III

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III


J’émerge lentement. Ombres et couleurs forment un paysage très psychédélique. C’est flou, un peu comme lorsque mes lunettes ne sont pas à leur place, sur mon nez. Mince, ai-je repris apparence humaine ? Je cligne des yeux. Je veux les frotter, mais je ne peux pas. Je suis attaché. Ce stress me rend ma lucidité. Je m’observe et soupire, je suis soulagé. Le loup-garou est toujours là. Non pas que je préfère cette apparence mais, en tant qu’humain et dans cette situation, je partirai avec un bel handicap. Pas sûr que la survie se trouve au bout de l’embrouille.

Ces liens sont très solides, ils ressemblent à de grosses menottes, plus larges. Le mécanisme doit être électronique, je ne remarque pas de serrure. Je m’acharne plusieurs minutes, en vain. Elles résistent sans broncher au mauvais traitement imposé. Furieux, je peste. Résigné, je prends le temps d’observer mon environnement. Je suis allongé sur une table métallique qui fait très, morgue. Des capteurs ont été positionnés sur mon torse. Je lève les yeux, de nombreux moniteurs illustrent mes signes vitaux. À ma droite se trouve un sarcophage de verre. Un corps y repose. Il ne semble pas très en forme.

— Je vois que le grand méchant loup est réveillé. Alors, cette petite sieste ?

Je tourne la tête vers la source du discours. Une vieille femme, de blanc vêtu me toise d’un air supérieur. Elle est difforme, aussi large que haute. Je grogne et je m’agite.

— Suis-je une idiote ? Vous ne pouvez pas parler. Ne vous inquiétez pas. Je ferai la conversation pour deux. J’adore m’écouter dit elle, le sourire aux lèvres.
Je suis hypnotisé par l’absurdité de la situation. Malgré son apparence peu flatteuse, la présence et le charisme de cette femme sont bien réels. Qui est elle ? que me veut-elle ? La présence d’un loup-garou, menotté et allongé sur la table de son sous-sol semble être une banalité. Vais-je obtenir des réponses sur ce qui m’est arrivé le mois dernier ?

— Si on faisait les présentations ? Vous êtes d’accord ? Bien !

Elle ricane. La situation l’amuse. Sa suffisance m’embrase. Je me fais la promesse de lui réserver le même sort que dame biquette. Elle poursuit. Elle devine mes pensées.

— Tout d’abord, avez vous apprécié l’offrande ? L’animal était-il à votre goût ? Je dois vous avouer que le protocole requis pour vous anesthésier comprend deux principes actifs. Le premier doit être ingéré. J’ai pensé qu’une chèvre ferait un bien meilleur vecteur qu’un verre d’eau. Vous êtes d’accord ?
Elle éclate de rire. Elle se moque de moi. Profite de la situation ma chère. Je ferai de même lorsque je fouillerai tes vieilles entrailles. Je reste malgré tout impassible. j’attends des réponses.

— Bon, vous n’avez pas d’humour, dommage. Je continue. Alors, oui, je suis responsable de votre état. Comment ? Rappelez-vous l’anniversaire de ma petite fille, ma chère Clarisse. Il a eu lieu il y a de ça un mois, le jour de la précédente pleine lune. Délicate attention que ces paquets de sucreries individuels, vous souvenez-vous ? Un de ces paquets contenait la substance toxique responsable de votre contamination. Et, le cameraman n’était pas là pour immortaliser les 17 ans de Clarisse. Il était là pour me permettre se repérer l’heureux élu. Vous l’avez compris, vous n’avez pas eu de chance, ha ha.
Tout en partant dans un fou rire sorti d’un autre temps, elle se dirige vers le panorama de moniteurs. Elle tape quelques commandes au clavier. Je me souviens des bonbons de Clarisse. Je recevais un cadeau de sa part. C’était le plus beau jour de ma vie. Mais quel con ! Les bonbons, la chèvre. Toutes ces conneries m’arrivent parce que mon estomac était aux commandes.

— Encourageant ces résultats. Vous allez peut-être survivre. Voyez-vous, le dernier à avoir essayé gît à vos côtés. Je regarde le gisant. Il ne semble pas être dans un état de décomposition. Le sarcophage doit avoir des propriétés conservatrices.

— Rufus, mon cher époux a trouvé un vestige de ce qu’il pensait être un loup-garou. Il s’est mis à l’étudier, à le décortiquer. Finalement, il a isolé le fragment D’ADN responsable de la mutation. Mais, ces travaux ont été fastidieux et, très longs. Au bout d’une dizaine d’années, le cancer l’a rattrapé. Sa voix se trouble.

— Son état s’est vite dégradé, il se savait condamné.

Abrège grand-mère. Je me fiche de ce mélodrame. Je prends conscience que je suis la victime d’une folle qui n’a pas envie de rejoindre son cher et tendre de l’autre côté du miroir. Je n’ai toujours pas compris le rôle de Clarisse. Je cogite. j’essaie de trouver une faille dans le système de mamie. Allez, bon sang. Je suis un loup-garou. Je vais être la honte de l’espèce si je finis dominé par une vielle dame. J’imagine déjà les soirées entre loups se poilant autour d’une chopine de lymphe en se racontant la légende de Georges, attrapé et abattu par mère-grand.
Je remarque plusieurs leviers en bout de table. Ils doivent mobiliser le plateau cette dernière dans l’espace. Toutefois, si l’un d’entre eux commande ces fichues menottes, je vais pouvoir m’occuper de la vieille. À présent, il me faut découvrir comment les actionner en ayant les quatre pattes attachées. Allez, réfléchis !
Ma geôlière continue d’observer ses écrans. Parfois, elle pousse des petits gloussements de satisfaction.

— Pour en revenir à mon histoire, poursuit-elle. Mon époux espérait vaincre cette dégénérescence, ou plutôt, devrai-je dire, cette prolifération de cellules malignes. Il avait besoin des cellules du loup-garou. Il avait besoin de cellules exterminatrices, capables de faire fuir le malin et de se régénérer. Il espérait devenir un loup-garou pour, survivre.

Oui, c’est bien beau tout ça. Mais le monsieur qui se repose à côté de moi n’a pas l’air tout jeune. Une fois loup, il faut se taper quelques kilos de viande bien saignante à chaque sortie. Je ne suis pas certain qu’un loup de 80 balais puisse poursuivre chevaux ou biches et, de plus, se faire respecter des jeunes louveteaux du coin. Néanmoins, si personne ne nous a mordu, on est le premier de la lignée. On est un mâle alpha. Et, si on est un putain de mâle alpha. On est un caïd, le roi de la meute, non ? Mais je m’égare, mes références sont maigres. Une série sur des loups qui s’éclatent au lycée n’est peut être pas une bonne référence.

— Il a mis cette séquence d’ADN en culture et produit un sérum. Il pensait qu’une simple injection serait l’équivalent de la morsure et la clé pour pénétrer dans le monde des ténèbres. Il s’est fait l’injection. Mais, la situation est très vite devenue incontrôlable. Il s’est transformé en une chose innommable. Il souffrait terriblement. Le remède était plus terrible que la maladie et l’entraînait vers une mort anticipée. Avant de lâcher son dernier soupir, il a repris son apparence humaine et m’a murmuré qu’il n’avait pas pris en compte un détail très important : la lune. Donc, voilà, j’ai repris le flambeau. Je me dois de l’honorer et de poursuivre, mais j’ai moins de courage que Rufus. Vous l’avez compris, il me fallait tester sa théorie. Il me fallait un cobaye. Et, c’est sur vous que c’est tombé. Voilà !

La savante folle replonge dans ses calculs alors que moi, j’ai une idée. Je vais lui démontrer qu’elle a fait une mauvaise pioche.

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