1.

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Il n’avait pas de nom. Enfin, il en avait certainement eut un à un moment donné, mais il était si vieux que plus personne ne s’en souvenait. Alors, lorsque l’on désirait y faire référence, on utilisait tout un tas de synonymes ou de métonymies, même si on évitait de l’évoquer. Sa nature en effrayait plus d’un et pour cause ! Il avait édifié son empire sur toute créature vivante. Et quand bien même son essence en perturbait plus d’un, c’était probablement le mystère qui subsistait autour de lui qui fascinait et terrifiait à la fois. Comment était-il apparu ? Personne ne le savait. Tous ceux susceptibles d’avoir la réponse avaient déjà rejoint sa grande collection. Il n’avait pas de forme à proprement parler, il n’était nulle part et partout à la fois. C’était certainement ce qui inquiétait le plus : savoir que l’on était épié, analysé dans les moindres détails. Ce grand œil vagabondait à travers sa création, et il se manifestait de différentes façons— quand il se sentait d’humeur, le ciel se dégageait, adoptant simplement une teinte grisâtre triste. Mais lorsque sa colère grondait, le vent devenait glacial et tout s’assombrissait comme s’il s’agissait du début de l’apocalypse.

Dans ce monde aux tonalités grises où la désolation régnait en maître, l’on pouvait entendre des cris et des grincements de dents. Tel un supplice, ces âmes tourmentées erraient sans but aucun ; ainsi l’avait-il décidé. Son plaisir consistait à se nourrir du désespoir des uns, et de la misère des autres. Assis sur son trône érigé au-dessus d’une hécatombe, il surplombait ce monde détruit, composé de grandes plaines désertiques, où les Dévoreurs qu’il avait lui-même fabriqué à base de soufre et de poix bouillante, avalaient d’un geste sec les malheureux qui croisaient leur chemin. Leur faim était insatiable, comme la Sienne d’ailleurs. Mais un Dévoreur n’était rien d’autre qu’une âme s’étant battue pour s’affirmer. Et le prix à payer pour cette apparente suprématie était de vivre avec les craintes, les désirs inassouvis, et l’agonie de leurs victimes. Parce qu’une fois arrivé dans ce monde déchu, la tourmente était le seul état d’âme capable d’être ressenti.

Ah ! qu’il aimait ce monde confectionné de toute pièce, où le temps, l’espace et même la matière se soumettaient à son bon vouloir. Il inspirait la crainte, la peur, l’effroi ! "Prince des Ténèbres" ainsi commençaient les prières et les supplications pour s’attirer sa clémence. "Pauvres fous" riait-il. N’avait d’égale son absence de miséricorde que sa passion pour la destruction de l’essence vivante. A son sens, il se fallait être implacable pour gouverner comme il le faisait ; une main de fer dans un gant d’acier. Et cette méthode avait porté ses fruits puisque voilà des millénaires qu’il martyrisait les espèces vivantes. Sa simple évocation en faisait trembler plus d’un, car tout ce que l’on connaissait, avec lui prenait fin.

Telle une boîte de Pandore, il affublait le monde vivant des pires maux ; les maladies, les guerres, et autres calamités provoquant la mort de millions de personnes. C’est à lui qu’on devait les génocides, les attentats, lui qui manipulait ces êtres inférieurs pour qu’ils se détestent avec virulence au point de recourir à ces méthodes barbares et inhumaines. Toutefois, il arrivait que parfois il s’ennuie, alors il se penchait au-dessus du gouffre de la vie, et observait attentif les gens qui défilaient devant lui. Là-bas, tout était beau et paisible. D’un œil méthodique, il choisissait sa prochaine cible. L’avantage, c’est qu’il ne faisait pas dans la superficialité ni dans le racisme puisqu’une victime était pour lui comme un nouveau jouet et il y avait de la place dans cette grande crypte. Alors, il envoyait ses petits anges, des créatures métamorphes et invisibles qui généralement aimaient prendre la forme de chuchotements. Ils pénétraient par les oreilles, paralysaient le corps et chamboulaient l’esprit. Tel un champignon parasite, ils s’infiltraient au plus profond de leur hôte, se nourrissant de ses rêves et aspirations, ne laissant derrière eux que mélancolie et désolation. Ils devenaient de petites voix sombres, murmuraient des mots ci et là. "Ta vie est misérable", "personne ne veux de toi", "le monde ne s’arrêtera pas de tourner si demain tu n’étais plus là". Telles étaient leurs armes puissantes et accablantes. Et une fois ces idées noires implantées, Lui attendait patiemment que la proie succombe. La capacité des humains à mettre fin à leurs jours résultait captivante.

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