Chapitre 7

7 minutes de lecture

Le lundi suivant, dans l’heure de midi, Megan se rendit à l’Université de Créteil. Elle n’avait presque pas fermé l’œil de la nuit. En fait, elle avait passé presque tout son temps à étudier des images du bâtiment de DragonTech, et à imaginer la manière dont elle allait s’y prendre pour réaliser son vol. Elle avait également ressassé les informations recueillies auprès de Guillaume, ce qui n’avait pas arrangé son stress. D’un côté, elle savait que le cambriolage allait avoir lieu. La tentative en tout cas. Le propriétaire avait déclaré que rien n’avait été dérobé. Si c’était bien le cas, cela voulait dire que sa mission était vouée à l’échec. Ou alors il avait menti. Mais dans quel but ?

Il y avait aussi le problème de Sydney Banna, la nouvelle enquêtrice. Elle avait fait des recherches sur elle, et le peu qu’elle avait appris lui avait donné des frissons. Elle était major de sa promotion lorsqu’elle était sortie de l’université de Nottingham, ce qui lui avait ouvert les portes de Scotland Yard. Deux années après avoir été élevée au rang de sergent, son père avait été assassiné. Le crime n’avait jamais été élucidé, malgré plusieurs années d’enquêtes. L’inspectrice avait ensuite trouvé la gloire aux yeux des Londoniens en résolvant à elle seule une affaire particulièrement complexe de fraude au sein de l’équipe municipale.

Megan avait réussi à retrouver quelques photos d’elle, ce qui était très difficile ; Sydney Banna n’avait aucun profil sur les réseaux sociaux habituels. Elle avait déniché un cliché dans un article de presse britannique où on la voyait en train d’interpeller un conseiller municipal à Downing Street, et une autre ou elle recevait la Queen’s Police Medal for Distinguished Police Service1.

Devant de tels états de services, Megan ne doutait pas qu’elle ferait avancer grandement l’enquête. Surtout s’ils étaient parvenus à obtenir des indices dans les locaux de DragonTech, ce que Guillaume avait laissé entendre. De quels indices s’agissait-il ? Et surtout est-ce que cela serait suffisant pour conduire la police à elle ?

Ces questions revenaient sans cesse à son esprit. Et toutes les réponses qu’elle pouvait imaginer étaient aussi angoissantes les unes que les autres. Lorsqu’elle arriva au bureau du professeur Jabar, elle ne prit même pas la peine de frapper. Elle entra et claqua la porte derrière elle, faisant sursauter le chercheur, qui laissa tomber son sandwich sur ses genoux.

— Megan ? Vous m’avez fait peur ! Vous êtes obligée de débarquer comme ça sans…

— Je ne suis pas d’humeur. Vous avez avancé ?

— Un peu oui. Je peux déjà vous donner les différents systèmes de sécurité, mais…

— Pas de mais, allez-y, dites-moi tout.

Elle s’adossa à l’étagère et le regarda. Elle espérait sincèrement qu’il aurait de bonnes nouvelles à lui annoncer.

— Alors pour commencer il y a les caméras de surveillance. Il y en a un peu partout à l’intérieur et à l’extérieur. Elles sont connectées en WiFi au réseau interne, et peuvent être déplacées sans problèmes. Et d’ailleurs, c’est ce qu’ils font, régulièrement, tous les deux à trois jours, ils changent des caméras de places pour éviter que des malins ne puissent trouver une faille. Difficile de prévoir une attaque si on ne sait même pas où les caméras seront placées. En fait, c’est brillant, les équipes de Sekure-IT sont à ce point sûres de leurs solutions qu’ils n’hésitent pas à l’expliquer sur le site. Ils ont même donné une conférence sur…

— Super… Donc pas moyen de couper les câbles. Vous sauriez hacker le WiFi pour qu’elles envoient un signal en boucle ? Genre une image fixe d’un couloir vide ou un truc de ce genre ?

— J’y ai pensé, malheureusement, chaque image est encryptée avec une clef générée en fonction de l’heure, de la position GPS et d’autres données propres à chaque caméra. Il me faudrait un accès à une de ces caméras, et une montagne d’information pour pouvoir hacker leur signal.

Il ouvrit la bouche, probablement pour expliquer à quel point les auteurs de ce système étaient ingénieux, mais devant le regard sombre de Megan il s’abstint. Il se racla la gorge avant de poursuivre.

— Bref, je n’ai pas de solution pour les caméras, mais je vais continuer d’étudier la question. Ensuite, la plupart des portes et ascenseurs sont protégés par des badges d’accès, ou par des lecteurs de données biométriques : empreintes digitales, scan d’iris, toute la panoplie. Et tout ça est blindé avec un maximum de sécurité. Je… Je crois qu’il sera impossible de vous faire entrer.

— Et en coupant le courant ? On règle d’un coup le problème des caméras et des points d’accès non ?

— Les portes sont verrouillées par défaut. En coupant le courant, il vous sera impossible de les ouvrir.

Megan réprima un hurlement, mais donna un coup de pied dans un carton qui trainait par terre.

— Bordel ! Il doit bien y avoir un moyen de me faire entrer !

— Il y a peut-être une solution, mais il me faudrait me rendre sur place en même temps que vous. À ce moment-là, je pourrais peut-être…

— Hors de question. Littéralement hors de question. Votre boulot c’est de me donner les clefs, rien d’autre.

— C’est impossible, je vous dis. Impossible.

Megan se passa les mains sur le visage. C’était bien pire que ce qu’elle avait imaginé. Il lui fallait trouver une autre solution. Et une solution fiable. Il y avait une infime chance qu’elle puisse réussir, mais elle ne voyait pas encore comment.

Elle remonta les yeux vers le professeur, et l’air désemparé qu’il lui renvoyait la glaça. Elle tenta de réfléchir à un moyen d’accomplir sa mission.

— Bon, au pire, pour les caméras je vais chercher de mon côté… Ce dont j’ai besoin c’est de pouvoir circuler dans le bâtiment. Il me faut un passe qui remplace n’importe quel badge et qui puisse duper n’importe quel lecteur biométrique. Il me faut absolument ça pour la fin de la semaine.

Il lui rendit un regard presque désabusé.

— Je vous l’ai dit, c’est impossible. Leurs technologies sont des systèmes de pointe, il me faudrait au moins y avoir accès. Ou bien laissez-moi trouver autre chose. Expliquez-moi votre plan, ce que vous cherchez à faire. Je ne peux pas vous aider si vous ne m’en dites pas plus.

— Non, je vous l’ai dit, je ne peux pas vous en dire plus, hurla-t-elle.

— Alors il vous faudra renoncer à votre plan.

Megan grogna, et sortit du bureau en claquant la porte. Elle avança au hasard dans les couloirs de l’université, et finit par s’asseoir sur les marches d’un escalier. Son plan était en train de s’écrouler, avant même qu’elle ne le mette à exécution.

La requête du professeur lui semblait effectivement une solution, mais elle refusait de lui en dire plus. Car elle devrait rapidement lui parler de la machine et de son fonctionnement. Il ne lui faudrait alors pas longtemps pour faire le lien avec le Sorcier, et il aurait ainsi autant de moyens de pression sur elle qu’elle n’en avait sur lui. Impossible de lui faire confiance avec une information aussi capitale.

Elle reporta son attention sur ce qu’elle savait de DragonTech. Les caméras étaient un souci, mais pas le plus délicat. Si elle arrivait à s’introduire dans les locaux sans révéler son visage aux objectifs, il lui suffirait de trouver ensuite un endroit à l’écart pour utiliser la machine, revenir dans le passé et commettre son vol. Elle considéra un instant l’éventualité de rendre une visite à l’un des employés de l’entreprise, pour récupérer un badge et couper un doigt. Mais cela lui sembla bien trop violent, et elle ne se sentait pas capable de mener cela à bien toute seule. Elle se souvint alors qu’en plus d’une empreinte digitale, elle avait aussi besoin d’un iris, et la simple pensée de prélever… Elle en frissonna.

Elle imagina d’autres façons d’atteindre l’intérieur du bâtiment, mais plus elle y songeait, plus ses idées lui paraissaient absurdes et irréalisables. La jeune femme sentit une vague d’angoisse l’envahir, et ses yeux commencèrent à piquer. Elle se frotta les paupières et se releva, et se mit à marcher le long des couloirs. S’apitoyer sur son sort ne lui servirait à rien. Elle devait rester concentrée sur son objectif. Trouver d’autres idées.

Elle reprit un à un chacun des obstacles qu’elle connaissait. Les gardes. Les caméras. Les badges. Les capteurs biométriques. Le coffre. Elle allait devoir découvrir une solution pour chacun d’entre eux. Inconsciemment, ses pas la ramenèrent au bureau du professeur, et lorsqu’elle s’en rendit compte, elle sut qu’elle devait changer de technique. Elle entra et referma doucement la porte derrière elle.

— Est-ce que ça va ? demanda le professeur.

— À votre avis ?

Il secoua la tête, et laissa s’échapper un soupire.

— J’ai bien réfléchi, professeur, je…

— Appelez-moi Arthur.

Megan leva les yeux au ciel. Elle n’avait pas envie de sympathiser avec lui, mais elle abdiqua, consciente que cela simplifierait probablement leurs relations.

— Arthur, si vous voulez. Quoi qu’il en soit, Arthur, je ne peux pas vous dévoiler mon plan. C’est trop risqué. Pour vous comme pour moi. Mais je pense qu’il me faut effectivement revoir certains détails. Concernant le lecteur de badge, je peux me débrouiller pour en obtenir un qui soit valide. Mais pour les lecteurs d’empreintes biométriques, j’ai besoin de vous.

— Je vous l’ai dit : je ne peux pas vous faire une baguette magique…

— Oui, ça j’avais compris, merci ! Mais si j’avais accès à une personne autorisée. Est-ce qu’il vous serait possible de… je ne sais pas comment, de copier ses empreintes digitales et son iris ?

Le chercheur lui lança un regard étonné, et se gratta machinalement l’oreille. Il réfléchit un instant, et elle l’entendit marmonner ce qui ressemblait à un jargon technique inintelligible. Puis il releva la tête, les yeux écarquillés.

— Ça peut marcher…

— Quoi ?

— Copier les données biométriques. Ça parait farfelu, mais oui je crois que ça pourrait marcher !

— Ça serait possible ? Réellement ?

— Je ne suis pas certain, mais il y a peut-être une solution. Enfin si j’ai raison, cela ne sera pas simple, il me faudra probablement…

— Tout ce que je vous demande c’est que ça marche.

1NdA: Médaille attribuée par la Reine à des membres de la police s’étant distingué·e·s par des faits exceptionnels.

Annotations

Recommandations

Lucivar
Des petits textes pondus au fur et à mesure des idées, dont certains dans le cadre du bradbury du confiné.
148
425
581
137
Khia
Recueil de nouvelles rédigées dans le cadre du Challenge le "Bradbury des confiné(e)s"
94
145
397
84
korinne
Réponses au défi "Bradbury des confiné(e)s"
un défi par semaine jusqu'à la libération...

Semaine 1 - À dos les sens
Semaine 2 - La bonne affaire
Semaine 3 - Ainsi font font font...
Semaine 4 - La dernière pluie.

"Le Bradbury des confiné(e)s" devient le "Bradbury déconfiné" :))

Semaine 5 : Pourquoi ?
Semaine 6 : La prophétesse
Semaine 7 : T'es toi
Semaine 8 : Un coup de génie
Semaine 9 : L'artiste engagé
Semaine 10 : Trahison
Semaine 11 : La crise
Semaine 12 : Tous écolos
Semaine 13 : Cheminement
Semaine 14 : Obsession
Semaine 15 : Myrton
Semaine 16 : Sagesse ancestrale
219
495
491
51

Vous aimez lire Eric F. Oakenart ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0