Episode 6

4 minutes de lecture

Logan regarde le corps de sa mère sur la civière. Elle est morte. Elle ne pourra plus lui passer la main dans les cheveux en lui disant que tout ira bien quand il la réveillait en pleine nuit après avoir mouillé ses draps. Elle est morte et c’est de sa faute. Il conduisait, ils étaient en retard, un carrefour, un camion. Les souvenirs sont flous : la voiture qui vole, les tonneaux et le corps sans vie de sa mère. Impossible de bouger, impossible de lui venir en aide. Il est bloqué au côté du cadavre qui se vide peu à peu de son sang. Il vient de perdre la seule personne pour qui il avait du respect, peut être même de l’affection. Qu’allait-il faire maintenant ?

L’ambulance arrive accompagnée des voitures de police. Un jeune officier s’occupe de lui pendant que les médecins urgentistes constatent l’état de sa mère et du conducteur de camion. Il n’a qu’une commotion et des côtes cassées et le routier qu’une arcade fracturée. Logan est escorté à l’hôpital et l’officier Cosby patiente avec lui jusqu’à ce que son père arrive. Le policier est souriant, attentionné, tout le contraire de son père.


***


Six mois ont passé et Logan est témoin de la déchéance de son père. Verres après verres, cigarettes après cigarettes, le veuf sombre dans les méandres d’une souffrance dont il n’arrive pas à faire le deuil. Ses yeux sont vides sauf quand il les pose sur son fils. Logan a bientôt dix-sept ans et ne supporte plus le dégoût qu’il lit dans le regard de son père. Les deux hommes cohabitent dans la ferme familiale où l’absence de la femme qu’ils chérissaient se fait chaque jour plus pesante. Les cadres photos sont au sol, éparpillés dans des bris de verre tranchants. Le frigo est vide, la poussière jonche le parquet en boulettes sales, les bouteilles d’alcool s’entassent à même le tapis, tout comme les cendres débordant depuis longtemps des cendriers. Logan se réfugie dans le jardin, ramasse quelques brindilles et allume un feu. Les flammes crépitantes font éclater les branches pleines de sève, seul bruit dans cette campagne lugubre. Il regarde fasciné le petit feu qui par un jeu de perspectives semble dévorer la grande bâtisse en arrière-plan.


***


Logan rentre chez lui après le lycée et trouve son père ivre mort sur le parvis. Il ne prend même pas la peine de l’aider. Il grimpe dans sa chambre et s’empresse de sortir son nouvel achat : un couteau de chasse. Sa main caresse le manche en cuir avec amour puis il sort discrètement par la fenêtre et court vers la forêt. Après quelques tentatives infructueuses, il attrape un écureuil dont il découpe les membres un à un, chaque cri de l’animal provoquant des frissons de plaisir. Il laisse le cadavre à la merci des charognards, et retourne dans sa chambre, non sans avoir jeter un dernier coup d’œil à son œuvre.


***


La ferme est en flamme. Un accident. Un mégot oublié, une flaque d’alcool, tout est aller si vite. Logan a désormais dix-huit ans et s’émerveille du pouvoir de destruction des langues orange qui avalent peu à peu sa maison. Il est libre. Logan feint les pleurs devant l’assistante sociale qui est venu le chercher et monte docilement dans la voiture. Il regarde par la fenêtre son ancienne vie partir en cendre, le couteau de chasse bien au chaud dans sa poche. Dans le salon en feu, le cadavre de son père carbonise, affalé sur le vieux canapé.


***


Premier trimestre de l’école de police, Logan a du mal à se faire des amis. Il est le plus doué de sa promotion mais peine à sociabiliser, particulièrement lors des soirées alcoolisées. Après quelque temps d’adaptation, il devient le bout en train de la classe. Les seules moqueries dont il est la « victime », sont celles de ses camarades qui s’étonnent qu’il ne réponde pas tout de suite quand on l’appelle, « à croire que t’as changé de prénom, Chase ! ». Il ne tarde pas à devenir le petit favori de ses professeurs. Il se porte même volontaire pour une enquête sur des incendies criminels, le pyromane étant assez habile pour ne pas se faire prendre. Chez lui, les cadavres démembrés d’animaux s’entassent au fond du jardin, dernières traces des rituels quotidiens auxquels il s’adonne en rentrant des cours.


***


Lors d’une visite des postes de police du comté, Logan aperçoit de loin l’officier Cosby. Son visage lui est familier mais il n’arrive pas à se souvenir d’où il a bien pu le rencontrer. Il se désintéresse de lui lorsqu’il le voit grimper dans une voiture. Au volant, une femme, dont il entrevoit le beau visage par la fenêtre conducteur. Tout lui revient. L’accident, sa mère, le policier. Il rentre chez lui et démembre le chien qu’il a kidnappé sur le chemin du retour. Le sang de l’animal gicle sur son visage sous les coups rageurs du garçon. Il met du cœur à l’ouvrage mais le plaisir est absent. Logan a besoin de quelque chose de plus fort. Logan est prêt et Logan veut tuer Lucie.


***


Les mains pleines de sang, Logan admire sa première victime humaine. Jamais il ne s’est senti aussi puissant. Jamais le plaisir n’a été aussi intense. Il positionne les membres découpés dans une position grotesque de pantin, récupère les globes oculaires et laisse derrière lui Lucie baignant dans une flaque écarlate. Il ne lui reste qu’une chose à faire. Il s’empare d’une boîte à chaussure, dépose délicatement son trophée et la lettre destinée à l’officier Cosby. Il est impatient d’être demain mais sait qu’il doit attendre. Chaque chose en son temps, Logan est un chasseur méticuleux qui ne fait pas d’erreur.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Enigma


Juliette a décidé de partir. Elle déteste ses études, ses parents, concentrés sur leur boulot, l’avocate et le banquier, comme elle les appelle, n’ont plus de temps à lui consacrer. Son père l’a forcée à intégrer une grande école de commerce. Comment peut-il être à ce point aveugle ? Comment peut-il même une seule minute, l’imaginer dans ce domaine ? Il n’a rien compris à sa propre fille !
Elle leur laisse un mot sur le frigo, ils ne communiquent plus que par textos ; mais là, elle veut se laisser une longueur d’avance. Une fois, là-bas, ils n’auront pas le temps de venir la chercher et ils se parleront par écrans interposés. Elle y arrive mieux comme ça de toute façon, elle ne peut pas les affronter en face, c’est au dessus de ses forces.
Elle rejoint ses amis d’enfance, restés à Marseille, tandis qu’elle déménageait à Paris à la fin du collège. Elle glisse dans sa valise, en plus de quelques vêtements, un carnet de croquis, ses pastels, de l’aquarelle. Sur elle, son portable et son casque, objets indispensables qui ne la quittent pas. Elle hésite mais finalement se saisit de son roman en cours de lecture : "L'étranger" de Camus, malgré la certitude que ses potes se moqueront de ses étranges occupations d'intellectuelle.
Les inséparables de l’époque ont tous abandonné leurs études et vivent de petits boulots. Manon et Pauline, désavouent les promesses faites dans l’enfance de devenir des femmes libres et autonomes. Juliette compte bien les leur rappeler.
Le voyage en train est assez spécial. Ce virus apparu en Chine et qui se répand dans le monde en faisant de nombreuses victimes stresse tout le monde. Certains personnes portent des masques ce qui rend l’ambiance anxiogène. Juliette a hâte d'arriver à destination.
A son arrivée, elle découvre les petites cachotteries de ses copines : Manon entretient une relation avec un homme marié, beaucoup plus âgé et va de déconvenues en déconvenues. Blonde sexy, aux formes avantageuses, elle paraît beaucoup plus que ces dix-neuf ans et attire ce genre de messieurs. Juliette ne comprend pas pourquoi elle persiste dans cette voie sans issue. Quant à Pauline, avec son physique de madone italienne, brune gracile à la peau claire et aux yeux de braises, elle collectionne les amants.
Entre ses deux copines, Juliette se demande si elle est normale. L’adolescente se trouve moche et grosse, ses yeux bleus ne font craquer personne. Elle ne supporte plus ses cheveux bouclés. Elle les a d’ailleurs coupés très courts il y a quelques semaines, cet acte ayant suscité des remarques contradictoires dans son entourage. Contrairement à ses copines, elle n’a pas d'amoureux. Pour leur donner le change, elle a inventé une vague histoire avec un certain Timothé.
Sa désapprobation ne l’empêche pas de les suivre malgré tout dans leurs pérégrinations nocturnes. Ses parents ont essayé de l’appeler plusieurs fois, elle ne leur parle que par message. Son père est furieux et veut venir la chercher. Il lui a envoyé un mail incendiaire déplorant son année gâchée et le possible renvoi de l’école. Sa mère s’inquiète de cette nouvelle maladie la COVID-19 et voudrait la voir revenir surtout depuis qu'il est question d'un possible confinement de la population. Elle leur a répondu longuement ce matin pour expliquer son désir de changer de voie.
Elle n’arrive pas à penser à autre chose depuis, appréhende leur réaction. Ce soir, dans la discothèque, le bruit lui vrille les oreilles, le rap est omniprésent, elle ne supporte plus d’entendre ce flot agressif.
- Putain mais qu’est-ce que je fous là !
Juliette s’en veut de penser que cette boîte est remplie de dégénérés. Les corps se frôlent sur la piste, les regards sont insistants, certaines filles sont fringuées, maquillées comme des pétasses. Les hommes apostrophent les « biatches » qu’ils trouvent « trop bonnes ». L’atmosphère est surchauffée, la jeune fille se trouve mal, comme détachée du moment présent. Elle ressent un vertige général, son cœur se met à battre de plus en plus vite, il faut qu’elle sorte de là ! Elle attrape un copain de la bande par le bras, lui demande de l’aide. Une fois dehors, l’air frais la requinque un peu, mais elle éprouve toujours cette sensation de flottement.
- On t’a mis un truc dans ton verre, c’est pas possible ! Ça va ? Tu veux de l’eau ? s'inquiète le garçon.
- Non, c’est pas ça. T’inquiète. Mais ramène-moi, s’te plaît, implore Juliette.
Ces derniers jours ont été une torture. Le vide intersidéral occupe toute la place dans la tête de ses potes, obnubilés par les vies des stars de télé-réalité « Les Anges » et autres insanités qu’elle s’est toujours refusé à regarder.
Les soirées du groupe sont rythmées de fumette et d’alcool. Manon et son homme marié qui a l’âge de son père et maintenant Pauline qui leur a annoncé qu'elle était enceinte ! Juliette ne peut s’expliquer sa décision d'avoir un môme à dix-neuf ans. Pour elle, l’avenir de la jeune femme est tout tracé : bobonne à la maison avec trois mioches. Son copain ne vole pas haut, serveur dans un bar de quartier, un peu macho sur les bords, il se la joue, homme de la situation. La jeune fille a de la peine pour son amie, d’autant plus que cette dernière possède les capacités pour réussir mais son environnement la tire vers le bas.
C’en est trop pour Juliette, elle ne veut plus rester avec eux, elle ne rentrera pas non plus chez ses parents. Elle veut être libre de choisir. Elle pense se réfugier chez sa grand-mère dont la maison n’est qu’à quelques kilomètres.
- Qu’est-ce que tu fous Juliette ? s’inquiète Manon, la voyant faire sa valise.
- Je m’en vais. J’en ai trop marre de vous voir faire que des conneries ! rugit Juliette qui n'arrive plus à se contrôler, les larmes au yeux, les battements de son cœur retentissent jusque dans son crâne.
- T’as craqué ou quoi ? Tu me parles pas comme ça ! siffle Manon entre ses dents, quelles conneries ?
- Vous vous foutez en l’air, tous. Vous baissez les bras et vous vous contentez de cette vie de merde ! vocifère Juliette emportée par le torrent de ses émotions, tu réalises que c’est une famille que tu vas détruire en t’agrippant à ce mec !
- J’m’en bats l’œuf. J’pense à moi d’abord ! Il m’a dit qu’il allait quitter la daronne, qu’il n’en pouvait plus de ses marmots et de sa tronche.
- Tu sais ça m’étonnerait qu’il laisse ses enfants comme ça, il tire son coup avec toi et puis c’est tout. Tu vas encore souffrir ! Putain, laisse-le tomber. Inscris-toi à la fac de droit comme tu l’avais envisagé, ne sois pas bête.
- Ça sert à rien les diplômes, j’vais pas me frapper cinq ans d’études pour finir caissière. Ma mère n’a pas les thunes et j’peux plus la supporter de toute façon. Faut que j’me casse ! Et puis toi, la grosse bourg, tu te calmes ! On est pas assez bien pour toi ? C’est sûr que tu as le choix, toi, entre ton appart du seizième et la villa de ta mémé friquée. D’ailleurs, je vois pas ce que tu fous ici ! T’y’a cru quoi, là ? Va faire tes dessins de merde et lire tes bouquins pourris ! Avec tout ça, tu n’es même pas foutue de te trouver un mec !
Manon lui crache à la figure ce qu’elle a toujours pensé. Juliette a le cœur cassé en mille morceaux.
17
46
186
12
LaudaQuoi
Ma première participation au Prix Pépin.

Pour en savoir plus sur ce concours de micro nouvelles, voir ici > https://www.scribay.com/talks/19005/prix-pepin-2020

Image de couverture : Image par simisi1 de Pixabay
4
3
0
0
Didi Drews
Val-de-Marne, dans un monde semblable au nôtre. Le « Boucher des jolis cœurs », tueur en série insaisissable, se rend auprès de l’inspecteur Lucien Damartiel, flic au passé trouble qui débarque tout juste en ville. Mais des ombres planent au-dessus de l’inspecteur, et quand il a droit à une agression salée sur le chemin du retour, il fait la rencontre de Damien et Mia, les deux gérants d’un bar aux allures clandestines, à deux pas de chez lui.

C’est alors que Matthieu Langevin, petit malfrat sans grande envergure, a la mauvaise idée de se faire tabasser à mort dans la cour d’un petit restaurant de Vincennes. Car ce meurtre sordide, mais a priori banal, porte la signature de la pire bande criminelle du coin : un réseau de contrebande dont le chef, héritier d’une lourde histoire familiale, a été récemment libéré de prison, sans que lui-même ne sache par qui ni pourquoi. Pour couronner le tout, Lucien a la joie contenue de reconnaître deux nouveaux amis dans la foule de visages criminels, prêts à torpiller sa carrière, ou à lui coûter la vie, cela reste encore à voir…

Kamel Sayad, de son côté, traîne dans les pattes d’une jeune procureure adjointe aux intentions obscures. Sa route croisera bien vite celle de Lucien, quand ils se retrouvent tous deux empêtrés au centre de sales embrouilles, à la veille d’embraser les milieux criminels franciliens…

Et si tout cela était l’œuvre d’un vaste complot ? À qui profite le crime ? L’agression de Lucien était-elle fortuite ? Quel lien un tueur en série déchu peut-il bien cultiver avec le crime organisé ? Plus important encore : comment Lucien et Kamel se sortent-ils de leur soupe à problèmes respective ?
60
168
570
146

Vous aimez lire Claire Zuc ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0