Chapitre 1

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Tapotant des doigts sur le rebord de la vitre, pendant que le bus s'engageait dans un virage des plus désagréables, Fabrice regardait le paysage avec une certaine lassitude.

Au loin, apercevant l'enchevêtrement complexe des câbles électriques sillonnant la ville, il ressentit avec une légère amertume à quel point cela pouvait gâcher le paysage. Le semblant de verdure que la ville essayait d'imposer dans l'espace public n'y changerait rien, la beauté de la cité s'en trouvait défigurée de manière indélébile.

A chaque fois que Fabrice empruntait ce trajet, il ne pouvait s'empêcher de se faire ce genre de réflexion, bien inutile il est vrai, mais divertissantes au moins.

BOUM

Une fois de plus, ce maudit bus n'en finissait pas avec ses soubresauts, qui lui firent penser à des montagnes russes du pauvre, bien gênantes à 8h17 alors qu'on est à mi-chemin entre la somnolence et la léthargie.

Fabrice en avait plus que marre de cette espèce de carriole improvisée et de son chauffeur qui semblait décidé à lui saper la moindre trace de bonne humeur en cette belle matinée en jouant les pilotes de Formule 1 avec son tas de ferraille.

Et c'était sans compter le vacarme monstre de cette foule de gamins entassés dans le fond comme des sardines en boîte, heureux apparemment de crier à tout rompre pour le plus grand bonheur des autres passagers.

8h30. Enfin l'arrivée. Fabrice attendit son tour patiemment, laissant sans regret le jeune troupeau se tasser devant la porte et qui jouaient des coudes à qui mieux mieux. Il ne se souvenait pas d'avoir été aussi enthousiaste d'aller à l'école quand il était en primaire, mais ça remontait si loin déjà...et ça faisait très longtemps que cette insouciance juvénile l'avait quitté.

Qu'est-ce qu'il aurait aimé être à leur place...

Fabrice sortit à son tour et marcha à peu près une centaine de mètres pour arriver au portail du lycée, qui était presque accolé à l'école primaire. À chaque fois, cette forte appréhension le tenaillait dès qu'il s'approchait du lycée, comme un veau qu'on entraînait de force dans le couloir grillagé qui le menait à l'abattoir.

- Hé Fabrice, attends...

Fabrice se retourna et vit Hugo courir derrière lui comme un dératé. Hugo était l'un de ses seuls vrais amis, le genre d'amis sur lequel il pouvait toujours compter, quoiqu'il arrive. Ils se connaissaient depuis la sixième, et ils s'appréciaient toujours autant, même si de temps à autre il y avait de bonnes engueulades...

Mais ça arrive entre potes, se dit-il.

- Wow, doucement gros tas, tu vas nous faire une crise cardiaque !

- J't'emmerde mec !

Se chambrer dès le matin le mettait toujours de bonne humeur, il se disait que seules les gonzesses pouvaient être polies avec leurs amies.

Entre mecs on s'apprécie en s'insultant de bon matin, et c'est à ça qu'on reconnait qu'on tient à son pote pensa-t-il, même s'il aurait fallu le fouetter jusqu'au sang pour qu'il l'admette en public.

- Pourquoi tu cours comme ça ducon ? On ne va qu'au lycée mec, pas la peine de t'exciter.

Hugo reprenait son souffle à grandes goulées d'air. Il devait faire pas loin de 90kg, et quand t'as 16 ans et que tu fais 1m70 à tout casser ça commençait à faire. Courir n'était pas son activité favorite, loin de là. Ce qu'il avait à lui dire devait être important...

- T'es pas au courant ?

- Au courant de quoi ?

Sans répondre, il s'appuyait à nouveau sur ses genoux pour reprendre son souffle. Vraiment pas sportif ce gars. Fabrice se demandait comment il ferait s'il se trouvait vraiment en danger avec sa capacité d'endurance proche du néant. Sans doute qu'en pleine jungle il se serait fait bouffer un nombre incalculable de fois.

Mais y avait-il des gros dans la jungle ? Les paquets de chips et le Coca ne poussaient surement pas dans les cocotiers...

Il sourit à cette idée stupide tandis que son ami avait les plus grandes peines du monde à retrouver son souffle.

- Je te préviens mec, ça va être dur à entendre...

Soudain Fabrice commença à devenir légèrement inquiet, Hugo n'était pas du genre à faire ce genre d'annonce en l'air. Ça semblait être effectivement sérieux.

- Tu sais, Sarah...

- Et ben quoi Sarah ?

Sarah était une fille dans leur classe dont Fabrice était tombé amoureux instantanément, le genre de fille dont le physique était plus qu'avantageux, ce qui contrastait franchement avec sa nature très timide ; elle-même ne semblait même pas consciente de sa beauté. Elle ne laissait presque aucun garçon de la classe indifférent, à part peut-être Hugo et quelques autres geeks : leur PC et leur Playstation 4 étaient apparemment leur seuls amours...

- Elle s'est mise avec Thomas !

Fabrice sentit ses jambes faiblir un peu, sérieusement désorienté par la nouvelle.
En couple avec Thomas, ce grand con bête comme pas deux ? Cet enfoiré qui se moquait de lui depuis le début de l'année avec sa bande de potes ? Le même Thomas qui avait un plaisir sadique à l'humilier en cours de sport ?

- Qui est ce qui te l'as dit ?

- Je les ai vus ensemble hier juste avant de sortir de classe, toi t'avais déjà tracé pour rattraper ton bus.

Fabrice se faisait même chambrer régulièrement par Hugo et un autre ami - les deux seuls qu'il avait d'ailleurs - sur son amourette du moment sans savoir que Fabrice ne s'éprenait pas de n'importe qui, c'était vraiment sérieux pour lui ; ils voyaient à quel point il était subjugué par sa beauté. Une fois elle lui avait parlé pour lui demander une feuille, il n'avait même pas réussi à lui répondre sans bégayer, et ajouté à son habitude de rougir à la moindre conversation avec le sexe opposé, cela avait donné un spectacle assez hilarant à ses amis.

Fabrice n'était pas le genre de mecs qui reluquait toutes les filles juste pour son seul plaisir visuel, d'ailleurs c'était assez rare qu'il s'adonne à ce genre de pratiques qu'il jugeait sales et dégradantes contrairement à l'écrasante majorité des garçons de son lycée. On pouvait même dire qu'il était assez fleur bleue dans son genre. Il refusait catégoriquement d'admettre ce trait de caractère chez lui, signe de faiblesse et contraire à l'idée qu'il se faisait de la virilité.

Il n'imaginait vraiment pas ce que Sarah trouvait à ce type, du moins au niveau de sa mentalité. Alors certes il était très bien bâti, le jour et la nuit en comparaison avec lui : une belle gueule, une musculature impressionnante, sportif de haut niveau de surcroît, mais d'un naturel violent et plus que partant pour humilier ses camarades avec sa bande, le cliché du bad-boy ; Fabrice trouvait que son comportement aurait dû rebuter une fille telle que Sarah.

Sarah, la fille si timide et si délicate qu'il s'était imaginé, tomber sous le charme de ce mec ?

Mais merde, c'est pas possible...pas Sarah...

Après qu'Hugo l'ai informé de cette charmante nouvelle, il ne savait plus s'il devait continuer son chemin vers le lycée ou sécher encore une journée. Il pensait pouvoir prétexter une maladie (ce qui n'est pas si éloigné de la réalité, pensait-il), mais la perspective de trouver une combine pouvant lui fournir un justificatif médical suffit à l'en dissuader.

La raison le rattrapa, les deux amis finirent par atteindre le portail et se dirigèrent vers la salle à l'étage où ils avaient cours de maths, Fabrice se demandait comment il pourrait supporter cette situation qui se déroulerait sous ses yeux, dans à peine quelques minutes...

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