Par la fenêtre

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Par ma fenêtre, je regarde. L'aube mordore les toits de la ville. Un oiseau esseulé marque son passage. J'inspire profondément, m'emplis les poumons. Des larmes perlent mes paupières. Ces jours n'ont pas de fin. J'appuie mes bras sur le rebord de la fenêtre. Lassitude.

Mécaniquement, grinçante, je prépare mon petit-déjeuner. La tasse est posée sur la table. Je tiens la tartine en suspens. Un morceau en est prélevé. La faim ne vient pas en mangeant. La poubelle et l'évier avale à ma place mon repas. La table n'est pas nettoyée. Il n'y a que moi ici, qui d'autre pourrait s'en soucier ?

Je retourne sur le bord du lit. Je n'ai plus envie de dormir. Les minutes s'étirent et passent si lentement. Le livre rejoint mes mains. Quelques pages sont feuilletées. Peu d'intérêt. Je le repose au sol. Je me plie pour me recroqueviller sous la mansarde au bout du matelas. Le cocoon ne m'apaise pas. J'ai les nerfs broyés.

Assise à nouveau, je caresse du regard le piano. J'ouvre le rebord. Je m'installe dans ma position millimétrée. Mon doigt tombe sur une touche. Mon esprit est vide. Incapable. J'éteins rageusement le numérique et m'échappe à son gémissement. Inutile. Je suis inutile.

Les cordes de ma guitare m'attirent. Elles m'ont consolées de nombreuses fois. J'observe la poussière qui s'est prise dans son manche. La marque sur la rosace. J'ai meurtri son corps pour y faire passer un micro qui n'a jamais servi. Je regrette tellement.

J'ouvre l'ordinateur. Envie de rien. Ni d'une série. Ni d'un jeu. Ni de réseaux sociaux. Pas la peine. Pas la peine. Peine. Mon estomac crie. J'ai faim sans appétit. J'ouvre un placard, le frigo, un tiroir. Je souffle et referme tout. Je m'asseois à même le carrelage. Jambes serrées contre mon torse. Je pleure. Mon mal être est incompréhensible. Je ne manque de rien. Seule avec moi-même. L'échec de ne pouvoir être heureuse m'écrase. Mes épaules s'affaissent.

Par ma fenêtre, je regarde. Lassitude, solitude, nerfs broyés, inutile, léthargie, échec. Pas la peine.

J'ouvre le battant, m'emplit d'air. Ma respiration s'apaise. Il serait facile d'enjamber le rebord. Facile d'abandonner. Je juge froidement la distance du sol. Sera-t-elle suffisante pour me briser le cou sans effort ? Ne vais-je pas me condamner à un handicap qui serait pire ? J'envisage, je calcule. J'évalue la peine de mes proches.

Mon regard tombe sur une silhouette sur les toits de la ville. Un héron. Il me regarde, sans bouger. Mon choix est fait.

Je m'envole.




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