4.

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Il avait convoqué son plus fidèle ange. Satanas, l’avait-il nommé. Des millénaires qu’il lui confiait des missions, et pas une seule n’avait pas été correctement achevée ; aux grands maux, les grands moyens. Le travail était clair et précis : elle devait mourir. Celle qui chérissait tant la vie, finirait si malheureuse que son seul désir sera d’y mettre une fin. Et il serait enfin libéré de cette emprise étrange et bénéfique qu’elle exerçait sur lui.

Ainsi, Satanas et ses compères s’étaient jetés dans le gouffre de la vie afin de tourmenter cette fille. Ils s’infiltrèrent en elle, et perturbèrent son quotidien. En un temps record, elle avait perdu son petit-ami, sa meilleure amie s’était détournée d’elle, on l’avait licencié, et même sa mère n’avait pas été épargnée. Depuis son trône, il observait ses suppôts œuvré et au fond de lui, il ressentit une douleur biscornue. Curieusement, la voir triste ne le réjouissait pas. Et quand bien même son monde était redevenu comme avant, calmant les élans belliqueux de ses sous-fifres, lui était bien différent. Comme si soudainement, le poids des âmes qu’il avait dérobé se faisait subitement présent. Et pesant. D’un œil meurtri, il observait comme elle pleurait tous les soirs, martyrisée par les méfaits de ses larbins.

Et enfin, le moment fatidique était arrivé. Pour se faire, elle avait décidé de se pendre. Horrifié, et s’agrippant avec force à son trône, il regardait comme elle nouait le nœud coulant. De sa voix cristalline, elle fredonnait cette mélodie que sa mère avait pour habitude de lui chanter avant d’aller dormir. Une larme roula le long de sa joue, et un sourire fatigué déforma son visage. Puis elle grimpa sur le tabouret, accrocha la corde, et l’enfila autour de son cou. S’en était trop pour lui. Il ne pouvait pas la voir mourir, il ne voulait pas qu’elle le rejoigne dans cet endroit froid, et violent. Elle ne survivrait pas à sa deuxième mort, celle perpétrée par les Dévoreurs. Jamais il n’accepterait de la voir errer à travers les marécages aux effluves nauséabonds, dans les plaines glacées ou à travers le brouillard noir où attendaient les charognards. Elle était trop bonne, trop pure pour ce funeste destin.

Alors il avait commis l’irréparable— d’un seul geste, il avait ramené Satanas et son horde auprès de lui, et avait empêché sa mort. Au moment où elle avait sauté du tabouret, la corde s’était automatiquement rompue, et elle avait atterrit sur une surface douce au lieu du bêton de sa cave. Mais les conséquences de son acte avaient été immédiates. En façonnant son monde, il avait créé des règles que lui-même ne pouvait pas abroger. L’une d’entre elles résidait dans le fait qu’il ne pouvait en aucun cas sauver la vie d’un humain. Son rôle était uniquement de tuer, et de semer le chaos que ce soit sur terre ou ici. En sauvant cette fille, il renonçait à tout ce qu’il avait accompli depuis des lustres. Il abandonnait son pouvoir, ses créations, son titre de maître. Il abandonnait tout, pour mourir et se rabaisser au statut d’âme en peine.

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