"T'es nul en anglais, mais bon... Take care"

5 minutes de lecture

J'ai planqué le sachet de mes achats dans ma chambre et ai refermé la porte.

A 14h, personne. A 14h15, ça a commencé à m'énerver. A 14h23, texto [Coincé dans les bouchons sur les quais, mais hâte de te voir]

T’es pressé, mec ? Moi, de moins en moins, mais bon, exorcisme du traumatisme, comme a conseillé le Dr Arthur ...

A 14h37, appel à l'interphone "Hey ! C'est moi ... Jérôme"

- Oui, j'ouvre.

Texto à Arthur [Il est là, c'est une bonne idée, tu es sûr?] suivi de la réponse presque instantanée, un peu cryptique, de mon Sphynx [l’avenir le dira …]

Le temps qu'il monte, je me suis regardé dans le miroir de l'entrée. J'ai essayé l'air timide et la pose gênée de celui qu'il avait connu et ... J'étais juste pas crédible ! Alors, moi ... le vrai moi, qui ne croyait ... qui pensait ne plus croire en rien ... sauf qu'Arthur m'a fait douter, là ... J'ai secoué la tête, et non, c'est juste un rôle, juste un jeu !

Quand il a sonné, j'ai pris quelques secondes, du genre du mec qui revient du fond d'un appartement de 300m², avant d'ouvrir la porte.

- Woputain, ta barbe ! T'as pris vingt ans, mec !

Ça l'a déstabilisé un instant, mais j'avais préparé le truc, histoire d'encore accentuer les trois années de différence, et de faire de ces retrouvailles rien moins qu'un mauvais porn mature + twink. C'était juste dans ma tête, évidemment, aucune certitude qu'il en regarde, lui. N'empêche, il a eu un moment d'hésitation où il a réalisé que la barbe, puis les quinze kilos en plus, devant le petit mec qui n'avait pas pris un gramme, toujours imberbe et lisse, puis décoloré ...

Sa gêne n'a pas duré, bien sûr. Quoique Jérôme ait pu se raconter toutes ces années, il n'a jamais été complètement hétéro, le regard qu'il m'a porté l'a très vite confirmé.

- Toi, tu n'as pas bougé ... Juste les cheveux, et c'est bien un peu étrange, mais ça te va bien, tu es ... Ça me plait, quoi.

- Ben, ça fait six ans quand même, j'ai dû changer, ai-je dit avec un sourire aussi innocent que possible.

- Non, vraiment, déjà là tu me plaisais, et même maintenant, t'es toujours aussi ...

Intérieurement, j'ai remercié Arthur et son relooking coiffure et fringues qui, à vingt et un ans, me donnait moins. Jérôme, à vingt-cinq, serait donc toujours tenté de taper dans du twink pseudo-ado ? Perturbant ! Mais étrangement excitant ...

- Mets-toi à l'aise, ai-je soufflé avec un sourire éloquent, en lui montrant le canapé du doigt, et en me dirigeant vers ma chambre, dont j'ai refermé la porte derrière moi.

J'ai attendu quelques minutes avant d'en ressortir, toujours habillé, avec le sachet, pour trouver, comme prévu, Jérôme presque nu, seulement en boxer, au milieu de la pièce.

- Tu as cru que ... ai-je murmuré, l'air faussement choqué.

- Mais je pensais que tu voulais ... a-t-il gémi.

La porte de l'appartement s'est ouverte soudain devant Arthur qui a bondit dans la pièce en criant "Je ne veux pas ! Je pensais que ça le ferait mais non ! Je veux ... toi"

- Mais moi aussi, Arthur ! Je ne comprends pas pourquoi Jérôme s'est déshabillé, je voulais juste lui donner ceci, ai-je dit en agitant le sachet.

- Mais c'est quoi l'histoire ? a-t-il dit, en renfilant ses fringues en trente secondes.

- Jérôme, c'est trop clair que tu n'es pas seulement l'hétéro que tu prétends, je n'ai pas besoin de refaire l'histoire, je me souviens de tout ! Tous les détails, je pourrais dessiner ton sexe avec une précision à trois millimètres, je pourrais te répéter les sensations exactes quand tu l'as poussé en moi, et même à la limite le nombre de mouvements avant de jouir, pas trop conscient des risques que tu me faisais courir ! Je ne savais rien, et là, on pourrait être à deux rendez-vous d'écart chez le même virologue, à attendre notre prescription, tu vois ?

Il m'a regardé un instant, figé, entre incrédule et vexé, mais j'avais appris à reconnaître la lueur de désir dans le regard des mecs, et il ne trompait personne, trop sûr de sa virilité probablement jamais prise en défaut ! J'ai réalisé que je kiffe presque autant l'excitation des mecs que le plaisir physique qu'ils vont me donner. Et celle de Jérôme lui donnait l'air affamé du loup avec les trois petits cochons ...

- Mais je ne te juge pas, à toi de te situer sur l'échelle de Kinsey ou de Klein, je voulais juste te donner ceci pour que tu sois heureux, propre et safe dans ta vie ... moins hétérosexuelle, tu vois ? La poire empêchera un peu que tu aies le gland ... 'beurk tout brun', comme tu avais dit, puis les préservatifs, inutile de te dire, je pense ... Quoi qu'il se passe, et qui que tu honores, sois et reste clean, s'il-te-plait !

Quand il a entièrement réalisé que je me foutais de lui, il est sorti, raide comme la justice, sans un mot ...

(***)

- Waaah ! Comment tu l’as cassé, c'était trop bien, a dit Arthur en fixant la porte qui venait de claquer. ‘’Mais tu as changé de plan ? ‘fin, pas de plan, de … scénario, disons’’

- Oui, je … je le sentais plus. Le voir se déclarer, c’était assez pour moi, puis j’ai réalisé que j’avais trop à perdre.

- A perdre ? Moi ? Tu te rends compte que c’est le truc le plus sentimental que tu m’aies jamais dit ? Le premier, en fait. Aaanw !

- N’y prends pas trop vite goût, je dois encore tout apprendre sur le sujet.

- Patience est mon deuxième prénom, Jérémie, au cas où tu n’aurais pas remarqué … N’empêche, sa tête quand il a capté que tu te foutais de lui avec le … pack débutant pour la sodo ! Le plus marrant, c’est que la poire, en anglais, c’est ‘douchebag’, et que ça veut aussi dire ‘connard’, tu crois qu’il a percuté ?

- M’étonnerait, il était juste une quiche en anglais.

- J'ai trop envie de toi, là.

- Hein ? Mais Arthur, hier deux fois, puis ce matin …

- Qu'est-ce que tu n'as pas compris dans 'j'ai envie de toi' ? Puis je dois reprendre mon territoire, a-t-il ajouté avec un sourire un peu pervers.

- Ah oui, clair ...

- Puis, bon, le truc en caoutchouc, oui, ça peut le faire d’en avoir un de secours, mais les préservatifs ... Oh ! Jérémie, je te promets sur ce que j'ai de plus précieux ... sauf que ce que j'ai de plus précieux, c'est toi, donc ça flingue un peu le raisonnement, mais vraiment, je te jure qu’il n’y a personne d'autre ! Avec Thomas, on déconne, un peu pour te rendre jaloux dans mon cas, mais tu le connais, c’est que de la gueule, ce mec… Et on peut refaire le test aussi souvent que tu veux, tu verras toujours que je suis clean, et qu'il n'y a qu'un garçon dans ma vie, c'est toi !

J'avais déjà la pochette de la capote en main ... Je l'ai jetée. Si je devais commencer à faire confiance, Arthur est décidément le mec pour ...

FIN

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

valdomar
Une histoire de famille est le récit de la vie de Diego, adolescent élevé dans une famille homoparentale. Il met en scène la découverte de sa sexualité en prenant appui sur l'année scolaire 2012/2013 qui voit l'adoption de la loi sur le Mariage pour tous. C'est une romance à destination d'un public LGBT.
3737
1040
2075
1287
yasmine-13

- Mais… qu’est-ce que je fous ici ?
La jeune fille se retrouvait seule en territoire inconnu, sans savoir comment ni pourquoi elle avait été emmenée ici. Elle se releva difficilement, une migraine l’empêchant de faire tout mouvement brusque. Il était assez facile de deviner qu’elle avait été emmenée ici contre sa propre volonté. De fait, la chose la plus importante était de retrouver ses kidnappeurs.
Mais… où était-elle, au juste ?
Le paysage était assez sobre, la terre stérile et aride, une vue étendue au loin. Presque rien ne s’y trouvait, elle était perdue en pleine nature, sans même savoir comment s’en sortir.
- Eh ! Tu vas bien ? T’es blessée ?
Un jeune inconnu était venu la secourir, du même âge qu’elle apparemment, soit entre dix-sept et vingt ans. Il semblait réellement s’inquiéter pour elle, et elle ne comprenait pas pourquoi il lui portait tant d’attention, sachant qu’il ne lui disait rien. D’ailleurs, plus aucun souvenir ne venait à elle – c’était comme si sa mémoire avait été effacée, dans le seul but de préserver son identité (ou les intérêts des personnes ayant perpétré cet enlèvement…).
Quoi qu’il en fût, sa migraine s’estompa un moment, le temps nécessaire de faire les présentations.
- Je vais bien, merci. J’ai juste… très mal à la tête. Mais… ta tête ne me dit rien, on se connaît ?
- Non. Je suis Aryan. Je me suis retrouvé ici sans savoir comment, et puis je t’ai trouvée là. Je ne sais pas qui a fait ça. Mais si on a été drogué, il faut s’attendre au pire…
Cette supposition lui avait fait froid dans le dos. Et si leurs assaillants s’étaient permis des attouchements à leur encontre ? Ou pire…
Enfin, elle n’eut d’autre choix que de retrouver ses esprits.
- Moi c’est Tara. Euh… j’ai… J’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé. C’est à peine si je sais qui je suis… Tu l’expliques comment ? Mais au fait, où on est ? Je ne reconnais pas l’endroit…
- Je ne sais pas et je ne sais pas. Il y a beaucoup trop de variables inconnues pour l’instant. Je suppose qu’on aura les réponses à nos questions un peu plus tard, le temps de retrouver la mémoire.
Et s’ils ne la retrouvaient jamais ? Je sais que le pessimisme est mal vu, mais encore faut-il qu’ils soient certains de ce qu’ils avancent ! Pour l’heure, ils n’étaient sûrs de rien. Ils ne savaient même pas s’ils étaient les seuls, ou si des personnes s’étaient retrouvées ici auparavant, ou finiraient par arriver…
En faisant le tour du propriétaire, ils aperçurent un feu de camp, ou plutôt ce qu’il en paraissait… Ils s’y précipitèrent, pensant trouver une autre personne, victime de cette mauvaise blague. Et ils ne furent pas déçus : un jeune homme de la même tranche d’âge qu’eux était présent, tentant désespérément de maintenir un feu en place. Le trait caractéristique qui pouvait le distinguer des autres, était qu’il portait des lunettes rectangulaires sur le nez – c’était sûrement grâce à ses verres qu’il put allumer ce feu, ne possédant a priori aucune qualité requise pour le faire à mains nues. Ouch… je commence à être méchant. Veuillez m’excuser, et reprenons.
- Hey… Alors comme ça je ne suis pas le seul… ? Ça fait plaisir. Dîtes-moi, vous aussi avez perdu la mémoire ?
Ils acquiescèrent, pourtant le nouvel inconnu ne baissa pas sa garde. Il se concentra davantage sur son feu que sur les personnes à interroger. D’ailleurs, il semblait ne pas s’en inquiéter plus que cela. Ce fut Tara qui prit l’initiative de prendre la parole.
- Euh… Comment tu t’appelles ?
- Kaito. Mais c’est la seule chose que je sais. De mémoire… j’ai dû voir ce nom quelque part, mais je ne peux affirmer de source sûre qu’il s’agit bel et bien de mon prénom. J’ai fait le tour des environs et n’ai trouvé aucun indice. Ils sont forts. Mais je me demande pourquoi ils iraient chercher des gars comme nous, ce n’est pas comme si on pouvait faire quoi que ce soit pour eux…
- Tu n’en sais rien. Peut-être bien que nous sommes spéciaux, genre riches héritiers, et qu’ils demandent une rançon en ce moment-même à nos familles.
- Ce serait idiot. Comment expliquerais-tu notre perte de mémoire, alors ? Pour faire une vidéo convaincante, il faut des émotions. Si nous avons perdu toute trace de notre héritage familial, comment penses-tu que nous pourrons leur en donner ?
A cet instant, Aryan intervint.
- Peut-être que la vidéo demandant une rançon a déjà été envoyée, et qu’ils n’attendent que le versement de nos parents pour nous libérer. Et que notre perte de mémoire serait comme une ultime punition à notre encontre. Peut-être qu’on a fait quelque chose par le passé qu’il nous faut payer aujourd’hui…
- Vous avez tout faux !
0
0
0
6
Défi
lala
Jeux de mots, jeux dangereux, origine douteuse...
C'est le début du marathon poétique !
10
20
0
0

Vous aimez lire lelivredejeremie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0