III

5 minutes de lecture

III


J’émerge lentement. Ombres et couleurs forment un paysage très psychédélique. C’est flou, un peu comme lorsque mes lunettes ne sont pas à leur place, sur mon nez. Mince, ai-je repris apparence humaine ? Je cligne des yeux. Je veux les frotter, mais je ne peux pas. Je suis attaché. Ce stress me rend ma lucidité. Je m’observe et soupire, je suis soulagé. Le loup-garou est toujours là. Non pas que je préfère cette apparence mais, en tant qu’humain et dans cette situation, je partirai avec un bel handicap. Pas sûr que la survie se trouve au bout de l’embrouille.

Ces liens sont très solides, ils ressemblent à de grosses menottes, plus larges. Le mécanisme doit être électronique, je ne remarque pas de serrure. Je m’acharne plusieurs minutes, en vain. Elles résistent sans broncher au mauvais traitement imposé. Furieux, je peste. Résigné, je prends le temps d’observer mon environnement. Je suis allongé sur une table métallique qui fait très, morgue. Des capteurs ont été positionnés sur mon torse. Je lève les yeux, de nombreux moniteurs illustrent mes signes vitaux. À ma droite se trouve un sarcophage de verre. Un corps y repose. Il ne semble pas très en forme.

— Je vois que le grand méchant loup est réveillé. Alors, cette petite sieste ?

Je tourne la tête vers la source du discours. Une vieille femme, de blanc vêtu me toise d’un air supérieur. Elle est difforme, aussi large que haute. Je grogne et je m’agite.

— Suis-je une idiote ? Vous ne pouvez pas parler. Ne vous inquiétez pas. Je ferai la conversation pour deux. J’adore m’écouter dit elle, le sourire aux lèvres.
Je suis hypnotisé par l’absurdité de la situation. Malgré son apparence peu flatteuse, la présence et le charisme de cette femme sont bien réels. Qui est elle ? que me veut-elle ? La présence d’un loup-garou, menotté et allongé sur la table de son sous-sol semble être une banalité. Vais-je obtenir des réponses sur ce qui m’est arrivé le mois dernier ?

— Si on faisait les présentations ? Vous êtes d’accord ? Bien !

Elle ricane. La situation l’amuse. Sa suffisance m’embrase. Je me fais la promesse de lui réserver le même sort que dame biquette. Elle poursuit. Elle devine mes pensées.

— Tout d’abord, avez vous apprécié l’offrande ? L’animal était-il à votre goût ? Je dois vous avouer que le protocole requis pour vous anesthésier comprend deux principes actifs. Le premier doit être ingéré. J’ai pensé qu’une chèvre ferait un bien meilleur vecteur qu’un verre d’eau. Vous êtes d’accord ?
Elle éclate de rire. Elle se moque de moi. Profite de la situation ma chère. Je ferai de même lorsque je fouillerai tes vieilles entrailles. Je reste malgré tout impassible. j’attends des réponses.

— Bon, vous n’avez pas d’humour, dommage. Je continue. Alors, oui, je suis responsable de votre état. Comment ? Rappelez-vous l’anniversaire de ma petite fille, ma chère Clarisse. Il a eu lieu il y a de ça un mois, le jour de la précédente pleine lune. Délicate attention que ces paquets de sucreries individuels, vous souvenez-vous ? Un de ces paquets contenait la substance toxique responsable de votre contamination. Et, le cameraman n’était pas là pour immortaliser les 17 ans de Clarisse. Il était là pour me permettre se repérer l’heureux élu. Vous l’avez compris, vous n’avez pas eu de chance, ha ha.
Tout en partant dans un fou rire sorti d’un autre temps, elle se dirige vers le panorama de moniteurs. Elle tape quelques commandes au clavier. Je me souviens des bonbons de Clarisse. Je recevais un cadeau de sa part. C’était le plus beau jour de ma vie. Mais quel con ! Les bonbons, la chèvre. Toutes ces conneries m’arrivent parce que mon estomac était aux commandes.

— Encourageant ces résultats. Vous allez peut-être survivre. Voyez-vous, le dernier à avoir essayé gît à vos côtés. Je regarde le gisant. Il ne semble pas être dans un état de décomposition. Le sarcophage doit avoir des propriétés conservatrices.

— Rufus, mon cher époux a trouvé un vestige de ce qu’il pensait être un loup-garou. Il s’est mis à l’étudier, à le décortiquer. Finalement, il a isolé le fragment D’ADN responsable de la mutation. Mais, ces travaux ont été fastidieux et, très longs. Au bout d’une dizaine d’années, le cancer l’a rattrapé. Sa voix se trouble.

— Son état s’est vite dégradé, il se savait condamné.

Abrège grand-mère. Je me fiche de ce mélodrame. Je prends conscience que je suis la victime d’une folle qui n’a pas envie de rejoindre son cher et tendre de l’autre côté du miroir. Je n’ai toujours pas compris le rôle de Clarisse. Je cogite. j’essaie de trouver une faille dans le système de mamie. Allez, bon sang. Je suis un loup-garou. Je vais être la honte de l’espèce si je finis dominé par une vielle dame. J’imagine déjà les soirées entre loups se poilant autour d’une chopine de lymphe en se racontant la légende de Georges, attrapé et abattu par mère-grand.
Je remarque plusieurs leviers en bout de table. Ils doivent mobiliser le plateau cette dernière dans l’espace. Toutefois, si l’un d’entre eux commande ces fichues menottes, je vais pouvoir m’occuper de la vieille. À présent, il me faut découvrir comment les actionner en ayant les quatre pattes attachées. Allez, réfléchis !
Ma geôlière continue d’observer ses écrans. Parfois, elle pousse des petits gloussements de satisfaction.

— Pour en revenir à mon histoire, poursuit-elle. Mon époux espérait vaincre cette dégénérescence, ou plutôt, devrai-je dire, cette prolifération de cellules malignes. Il avait besoin des cellules du loup-garou. Il avait besoin de cellules exterminatrices, capables de faire fuir le malin et de se régénérer. Il espérait devenir un loup-garou pour, survivre.

Oui, c’est bien beau tout ça. Mais le monsieur qui se repose à côté de moi n’a pas l’air tout jeune. Une fois loup, il faut se taper quelques kilos de viande bien saignante à chaque sortie. Je ne suis pas certain qu’un loup de 80 balais puisse poursuivre chevaux ou biches et, de plus, se faire respecter des jeunes louveteaux du coin. Néanmoins, si personne ne nous a mordu, on est le premier de la lignée. On est un mâle alpha. Et, si on est un putain de mâle alpha. On est un caïd, le roi de la meute, non ? Mais je m’égare, mes références sont maigres. Une série sur des loups qui s’éclatent au lycée n’est peut être pas une bonne référence.

— Il a mis cette séquence d’ADN en culture et produit un sérum. Il pensait qu’une simple injection serait l’équivalent de la morsure et la clé pour pénétrer dans le monde des ténèbres. Il s’est fait l’injection. Mais, la situation est très vite devenue incontrôlable. Il s’est transformé en une chose innommable. Il souffrait terriblement. Le remède était plus terrible que la maladie et l’entraînait vers une mort anticipée. Avant de lâcher son dernier soupir, il a repris son apparence humaine et m’a murmuré qu’il n’avait pas pris en compte un détail très important : la lune. Donc, voilà, j’ai repris le flambeau. Je me dois de l’honorer et de poursuivre, mais j’ai moins de courage que Rufus. Vous l’avez compris, il me fallait tester sa théorie. Il me fallait un cobaye. Et, c’est sur vous que c’est tombé. Voilà !

La savante folle replonge dans ses calculs alors que moi, j’ai une idée. Je vais lui démontrer qu’elle a fait une mauvaise pioche.

Annotations

Recommandations

Défi
NATOS

Trahir, c'est mourir un peu
La promesse est oubliée
L'existence n'est pas un jeu
Mort le pacte qui nous liait !


Les démons qui te rongeaient
Ont ressurgi de tes ténèbres
Pourtant j'avais pardonné
Tes écarts, tes penchants funèbres.


Mon cœur brisé pleure en silence
Le souvenir de ton enfance
Nous nous voyons plus rarement
Devant les autres, on fait semblant.


Mais mon amour inconditionnel
Malgré ma peine, mon chagrin
Fait qu'un jour si tu me rappelles
Je te tendrai encore la main.
11
11
1
0
Plume*








Dans un monde où la science essaie sans succès d'expliquer l'incroyable et le surnaturel, l'inconnu demeure encore et toujours. Oubliez donc vos préjugés et vos réticences au profit de la curiosité et de l'intrigue dans ce récit (fictif). Quant à vous les plus jeunes, soyez vigilants!  

Les murs auraient une mémoire et conserveraient le souvenir de leurs habitants. Cela est une vérité que l'on ne peut nier lorsque l'on vit comme moi, une expérience aussi effrayante et traumatisante. Comment vous expliquer autrement que par mes yeux, cette période de ma vie qui aurait pu devenir la dernière... 
            Mon histoire commence en 2012, année durant laquelle je signai mon divorce avec mon ex-mari ainsi que la garde de mon petit amour. Une période de ma vie qui me plongea dans un tourbillon de solitude et de perte de confiance significative. C'est ainsi que je décidais de quitter définitivement mon passé et par cette même occasion les murs de l'ancien cocon familial et tout ce qui s'en rapportait. C'est dans cette optique des choses, que je décidais de contacter un promoteur immobilier. Aimable et professionnel, il ne cessa de faire nous faire visiter diverses demeures sans pour autant me faire chavirer, ni moi, ni mon fils, jusqu'à cette fameuse journée.

«Mademoiselle Hohz, comment allez-vous aujourd'hui ? me demanda-t-il particulièrement souriant.
Monsieur Johnsson, ravi de vous revoir.  


Et toi bonhomme, tout va comme tu veux? demanda le promoteur.  
Ça va, répondit-il timidement.   Qu'allez-vous nous présenter aujourd'hui ? Votre future demeure! s'exclama-t-il sûr de lui.   Je l'espère, répondis-je.»         





          La nécessité de déménager se faisait réellement ressentir au fil des jours, mais il était hors de question de favoriser l'urgence au confort. C'est ainsi que nous prîmes la route jusqu'à une ville appelée Newton. Une ville vraisemblablement contraire à mes espérances, immense, bruyante... De nombreuses questions parcouraient mon esprit, jusqu'à ce que nous arrivions sur les hauteurs de la ville. 


«Voici ma dernière carte, une maison particulièrement vaste, sans vis-à-vis et donc sans aucun bruit.  Oui, c'est vraiment mon idéal. Elle est splendide. En effet, rétorqua-t-il sûr de lui, ajouté à cela un grand terrain, que du positif n'est-ce pas ?  C'est certain. Qu'en penses-tu mon chéri ?  C'est joli, mais on est tout seul ici. s’inquiéta Thomas. Il est vrai qu'elle est à l'écart des autres habitations, mais n'est-elle pas sublime? Si, répondit-il. Allons-y ! »          




       Enchantée par cette trouvaille pour le moins exceptionnelle, je pris la main de Thomas avec entrain, avant de m'engager dans l'entrée de cette demeure. Nous commençâmes par la cuisine, le salon, sans oublier l'étage et ses immenses chambres. Chaque nouvelle partie de cette maison me plaisais, sans exception. 


«Maman ! Maman ! Je pourrais avoir une grande chambre à moi tout seul, ici ! Ce serait trop bien! Elle te plaît vraiment ? lui demandais-je amusée. Oui beaucoup. Quand sera-t-elle disponible? Dés maintenant, vous êtes la seule personne sur le coup. Signons la vente dès maintenant dans ce cas. »    
   
      C'est ainsi, que ma vie reprit son cours, loin de ce passé et de ces souvenirs douloureux. L'engouement fut tel que nous emménageâmes en ces lieux une semaine plus tard, avec l'aide de ma sœur et de quelques amis. Enfin mon renouveau commençait, incluant l'équilibre nécessaire à Thomas. Il s'ensuivit l'inscription de mon fils dans une nouvelle école, puis les derniers détails. 
 «Mon petit ange, tu es là?
Oui j'arrive, s'exclama-t-il, en descendant l'escalier à vive allure. Viens t'asseoir près de moi, dis-je amusée, alors ta chambre te plaît? Oui elle est super, me dit-il en me sautant dans les bras.  J'en suis très contente dans ce cas. Mais j'ai une mauvaise nouvelle pour toi... Ah bon ? dit-il en me regardant avec ses yeux emplis de questions. Oui, il est l'heure d'aller te coucher, dis-je en lui faisant des centaines de chatouilles. Arrête Maman, me répondit-il en riant aux éclats, j'ai mal au ventre. Alors cours vite jusqu'à ton lit ou je vais te manger, m'exclamai-je avant de le poursuivre jusqu'à sa chambre.»

       Caché sous sa couverture, je me mis à faire semblant de le chercher, jusqu'à ce que je l'entende rire. Amusée par ce petit jeu enfantin, je soulevai la couverture pour le prendre dans mes bras. Câlinant ses cheveux châtains, je lui souris avant de le coucher doucement dans son lit, un livre à la main. Il s'endormit si vite, que je n'eus même pas le temps de tourner ma troisième page. Heureuse de revoir un tel sourire sur son visage, je restais quelques minutes à caresser son visage d'ange. Il est vrai que ces derniers mois ne lui avaient pas été très bénéfiques, entre ces disputes incessantes, ces cris et ces pleurs. Jamais un enfant de sept ans ne devrait vivre de tels moments. Bien sûr, ma sœur nous avait apporté une aide précieuse et particulièrement lors de ses dernières semaines où elle le garda chez elle. Mais tout cela n'avait en rien arrangé quoique ce soit, bien au contraire. Thomas était très observateur et donc particulièrement réceptif à tous ces maux. Je profitais donc du lendemain pour aller faire quelques courses, rencontrant de nombreuses personnes, tout autant sympathiques les unes que les autres, jusqu'à ce que cette vieille femme vienne à mon encontre.


« Bonjour mademoiselle, dit la vieille dame.
Bonjour, lui dis-je surprise. Vous êtes nouvelle ici, ça se voit tout de suite, ajouta-t-elle d'une voix douce. C'est exact, rétorquai-je. Vous venez d'emménager dans la maison en haut ? demanda-t-elle d'un regard triste. Oui, comment vous... Ho, vous savez, je connais tout le monde ici, de plus j'ai ouï dire que la vieille maison dans haut venait d'être achetée, j'en ai donc fait le rapprochement. Je vois, dis-je suspicieuse. Ne vous ayant jamais vus auparavant, j'en déduis que c'était vous... me répandit-elle comme pour me rassurer. Ho, je vois. Excusez mon impolitesse, mais connaissez-vous les histoires que l'on raconte sur cette demeure? me demanda-t-elle sérieuse. Cesse d'effrayer cette demoiselle, grand-mère, dit une voix masculine derrière moi. Permettez-moi d'excuser ma grand-mère, mais vous connaissez les anciens et leurs superstitions, s'exclama-t-il dans un sourire gêné. Soyez la bienvenue. Ho ! Je ne crois pas à ces choses-là de toute façon, rétorquai-je en riant discrètement. Tant mieux rétorqua-t-il en rejoignant la vieille dame, bonne journée à vous. Au revoir. »


       Puis je repris le chemin du retour, avec malgré moi, une stupide appréhension. Un sentiment qui me poussa à observer ma maison. Bien entendu, rien de suspect ne se manifestait. Amusée par ma propre réaction, je souris avant de repenser à cette vieille dame. Cette dame devait sûrement avoir un problème psychologique ou quelque chose comme ça. Plusieurs jours passèrent durant lesquels j'oubliais peu à peu cette rencontre sans intérêt. Cette maison était tout à fait normale, comme on en compte des milliers. 







12
9
227
18

Vous aimez lire Frédéric Galusik ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0