Le pluriel de lapsus, c'est lapsi ?

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C’est peut-être vrai que certains profs ont séché le cours de pédagogie pendant leurs études, ou alors c’est un don inné que certains n’auront jamais. Jérôme ferait sûrement un très bon prof. Pas de langues, c’est clair, mais en maths, c’est lui qui assure. Madame Thiry n’a rien dit, mes parents l’ont à peine remarqué, c’est juste moi, ça, pas de vagues, pas de bruit, discret … Mais le résultat est sous mes yeux, 16/20 au test de trigono, alors que je plafonne d’habitude à 11 ... Donc, lui rédiger ses compos de langues jusqu’à la fin de l’année, je lui dois bien ça.

- T’es fier de toi, j’espère ?

- Trop !

Je ne sais pas vraiment pourquoi je lui ai montré le test, mais j’étais plus heureux de le faire qu’avec mes parents. Après, c’était quoi au final ? Moins de la fierté que de la reconnaissance, je crois. J’ai dû me retenir de sortir la phrase terriblement con genre ‘Jérôme, tu me fais du bien, tu me fais mieux’, il n’aurait pas compris.

Ou il aurait compris, justement.

- Bah, tu me sauves bien en langues … C’est un peu vexant en fait. Tu as trois ans de moins et tu es blindé dans ces cours, plus que moi. Ça ne veut pas dire grand-chose, vu mon niveau, mais quand même …

- Ma famille, c’est moitié de flamands, puis ma marraine vit dans le Kent, cinq ans que j’y passe une partie des vacances, c’est le truc d’immersion totale, quoi.

- Même ! Perso, on me parachute au milieu de l’Angleterre, je crève de faim … Sinon, le reste, je sais pas … histoire, SVT, tu gères ?

- Histoire, c’est juste de la mémoire. Et SVT … Non mais tu te souviens sûrement, troisième, c’est la reproduction, je suis motivé, tu penses, ai-je répliqué avec un grand sourire idiot.

- Sauf qu’on ne t’apprend pas les trucs vraiment importants, genre l’emplacement du point G … Ou du point P.

Mais pourquoi il parle de ça ? C’est pas son premier faux lapsus, aussi. Il multiplie les allusions …

- Mais non ! Je suis pas …

- Tu serais que ça ne me ferait rien, Jérémie. Le sexe, c’est le sexe, c’est comme la pizza, quand c’est pas bon, même froide, c’est quand même un peu bon, faut pas cracher dessus.

- Oui, bon, je sais pas … Mais en SVT, ça le fait, merci. Juste …

- Juste ?

- EPS, mais tu ne peux pas m’aider … Natation … je nage comme un chat … je parle du truc des gestes un peu désordonnés. Puis surtout, je plonge comme eux, en encore moins élégant, si c’est possible ... Je fais des plats, tout le monde se moque, même le prof.

- Tu as Mégot comme prof, non ? C’est juste un gros con, je l’ai eu aussi en EPS en troisième, il adore humilier les élèves. Souffre en silence, rien à faire. Ou bien …

- … ?

- Tu fais un truc samedi ? Mon pote Manu faisait un barbeuk' mais il a un peu merdé avec ses parents, ça tombe à l’eau, alors … Ça te dit de tomber dans l’eau ?

- Gné ?

- Piscine, petit ! Je t’apprends à plonger.

- Ben … nooon.

- Ben … siiiii !

Piscine ? Avec lui ? En maillot de bain ?

(…)

- Je le crois pas, t’es tout fin, tu ne devrais même pas faire de remous ! Vas-y, tu remontes, recommence.

- J’y arriverai jamais.

- Si ! Tu y arriveras. Regarde la grosse, là, elle ne pourra jamais mais toi, tu es effilé, petit dauphin.

Comment il m’a persuadé, lui ? Déjà d’exposer genre 90% de mon corps maigrichon et pâle, alors que lui … Je me suis surpris ... enfin, surpris, faut le dire vite … à mater chaque parcelle du sien, désespérément parfait. Ses tétons plats qui ont légèrement pointé une fois dans l’eau, son nombril dont s’échappaient quelques gouttes quand il se propulsait assis sur le bord, ses yeux, rendus plus brillants par les désinfectants …

Mais bon, j’ai pas bandé, c’est déjà ça, non ?

Aussi, c’est juste dans les récits sur docti que le mec a une érection du feu de dieu au mauvais moment, il se grille et son pote capte qu’il le kiffe. La réalité est bien plus banale, et molle. Évidemment, il y a plein de monde, puis la température … Je défie qui que ce soit de bander dans de l’eau à 23 degrés.

Sauf que quand on en sort, et qu’on voit le mec qui étire ses muscles et déploie son corps entier, c’est plus chaud. Chaud au figuré, bien sûr, en réalité, je grelottais.

Ensuite, dans les douches, c’était pire, il est absolument sans gêne, lui. Pas vraiment de raison, vu comme il est, mais quand même, baisser son maillot à mi-cuisse et se shampouiner le pubis, faut oser, quoi.

Comme il avait les yeux fermés sous le jet d’eau tiède, j’ai regardé, j’avoue. J’ai observé, fasciné, son sexe épais et lourd, dont le gland dépassait un peu de son prépuce. Et si c’était sa taille au repos, comment serait-ce …

J’ai secoué … littéralement secoué la tête pour en sortir ces pensées tordues qui, si je les suivais, me mettraient dans une situation vraiment embarrassante. Consciencieusement, mais sans baisser mon slip de bain, j’ai éliminé l’odeur de chlore de … partout, quoi.

Signe de tête, OK, on est go. On a récupéré nos fringues dans les casiers et on s’est dirigés vers les cabines individuelles. J’avais la main sur la poignée de la porte, quand j’ai senti la sienne sur mon épaule …

- Jérémie, tu … OK, j’en ai fait des tonnes sous la douche, ridicule, un peu mais … tu as maté, je crois.

Oh non ! Non, non, noooon …

- Pas … vraiment, juste comme ça …

- Et ?

- Et quoi ?

- Tu en as pensé quoi ?

- Tu … sais bien, je crois … tu es beau … et parfait … de partout. Pas besoin de te le dire, ça.

- Ça fait plaiz’ de l’entendre, tu sais.

Il m’a poussé dans la cabine, m’y a suivi, a refermé la porte derrière lui, puis a murmuré ‘‘Tu peux faire ce que tu veux, tu en as envie, je pense …’’

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