pas poser les pieds. Cependant, la journée était trop belle pour penser au malheur qui pouvait se trouver de l’autre côté de ce mur et je préférais en imaginer une utopie. Un lieu de magie, un lieu de liberté, un lieu où nous n’aurions pas peur de vivre, où tout le mal du monde n’avait pas sa place. Un lieu où la tristesse et la maladie n’existaient pas... À cette pensée, je me sentais en communion avec ce qui m’entourait. J’avais la sensation d’être aussi léger que l’air qui me portait dans une danse folle entre les nuages colorés et les oiseaux qui volaient sur le dos. »

 (*J'ai ajouté les numéros pour faciliter le commentaire)


Première remarque sur le passage : seul le début (1.) est une description à proprement parler. Elle est utile, car elle révèle l’éveil sensoriel et sensuel du narrateur adolescent.

Mais elle mériterait d’être condensée pour en accroître la saveur.

Passons les verbes en revue :

L’air frais caressait mon visage. J’inspirais profondément pour mettre tout mon corps en éveil, sentir le vent dans mon nez, ainsi que la fraîcheur dans mes poumons qui gonflaient et dégonflaient. L’herbe dans laquelle je m’étais allongé me caressait les mains ainsi que la nuque. Les chants des oiseaux Porteur de paix, volaient dans le ciel afin d’ajouter à cette après-midi ensoleillée une douce mélodie. Au-dessus de moi, les nuages s’amusaient à changer de couleur, passant du rouge au blanc, puis au violet en passant par le jaune sans oublier le turquoise.

"caresser, inspirer, mettre, sentir, gonfler, dégonfler, s’allonger, caresser, voler, ajouter, passer, passer, oublier."

On remarque tout de suite les répétitions (caresser, passer) et la faiblesse des verbes. J’entends par là leur banalité : ils n’apportent pas plus que la simple sensation. Sauf, peut-être, le « s’amusaient » pour les nuages.

Voyons comment l'auteur pourrait reprendre ce passage. Pour cela, il faut revenir un peu en amont.

Listons d’abord les différents champs lexicaux exploités pour nous en inspirer.

  1. caresser, corps en éveil, gonfler, s’allonger
    => sensualité, plaisir, volupté, désir (désir qu’on retrouvera plus bas en 3. dans son côté négatif de débauche et de perversion, et, dans le désir d’aventure et de défi)
  2. air, inspiration, vent, chants, voler, mélodie, amusement
    => Légèreté, insouciance, jeu
  3. frais, caresser, inspirer, fraîcheur, nez, poumons
    => Vitalité, sensation


Nous pourrons creuser dans ces trois directions et y puiser des verbes riches, par proxémie. 

Ces trois champs sont déjà très proches. La sensualité, le jeu et la vitalité vont ensemble, ils se renforcent mutuellement. Les tresser unifiera l’incipit et captivera les adolescents qui vivent la même chose (et les adultes par la même occasion, car ils ne sont pas si loin).

Visualisons la scène : le narrateur est allongé dans l’herbe et regarde le ciel en écoutant les oiseaux. Il se rend attentif, réceptif. Il fait frais sous le soleil. Les nuages se colorent de nuances étranges (et ce n’est pas dû à une consommation de stupéfiants ; c’est un monde fantastique).

Il pourrait être intéressant par exemple de montrer la vitalité de la nature environnante, parler de montée de sève (ou équivalent dans ce monde fantastique), de sentir vibrer, frémir l’herbe gorgée de vie et la voir onduler de plaisir sous les caresses du vent, observer avec délectation les puissants nuages bourgeonner et s’embrasser en mêlant leurs couleurs...

On aimerait, bien sûr, ressentir l’enivrement du narrateur qui s’abandonne à cette sensualité de la nature et s’y éveille.

Cela demande une certaine progression structurelle, qu’on puisse assister à une sorte d’orgasme vers la fin de la scène. 

Attention, encore une fois, il ne s’agit pas d’érotisme au sens propre, mais de plaisir sensible, voire d’une contemplation quasi mystique.

L’équilibre est subtil. Mais je pense qu’il ne faut pas trop se restreindre dans un premier temps. Oser l’excès, pour en garder l’essence à la réécriture.

Peut-être que la coupe claire n'en laissera que la moitié : tant que c'est le meilleur, qui s'en plaindra ?

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Décrire : un exemple pour s'améliorerChapitre12 messages | 4 ans

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