Chapitre 5

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Une semaine était passée, longue et interminable. Douloureuse et angoissante. Une semaine de nuit blanche, de nerf à cran.

Ils n'en pouvaient plus, chacun était rongé un peu plus, par ses mensonges, cachotteries et sa rancœur. Le trio courait à sa perte. Combien de temps encore, pouvait-il tenir, avant qu'il n'implose. Que les deux antagonistes ne s'égorgent mutuellement. Ils avaient de plus en plus de mal à cacher leur haine aux yeux de Marc. Leurs regards devenaient, au fil des jours, toujours plus fielleux. Plus la tension montait et plus le désir de pouvoir un jour arriver à l’adresse du bout de papier s’effritait.

Ils avançaient chaque jour dans un silence mortuaire. Il n’avait croisé aucun village depuis une semaine, aucun autre être vivant.

L’espoir avait complètement disparu et les deux ennemis pouvaient d’un instant à l’autre, succomber à leur envies meurtières.

Il apparut alors une faible lumière, en plein milieu de la forêt, à peine distinguable. Attirés par cette clartée soudaine et inéspérée, ils se hatèrent en sa direction.

C’est alors qu’ils distinguèrent une petite auberge miteuse, située sur une colline, éclairant leur errance tel un phare. Les visages de Mhev et Marc s’illuminèrent et retrouvèrent une vigueur soudaine, insoupçonnée et relevant presque du miracle.

Mhev s’écria alors brusquement, les larmes aux yeux :

- Ça y est..... On est enfin arrivé... La base des Deabru Beltzac...

Aurélie marqua un temps d’arrêt oscillant entre une joie immense de mettre un terme à son calvaire, et une surprise tout aussi grande face à l’aspect de la "base" de ce groupe légendaire.

Il est vrai qu’elle s'attendait à quelque chose de plus...grandiose. En tout cas, elle ne comprenait pas comment cette espèce d'empilement de bâtiment, ce toît biscornu, ces murs qui tombaient en lambeaux, pouvaient être le lieu de rassemblement des héros dont les exploits légendaires traversaient les frontières. Leur véritable Q-G doit se trouver à l'intérieur, caché par une puissante magie, se disait-elle.

Le trio avança sur le petit chemin de pierre dévoré par les mauvaise herbes, qui les conduisit rapidement devant l'entrée de la taverne. À côté de la porte en bois, se trouvait inscrit en lettre de fer rouillée "The mean ukulele tavern". Mhev sourit en lisant l'écriture. Après un moment d'hésitation, il poussa la porte et entra suivi de son ami et d'Aurélie.

Quelques hommes, à moitié saoûls, se trouvaient sur une des tables rondes de la pièce principale. L'intérieur de la pièce, était à l'image de l'aspect extèrieur du bâtiment, vieille et très peu entretenue. Face à l'entrée et aux diverses tablées, se trouvait un bar en bois clair, derrière lequel une jeune fille nettoyait plusieurs verres.

Elle avait la peau rose et des cheveux très courts, rose eux aussi. Ses cheveux étaient lisses et fin, et brillaient d'un éclat résplendissant. Elle possédait deux petites cornes d'un jaune pâle, que l'on voyait à peine. Sur sa tête était délicatement posé une paire de lunette de soleil mauve, en forme de cœur, qui ne se discernait que faiblement de la couleur de ses cheveux.

Elle avait un visage ovale et de magnifique yeux dorées que relevait de fine lèvre légèrement rouge. Dans sa pupille on pouvait voir une certaine lueur malicieuse mais aussi une douceur sans pareille. Le mélange des deux pouvait laisser assez perplexe.

Sa potrine était mise en valeur par un débardeur safran, rappelant les tons de ses cornes et de son iris.

Bien qu'elle aborait une apparence assez athypique, cela ne lui enlevait en rien tout le charme dont elle faisait preuve. En effet c'était une femme incroyablement belle, et elle le savait parfaitement.

C'était donc elle la fameuse Monan, dite la démone au sang brûlant, redouté de tous pour la grandeur de sa puissance, qui égalait sa beautée. Les deux étant fatal.

Le trio pris place sur une table, cette dernière se trouvait assez eloignée de toutes les autres. Dès qu’elle les aperçut, la jeune serveuse s’approcha d’eux pour prendre leur commande. Marc prit alors la parole:

- On prendra deux soupes au poulet et...... un jus de groseilles....

Mhev s’apprêta à contester la commande de son ami, mais d’un simple regard il lui fit comprendre qu’il ne valait pas mieux discuter ce qu’il venait de dire.

À l’annonce de la commande la serveuse sembla bloquée, les yeux perdus dans le vide mais fixés sur Mhev et Marc. Au bout de quelques minutes, elle finit par leur demander qui ils étaient, complétement perdue.

Marc demanda à Aurélie d’annuler son sort, ce qu’elle s’empressa de faire, révélant leurs vrai visage. Lorsqu’ils furent complètement rétabli, la serveuse les dévisagea ébahie. Elle se frotta plusieurs fois les yeux et se pinça à deux reprises. Mais elle n'arrivait toujours pas à prendre conscience de qui elle venait de voir...

Elle se dirigea machinalement vers le comptoir, essyua quelques verres puis invita gentiment les deux derniers hommes qui restaient dans l'auberge à rentrer chez eux. Puis elle ferma la porte principale à clé.

Le trio assista à cette étrange spectacle sans faire le moindre bruit, Mhev et Marc n'en furent pas étonnés un seul instant, à l'inverse d'Aurélie. Puis elle prit un tabouret près d’une des tables, prenant place à leurs côtés. Il lui fallut encore quelques minutes avant d’enfin se mettre à parler.

- Ben ça alors... je m’attendais pas à vous revoir de sitôt... à vrai dire je vous pensez mort... dit-elle les yeux toujours perdus dans le vide.

Elle enchaîna rapidement:

- Mais... Sinon pourquoi réapparaître maintenant ?... Je veux dire... je suis heureuse de vous revoir, là n'est pas la question...Mais le chef a dissous le groupe...alors...Je vous cache pas que je suis un peu perdue...

- Que dirais tu d'en discuter en privé ? Lui demanda Mhev, en se levant de son siège.

Il se dirigea vers une petite pièce derrière le bar. Marc et la jeune fille lui emboitèrent le pas, laissant Aurélie seule à sa table. Elle était perdue dans ses pensées et ne savait plus trop où elle en était. Déjà, que voulait bien dire cette commande ? Était-ce un code ou bien la serveuse avait juste oublié leur commande, dépassée par les évènements récents ? Maintenant qu'elle était arrivée à destination comment allait-elle les convaincre de l'aider ? Où pouvez bien être le chef ? Que voulait bien dire cette histoire de dissolution ? Comment convaincre les Deabru Beltzac de l'aider ? Mhev va-t-il essayer de lui mettre des bâtons dans les roues ? Et puis que faisais Monan, seule dans cette auberge miteuse ? Était-ce réellement ici leur Q-G ? Un endroit si minable ?

Pendant qu'Aurélie se posait des milliers de questions, Mhev commençait à raconter les raisons de leur réapparition soudaine et inexpliquée. Il fit comprendre à Monan que depuis quelques temps, ils avaient remarqué un comportement assez bizarre venant de l'armée et des décisions du souverain annonçant sûrement une guerre, qui en connaissant les désirs expensionniste du Souverain, serait sûrement mondiale. Il était alors pour lui nécessaire de prévenir le chef, des agissements du Roi. De plus sur leur chemin pour retrouver leurs anciens compagnons, ils avaient croisés la route d'une jeune fille qui elle aussi recherchait les Deabru Beltzac. Voilà donc la raison de leur venue ici, dans leur ancien Q-G, accompagné d'une étrangère. Les explications de Mhev furent brèves et allaient directement à l'essentiel. En quelques instants, Monan retrouva tous ses esprits et pris conscience de la situation.

- Mmmh, je comprends. Mais je suis désolée, je ne peux absolument pas t'aider. Je suis seule ici... Je n'ai revu personne depuis la guerre sainte..., Monan marque une petite pause de quelques minutes puis reprit, ... Je n'ai pas plus de nouvelles que toi des autres, rien de plus que quelques rumeurs à peine fondées.

- En réalité je veux plus que juste prévenir le chef, je veux reformer les Deabru Beltzac, dit Mhev d'un ton sûr et déterminé.

Monan ne parut pas un seul instant surprise, elle sembla même heureuse de cette nouvelle.

- Et quelle est la raison de cette soudaine envie de reformer le groupe ? Épargne moi tes histoires, je doute fort que ce soit à cause d'une quelconque guerre...

- Ce qu'il dit est vrai Monan, une terrible guerre se prépare et nous sommes les seuls à pouvoir l'empêcher ! L'interrompit Marc.

- Mais je vous crois parfaitement concernant cette guerre. Par contre là où j'ai du mal à croire Mhev c'est concernant ses motivations à reformer les Deabru Beltzac. Je le connais plutôt bien, sûrement moins bien que toi Marc, il est vrai, mais suffisament pour savoir qu'il a des objectifs bien plus "personnels", dit-elle en fixant Mhev du regard.

Le concerné fit un grand sourire, avant de lui répliquer d'un air énigmatique :

- Reforme avec moi les Deabru Beltzac et tu le saura bien assez tôt...

Il n'en fallut pas plus à Monan, dont la curiosité avait était piquée au vif, pour répondre positivement à l'invitation particulière de son compagnon. Mais une dernière question la taraudait encore.

- Au fait Mhev, pourrais tu m'éclairer sur cette idée complétement absurde de recruter un nouveau membre ? Si je me souviens bien c'est ce que signifie le jus de groseille, non ?

- Tu vois ça avec Marc, c'est son initiative, pas la mienne, balança-t-il en s'éloignant.

À peine Mhev eu finit sa phrase qu'elle tourna immédiatement son regard interrogateur vers Marc.

- Euuuuh... et bien... en fait je sais pas, je l'ai juste...senti... comme ça, que c'était la chose à faire... il n'y a aucune explications..., il se sentit un peu honteux d'avoir agis sans raison particulière, qu'il baissa les yeux en finissant sa phrase.

- C'est intéressant... En tout cas ce n'est pas à moi d'en décider, mais au chef, alors ce sera à lui que tu devras t'expliquer. Tu ferais mieux de trouver une meilleure excuse, dit-elle en lui faisant un clin d'œuil et un grand sourire railleur.

Marc et Monan revinrent dans la pièce principale et contastèrent qu'Aurélie s'était assoupie sur la table. Marc la porta jusqu'à une des treize chambres où il la borda. Monan regagna elle aussi sa chambre.

Tout cela s'annonce fort prometteur pour la suite, se dit Monan alors qu'elle tombait doucement dans les bras de morphée.

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 Quand la sonnette retentit, il vint ouvrir sa porte. Deux hommes le regardèrent alors. Le premier, de corpulence moyenne, lui présenta sa carte de détective. Le second, plutôt grand et costaud, se contentait de l'observer.
 - Bonjour, dit-il.
 - Bonjour, fut leur réponse.
 - Pouvons-nous entrer ? Continua le détective.
 Ils purent alors entrer. Il leur présenta son petit salon, et ils s'assierent dans le canapé. Le détective posa son chapeau sur la table basse.
 - Voulez-vous quelque chose à boire ? Demanda-t-il.
 - Non merci.
 Il s'installa alors dans le fauteuil face au canapé.

 - Je vous écoute. 
 - Nous sommes ici pour l'affaire de l'inhumanisme. Vous en avez entendu parler, je suppose.
 - Le mouvement qui enlève des mendiants sdf en pleine rue. Oui, cela fait beaucoup de bruit en ce moment à la télé.
 - Et pourtant, on a beau être nombreux sur le coup maintenant, personne n'a l'air de trouver. C'est difficile de suivre la trace des enlevés, du coup, nous deux, on a suivit la trace des enleveurs. Cela nous a conduit ici.
 - Possible.
 - Cela n'a pas été très difficile en fin de compte, bien que vous semblez sortir un peu de nulle part.
 - J'ai emménagé, il y a quelque temps.
 - Mais vous avez déménagé d'où ?
 Il haussa les épaules.
 - Je ne suis pas de la région.
 - Et vous êtes venu ici pour enlever des mendiants ?
 - Entre autre. Je vis aussi ma petite vie à côté de ça.
 - On le sait. On s'est renseigné sur vous.
 - Vous comptez m'arrêter, donc ?

 Le détective hésita. Son associé prit la parole.
 - Pourquoi “inhumanisme” ?
 Il soupira, blasé, ou peut-être rassuré.
 - Face à toutes les guerres, les massacres, les génocides, face à toute la misère des uns et à toute l'opulence des autres, on se demande si la bonté, la générosité, l'altruisme sont des caractéristiques de notre espèce. C'est pourquoi beaucoup d'ex-mendiants sont venu grossir les rangs de notre mouvement.
 - Vous étiez sdf, n'est-ce-pas, avant que des inhumanistes vous logent ici ?
 - En effet.
 - Pourquoi avoir changé de ville ?
 - C'est plus simple, de reprendre une vie à un endroit où on a pas mendié pendant des années. Et c'est plus difficile ainsi, de retrouver la trace entre le mendiant qu'il fut, et l'inhumaniste qu'il est.
 - On a trouvé la vôtre pourtant.
 - Il faut être détective pour cela.

 Les deux se regardèrent, hésitants.
 - Au final, dit l'associé, les monstres sont fondamentalement humains.
 Le détective fit oui de la tête, l'air pensif. Puis il reprit son chapeau. Ils se levèrent, pour s'en aller.
 - On vous souhaite bonne continuation, pour la partie inhumaine.
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