IV

2 minutes de lecture

IV


Je laisse tomber l’idée farfelue de manœuvrer ces leviers par la pensée ou un quelconque tour de magie. Je suis un loup, pas un sorcier. J’ai une autre inspiration, toute aussi insolite. Je pense que je peux, ne serait-ce qu’un temps, contrarier l’esprit du loup-garou qui contrôle mon corps et mes pulsions. Je peux, peut être, amorcer un retour vers mon apparence d’adolescent filiforme. Et là, ces menottes seront bien trop grandes, et, à moi la liberté. Confiant, je ferme les yeux et je me concentre.

— Hum, les anesthésiques semblent avoir un effet rebond, constate-t-elle. Les battements de votre cœur ralentissent. Mince, j’ai besoin de vous en pleine forme. Il faut que je revoie les dosages.

Elle me tourne le dos. Je fais le vide. Je me concentre sur mes battements cardiaques. Je sens la rage diminuer. Mon humanité tente de remonter à la surface mais, le loup la retient dans les abîmes du mal. Je lutte. Je pense à ma famille. Je crois que l’amour est la solution.
Tout à coup, mon épiderme est pris de remous. L’esprit du lycanthrope m’attire vers les profondeurs obscures de l’âme mais, je lutte, je bats des pieds. Le bouillonnement de ma peau s’emballe. La douleur est lancinante. Je ressens le changement. J’ai l’impression de me faire savonner avec du verre pilé. Je remue une main. Elle se libère. Le supplice va avoir raison de ma volonté, mais je ne peux pas m’arrêter, pas maintenant. Ma survie en dépend. Je serre les dents. La deuxième main se libère. Les deux pieds suivent.

Je soupire. Je me laisse aller. À présent, je ne lutte plus contre le loup qui m’entraîne avec lui. Le déchirement s’estompe. J’ouvre les yeux. Je gronde.

— Ah, bien. Ce n’était pas si grave. Votre cœur a retrouvé sa vigueur, s’exclame ma gardienne en réajustant ses lunettes devant l’écran.

Tu ne crois pas si bien dire, mémé. Le grondement se mue en rugissement. Je me redresse. Ma kidnappeuse stoppe toute activité. Elle se retourne lentement.

— Oh non, crie-t-elle. Attendez, c’est pour la science. Ça va sauver de nombreuses vies.

Oui c’est ça, ça peut sauver de nombreuses vieilles, espèce d’égocentrique. Je m’en fiche. Je ne veux plus l’entendre. Je me précipite sur elle, la gueule ouverte. Je referme les crocs sur sa tête, lui coupant la parole. D’un geste sauvage, je lui arrache la tête et l’envoie rebondir sur le sarcophage. Tiens vieux, chose promise, chose due. J’avais dit qu’elle finirait comme la petite chèvre sacrifiée. Le corps sans tête se tient encore debout devant moi. Du sang gicle. La console informatique et les moniteurs sont à peine visibles. Le corps est pris de quelques soubresauts puis, s’écroule. Je m’apprête à l’éventrer quand soudain, des étincelles jaillissent. Le liquide présent sur l’équipement électrique provoque un court circuit. Les lumières s’éteignent. La porte du laboratoire s’ouvre. Je laisse tomber l’ancêtre hors service. Je suis libre. Clarisse, prends garde à toi. Le loup arrive.

Annotations

Recommandations

Vous aimez lire Frédéric Galusik ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0