Joris, Renan, Louis...

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Finalement, il a dû se contenter de dire à ses potes que j’étais un petit mec collant qui le harcelait. Quitte à me tailler une réputation, c’était un moindre mal. Le bruit s’est juste assez répandu pour que Guilhermo et Vittoria me coincent deux jours plus tard …

- Pourquoi tu traines avec des terminales ? On n’est plus assez bien pour toi, ou quoi ?

- Bah non, Guille, c’est pas ça, juste … Je lui corrigeais ses compos en langues et il m’a aidé en maths.

- Avant, tu me demandais, a grogné Vittoria.

- Si t’es toujours open, je te demanderai encore. Lui, il peut juste aller se faire foutre, là.

- Mouais … on verra.

J’ai repris ma petite vie, en passant peut-être un peu moins de temps avec mes amis. Un peu à cause de leur rapprochement au niveau physique, que je n’ai appris officiellement qu’après une semaine.

- Désolé, Jérémie, on n’osait pas trop te le dire vu que …

- Ben non, je suis content pour vous, je te jure, Guille. Après, je veux pas trop savoir si vous faites déjà des bébés, épargne-moi les détails, je veux même pas imaginer.

- Alors, je vais juste sobrement confirmer, a-t-il dit avec un grand sourire ‘’Et OK, pas de détails, juste que … Waaah ! C’est mille fois mieux que la branlette’’

- Guille, nooon ! Lalalalala … ai-je chanté avec les mains sur les oreilles.

- Je dis rien, je dis rien ! Juste qu’on va te trouver une copine, une fille pas trop difficile qui se contenterait d’un petit mec en déficit musculaire.

- Ça ira, je me débrouille, t’inquiète.

Il a levé un sourcil, persuadé que je serais toujours puceau au baptême de leur quatrième enfant dont faute de candidats, je serais parrain.

Techniquement, de son point de vue hétéro, il n’avait pas tort, bien sûr...

(***)

L’année suivante, Jérôme avait quitté l’école. Je ne l’ai jamais revu, surtout parce que je n’ai jamais mis un pied au Déluge. Pas parce que je n’aime pas la tequila, mais parce que c’était leur QG, à lui et ses potes, et surtout l’endroit où il avait célébré l’invasion de mon corps.

Que je ne lui pardonnerais jamais.

Aux vacances d’hiver, à quelques jours de mes 16 ans, à cinq cents mètres de là, j’ai commencé à découvrir un autre monde, où les garçons peuvent aimer d’autres garçons, avec ce qu’il faut de respect et de relative considération.

Le soir de mon anniversaire, que j’avais dit fêter avec Guilhermo, je me suis retrouvé à deux heures du mat’ seul avec le barman, Goran. Etait-ce un trop-plein de tristesse, je me suis confié … Il m’a dit que ça pouvait être mieux, on est rentrés chez lui, il m’a appris à prononcer pénis, testicules et sperme dans sa langue maternelle puis il m’a fait l’amour avec tendresse et force. J’ai quitté son appart’ le matin, sans promesse de plus, je n’étais pas son type, j’étais juste là à un moment de déprime après que son mec l’ait benné. Je ne me voyais de toute manière pas entamer une relation avec un barman croate du double de mon âge …

L’essentiel était d’avoir trouvé un endroit où je pouvais être moi-même, où je pouvais dire ‘’t’es canon’’ à un mec sans risquer de me prendre un pain, où j’ai pu rencontrer des garçons qui, sans égaler le statut de Guille et Vittoria, mes fidèles, sont devenus les potes que je n’avais jamais vraiment eus …

Certains m’ont répété que j’étais assez mignon, et pas seulement de dos, il n’en a pas fallu plus pour que je mette mes sweet sixteen à la disposition de leurs envies. Et même si ce n’était que de la baise, que du sexe …

Il y a eu Dylan, le seul avec qui j’aie tenté d’être act’, et qui m’a conseillé un peu cruellement d’y renoncer définitivement.

Ensuite Joris, beau et très doux, qui peinait à me donner du plaisir, mais pour qui je simulais, en me forçant à gémir.

Damien et ses fétichismes tordus … Renan, obsédé par son corps sur lequel il exigeait les compliments les plus invraisemblables … Louis qui m’a traité de pute quand il a appris qu’à dix-huit ans, j’avais déjà connu six mecs avant lui…

Ça aurait pu me vexer, ça m’a juste fait réfléchir, et réaliser que cette quête du plaisir pour le plaisir était un peu vaine … J’ai tout de même continué à fréquenter le Gaypard, en mode séduction distante, à m’amuser du désir que je semblais susciter chez de plus en plus de mecs, en affichant ma réactivité inversement proportionnelle.

Jusqu’à ce qu’un petit lutin différent des autres me souffle un peu timidement qu’il aimerait se réveiller auprès de moi. Pas me ramoner la cheminée comme ce balourd de Franck, pas me mettre une faciale comme ce pervers de Joachim, pas me garantir trois orgasmes anaux successifs comme ce vantard de Pierre-Luc, non, juste …

- J’adore tes yeux, surtout celui de gauche, avec la petite tache, j’aimerais les voir quand tu les ouvres le matin, avait timidement soufflé Arthur.

(***)

- Maintenant -

Jérôme n’a pas pu me reconnaitre. Je porte mes RayBan Clubmaster et mes cheveux sont teints en blond très clair, rasés sur les côtés et tirés en bun, une idée d’Arthur qui kiffe le cliché du Viking version Bjorn Côte-de-Fer et prétend que les Scandinaves le font bander deux fois plus dur. Il n’a jamais dû en connaitre en réalité, vu que sorti de la couleur improbable de mes cheveux, je n’ai rien d’un féroce guerrier du VIIIè siècle.

Mais bon, la tête blonde, rose, des dreadlocks ou la brosse d’un navy seal, je m’en fous un peu … C’est à peu près tout ce que j’attends de lui, qu’il bande dur …

Et Jérôme, bah … Bien sûr, il avait brisé mes petites illusions et m’a rendu étranger aux sentiments, mais je n’ai plus vraiment de rancune, qu’il soit heureux …

Il ne le saura jamais, j’étais juste trop bien pour lui.

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