Episode 3

4 minutes de lecture

Le Marionnettiste observait ses proies potentielles, une de ses parties préférées de la chasse. Il avait opté pour un supermarché et guettait les clientes sur le parking, espérant trouver la perle rare. Des blondes, des rousses, des grosses, des fines, aucune ne lui faisait envie. Il commençait à perdre patience. Après deux heures d’attente silencieuse, il repéra cette femme brune, d’une quarantaine d’année, poussant son caddy avec difficultés. Une montagne d’achat lui bloquait la vue et elle avait du mal à diriger son chariot. Une cible facile, il commençait à avoir l’habitude de détecter les faibles. Il détailla les traits de sa future victime et lui trouva une ressemblance grotesque avec ceux de sa mère. Il secoua la tête pour ôter cette vision déplacée et enfila son masque jovial.

« Bonjour, laissez moi vous aider. Vous n'allez pas pousser ça toute seule ! »

En une seule phrase, il avait déjà établi l’ordre de dominance. Il avait prit le chariot des mains et la cliente, surprise, fut contrainte d'accepter.

« C’est bien aimable de votre part, jeune homme. J’achète toujours trop de choses en oubliant que je dois pousser le chariot jusqu’à la voiture ! Haha, que je suis étourdie parfois…

- Pour vous dire la vérité, je fais pareil ! Les promotions de ce magasin sont juste irrésistibles…

- Vous aussi vous êtes de cet avis ? Incroyable ! Je viens ici tous les jeudis et à chaque fois c’est le même cirque… Pourtant ça me rend heureuse d’acheter toutes ces choses. J’ai hâte qu’octobre arrive pour refaire mon stock de décoration d’halloween ! »

Il continua cette conversation vide, notant les moindres petites informations que sa proie lui donnait sans même se méfier. Les humains étaient différents des animaux, il fallait les amadouer, les faire rire, les convaincre de votre inoffensivité. C'était un exercice difficile dans lequel il excellait. Il était passé maître dans l’art de mentir et de jouer la comédie, laissant ses victimes abaisser leur garde, inconscientes du danger. Pour preuve, cette femme en était déjà à lui raconter son quotidien, persuadée qu’il était comme elle. Les humains étaient pitoyables, fragile, répugnants, jamais il ne pourrait être comme eux. Il garda son sourire et après un dernier trait d’esprit prit congé. La chasse avait commencé. Il connaissait sa proie mais il avait encore d’autres choses à régler et l’une d’elles était de s’assurer que le Sherif Cosby soit prêt le moment venu.

***

Mathilda aimait rendre visite à David. Elle ne s’était jamais mariée, n’avait pas d’enfants ni de famille proche. En revanche, elle s’était prise d’affection pour ce jeune officier qui avait pris ses fonctions en même temps qu’elle, il y a des années de ça. Elle l’avait vu se faire sa place au poste de police avec son autorité et charisme naturel. Et ce fameux jour, c’était elle qui lui avait demandé de tenir son poste le temps d’une course. Lorsque le premier colis était arrivé, c’était David qui l’avait réceptionné, et, pris de court, il n’avait pas su appliquer la marche à suivre. Qui pouvait l’en blâmer, ce n’était pas son boulot ! Quand elle était revenue, son fauteuil était vide et elle s’apprêtait à passer un sacré savon à ce David Cosby. Mais avant qu’elle n’ait pu assouvir cette envie, elle apprit la nouvelle. Elle avait été dévastée. Elle adorait Lucie et elle aimait à penser que c’était réciproque, que ce gentil couple l’avait plus ou moins adoptée. Les larmes avaient coulé, laissant sur ses joues ridées des traces de maquillage bon marché. Elle avait ensuite conduit jusqu’à la maison des Cosby, pour y découvrir David, ivre, son Colt dans la main. Elle avait su qu’il était déterminé à mettre fin à ses jours, sans un regard en arrière, sans penser à elle.

Il n’avait pas fermé la porte d’entrée, ainsi ne s’était-il pas étonné de la voir débarquer comme à son habitude : dans un tourbillon de tissus bigarrés. Mais il n’avait pas eu le cœur à lui en faire la remarque. Il avait simplement pris le Colt et ouvert grand la bouche pour placer le canon entre ses lèvres. Mathilda lui avait alors sauté au cou, criant à plein poumons. La perte d'équilibre les avait fait tous les deux tomber au sol et l'arme avait glissé hors de portée. Puis, il étaient restés ainsi de longues minutes, à même le parquet, sans dire un mot. Seuls leurs sanglots résonnaient à l'unisson dans le silence opressant de la maison vide.

« Comment peux-tu être si égoïste David ! Ne m’abandonne pas, pas maintenant. »

Depuis ce jour, Mathilda passait quotidiennement voir David. Cela lui faisait du bien autant qu’à lui, même s’il ne lui avait jamais avoué. Elle avait été là à toutes les étapes infructueuses de l’enquête, était devenue peu à peu le seul pilier stable dans la vie du jeune officier devenu Sherif. Elle avait essayé de l’aider mais il voulait résoudre cette affaire seul. Ces meurtres, c'était une affaire personnelle. Il l'avait pourtant appelée pour lui demander de l’accompagner rencontrer les familles des victimes car il se sentait incapable de le faire seul.

Désormais, Mathilda connaissait les failles mais aussi les forces de son ami. Quand elle avait fait la connaissance de Chase, une lueur d'espoir s'était allumée dans son âme. Elle en était persuadée, le jeune homme ne serait pas simplement la nouvelle recrue, il deviendrait lui aussi un pilier important de la vie du Sherif.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
Enigma


Juliette a décidé de partir. Elle déteste ses études, ses parents, concentrés sur leur boulot, l’avocate et le banquier, comme elle les appelle, n’ont plus de temps à lui consacrer. Son père l’a forcée à intégrer une grande école de commerce. Comment peut-il être à ce point aveugle ? Comment peut-il même une seule minute, l’imaginer dans ce domaine ? Il n’a rien compris à sa propre fille !
Elle leur laisse un mot sur le frigo, ils ne communiquent plus que par textos ; mais là, elle veut se laisser une longueur d’avance. Une fois, là-bas, ils n’auront pas le temps de venir la chercher et ils se parleront par écrans interposés. Elle y arrive mieux comme ça de toute façon, elle ne peut pas les affronter en face, c’est au dessus de ses forces.
Elle rejoint ses amis d’enfance, restés à Marseille, tandis qu’elle déménageait à Paris à la fin du collège. Elle glisse dans sa valise, en plus de quelques vêtements, un carnet de croquis, ses pastels, de l’aquarelle. Sur elle, son portable et son casque, objets indispensables qui ne la quittent pas. Elle hésite mais finalement se saisit de son roman en cours de lecture : "L'étranger" de Camus, malgré la certitude que ses potes se moqueront de ses étranges occupations d'intellectuelle.
Les inséparables de l’époque ont tous abandonné leurs études et vivent de petits boulots. Manon et Pauline, désavouent les promesses faites dans l’enfance de devenir des femmes libres et autonomes. Juliette compte bien les leur rappeler.
Le voyage en train est assez spécial. Ce virus apparu en Chine et qui se répand dans le monde en faisant de nombreuses victimes stresse tout le monde. Certains personnes portent des masques ce qui rend l’ambiance anxiogène. Juliette a hâte d'arriver à destination.
A son arrivée, elle découvre les petites cachotteries de ses copines : Manon entretient une relation avec un homme marié, beaucoup plus âgé et va de déconvenues en déconvenues. Blonde sexy, aux formes avantageuses, elle paraît beaucoup plus que ces dix-neuf ans et attire ce genre de messieurs. Juliette ne comprend pas pourquoi elle persiste dans cette voie sans issue. Quant à Pauline, avec son physique de madone italienne, brune gracile à la peau claire et aux yeux de braises, elle collectionne les amants.
Entre ses deux copines, Juliette se demande si elle est normale. L’adolescente se trouve moche et grosse, ses yeux bleus ne font craquer personne. Elle ne supporte plus ses cheveux bouclés. Elle les a d’ailleurs coupés très courts il y a quelques semaines, cet acte ayant suscité des remarques contradictoires dans son entourage. Contrairement à ses copines, elle n’a pas d'amoureux. Pour leur donner le change, elle a inventé une vague histoire avec un certain Timothé.
Sa désapprobation ne l’empêche pas de les suivre malgré tout dans leurs pérégrinations nocturnes. Ses parents ont essayé de l’appeler plusieurs fois, elle ne leur parle que par message. Son père est furieux et veut venir la chercher. Il lui a envoyé un mail incendiaire déplorant son année gâchée et le possible renvoi de l’école. Sa mère s’inquiète de cette nouvelle maladie la COVID-19 et voudrait la voir revenir surtout depuis qu'il est question d'un possible confinement de la population. Elle leur a répondu longuement ce matin pour expliquer son désir de changer de voie.
Elle n’arrive pas à penser à autre chose depuis, appréhende leur réaction. Ce soir, dans la discothèque, le bruit lui vrille les oreilles, le rap est omniprésent, elle ne supporte plus d’entendre ce flot agressif.
- Putain mais qu’est-ce que je fous là !
Juliette s’en veut de penser que cette boîte est remplie de dégénérés. Les corps se frôlent sur la piste, les regards sont insistants, certaines filles sont fringuées, maquillées comme des pétasses. Les hommes apostrophent les « biatches » qu’ils trouvent « trop bonnes ». L’atmosphère est surchauffée, la jeune fille se trouve mal, comme détachée du moment présent. Elle ressent un vertige général, son cœur se met à battre de plus en plus vite, il faut qu’elle sorte de là ! Elle attrape un copain de la bande par le bras, lui demande de l’aide. Une fois dehors, l’air frais la requinque un peu, mais elle éprouve toujours cette sensation de flottement.
- On t’a mis un truc dans ton verre, c’est pas possible ! Ça va ? Tu veux de l’eau ? s'inquiète le garçon.
- Non, c’est pas ça. T’inquiète. Mais ramène-moi, s’te plaît, implore Juliette.
Ces derniers jours ont été une torture. Le vide intersidéral occupe toute la place dans la tête de ses potes, obnubilés par les vies des stars de télé-réalité « Les Anges » et autres insanités qu’elle s’est toujours refusé à regarder.
Les soirées du groupe sont rythmées de fumette et d’alcool. Manon et son homme marié qui a l’âge de son père et maintenant Pauline qui leur a annoncé qu'elle était enceinte ! Juliette ne peut s’expliquer sa décision d'avoir un môme à dix-neuf ans. Pour elle, l’avenir de la jeune femme est tout tracé : bobonne à la maison avec trois mioches. Son copain ne vole pas haut, serveur dans un bar de quartier, un peu macho sur les bords, il se la joue, homme de la situation. La jeune fille a de la peine pour son amie, d’autant plus que cette dernière possède les capacités pour réussir mais son environnement la tire vers le bas.
C’en est trop pour Juliette, elle ne veut plus rester avec eux, elle ne rentrera pas non plus chez ses parents. Elle veut être libre de choisir. Elle pense se réfugier chez sa grand-mère dont la maison n’est qu’à quelques kilomètres.
- Qu’est-ce que tu fous Juliette ? s’inquiète Manon, la voyant faire sa valise.
- Je m’en vais. J’en ai trop marre de vous voir faire que des conneries ! rugit Juliette qui n'arrive plus à se contrôler, les larmes au yeux, les battements de son cœur retentissent jusque dans son crâne.
- T’as craqué ou quoi ? Tu me parles pas comme ça ! siffle Manon entre ses dents, quelles conneries ?
- Vous vous foutez en l’air, tous. Vous baissez les bras et vous vous contentez de cette vie de merde ! vocifère Juliette emportée par le torrent de ses émotions, tu réalises que c’est une famille que tu vas détruire en t’agrippant à ce mec !
- J’m’en bats l’œuf. J’pense à moi d’abord ! Il m’a dit qu’il allait quitter la daronne, qu’il n’en pouvait plus de ses marmots et de sa tronche.
- Tu sais ça m’étonnerait qu’il laisse ses enfants comme ça, il tire son coup avec toi et puis c’est tout. Tu vas encore souffrir ! Putain, laisse-le tomber. Inscris-toi à la fac de droit comme tu l’avais envisagé, ne sois pas bête.
- Ça sert à rien les diplômes, j’vais pas me frapper cinq ans d’études pour finir caissière. Ma mère n’a pas les thunes et j’peux plus la supporter de toute façon. Faut que j’me casse ! Et puis toi, la grosse bourg, tu te calmes ! On est pas assez bien pour toi ? C’est sûr que tu as le choix, toi, entre ton appart du seizième et la villa de ta mémé friquée. D’ailleurs, je vois pas ce que tu fous ici ! T’y’a cru quoi, là ? Va faire tes dessins de merde et lire tes bouquins pourris ! Avec tout ça, tu n’es même pas foutue de te trouver un mec !
Manon lui crache à la figure ce qu’elle a toujours pensé. Juliette a le cœur cassé en mille morceaux.
17
46
186
12
LaudaQuoi
Ma première participation au Prix Pépin.

Pour en savoir plus sur ce concours de micro nouvelles, voir ici > https://www.scribay.com/talks/19005/prix-pepin-2020

Image de couverture : Image par simisi1 de Pixabay
4
3
0
0
Didi Drews
Val-de-Marne, dans un monde semblable au nôtre. Le « Boucher des jolis cœurs », tueur en série insaisissable, se rend auprès de l’inspecteur Lucien Damartiel, flic au passé trouble qui débarque tout juste en ville. Mais des ombres planent au-dessus de l’inspecteur, et quand il a droit à une agression salée sur le chemin du retour, il fait la rencontre de Damien et Mia, les deux gérants d’un bar aux allures clandestines, à deux pas de chez lui.

C’est alors que Matthieu Langevin, petit malfrat sans grande envergure, a la mauvaise idée de se faire tabasser à mort dans la cour d’un petit restaurant de Vincennes. Car ce meurtre sordide, mais a priori banal, porte la signature de la pire bande criminelle du coin : un réseau de contrebande dont le chef, héritier d’une lourde histoire familiale, a été récemment libéré de prison, sans que lui-même ne sache par qui ni pourquoi. Pour couronner le tout, Lucien a la joie contenue de reconnaître deux nouveaux amis dans la foule de visages criminels, prêts à torpiller sa carrière, ou à lui coûter la vie, cela reste encore à voir…

Kamel Sayad, de son côté, traîne dans les pattes d’une jeune procureure adjointe aux intentions obscures. Sa route croisera bien vite celle de Lucien, quand ils se retrouvent tous deux empêtrés au centre de sales embrouilles, à la veille d’embraser les milieux criminels franciliens…

Et si tout cela était l’œuvre d’un vaste complot ? À qui profite le crime ? L’agression de Lucien était-elle fortuite ? Quel lien un tueur en série déchu peut-il bien cultiver avec le crime organisé ? Plus important encore : comment Lucien et Kamel se sortent-ils de leur soupe à problèmes respective ?
60
168
570
146

Vous aimez lire Claire Zuc ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0