Chapitre 37

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Il évolue dans le noir le plus total. Sans rien pour se guider, sans rien pour se retenir en cas de chute. Des voix se font entendre, des voix lointaines… Elles se mêlent, fusionnent et restent incompréhensibles. De ce brouhaha, une s’élève par moment et il reconnait Maître Cène. Cependant, cela ne dure pas et la voix du vieux professeur se retrouve avalée par cette multitude. Hors de sa portée. Soudain, il percute une surface sur sa gauche et retient un cri. Il n’a pas mal, bien qu’il ait la sensation que le choc se propage dans tout son corps qu’il ne sent pas non plus.

Désireux de poursuivre l’expérience, il tente prudemment un écart dans la direction opposée et y ressent une surface similaire… Un autre mur lui indiquant qu’il arpente un couloir. Un couloir qui se révèle à lui presque instantanément. Il s’agit de celui donnant sur les salles de classe que le jeune Rolf a toujours connues depuis son enfance. Les portes y menant sont fermées et il tend la main pour ouvrir la première qui se présente à lui.

Il l’a à peine entrouverte qu’il suspend son geste alors que s’en extrait un affreux concert de hurlements. Des hurlements qu’il reconnait sans peine, de même que leur terrible contexte. S’y invitent des jappements aussi, auxquels se mêlent les rires vulgaires et stridents des pirates des airs avides de barbaries…

Il referme la porte et tout ceci s’estompe jusqu’à n’être plus que la lointaine et indéchiffrable cacophonie qu’il perçoit depuis qu’il a atterri dans ce cauchemar.

Car il rêve, il le sait maintenant.

Il ouvre la deuxième porte, en grand cette fois, et se retrouve dans cette clairière à la petite colline. Le cadre est le même qu’à leur départ si ce n’est le petit Rolf prostré au milieu de la scène. Il pleure et appelle à l’aide. Il y a aussi une vieille dame à l’orée de la clairière qui l’observe avec une curieuse expression de détresse. Cormack se fige. Il la reconnait aussi. Elle et son regard de supplicié, le même qu’elle lui avait lancé avec cette main tendue aux doigts déformés par la vieillesse. Cette dame qu’il avait abandonnée à son funeste destin du fait de sa lâcheté à bord du transporteur.

Il claque la porte alors que le regard, maintenant mort, de celle-ci se braque sur lui…

Cherchant un souffle qu’il n’a pas, il reprend tant bien que mal sa marche et décide dans un premier temps d’ignorer la porte suivante. Cependant, un rai de lumière se dévoile par l’encadrement et le force à s’arrêter car il reconnait également cette blancheur irréelle. Cette fois-ci, il se précipite pour ouvrir la porte en hurlant le nom de son ami mais celui-ci tend déjà la main vers la sphère. Cormack continue de hurler, bien qu’il ne soit trop tard. Ezéquiel chute déjà vers l’arrière, achevant de tomber dans les bras du Rolf en larmes qui crie encore son nom…

Cormack ouvrit brusquement les yeux avant de se plaquer la main sur la bouche. Pris de panique, il entreprit aussitôt de chercher Ezéquiel du regard avant de pousser un soupir de soulagement. La poitrine se soulevant doucement au rythme de sa respiration, le jeune prince dormait paisiblement à ses côtés. Soupirant de nouveau, le Rolf secoua la tête comme pour en chasser les échos de cet horrible cauchemar qui venait de raviver en lui des souvenirs qu’il doutait pouvoir oublier un jour.

Au-dessus de lui brillait une flopée d’étoiles dans un ciel lumineux. La nuit n’était pas froide bien qu’ils aient allumé un feu quelques kilomètres après avoir émergé de la forêt. Ici, les pins prédominaient et il suffisait de remuer pour que des craquements se fassent entendre sur ce sol parsemé de leurs épines. Les chants des grillons se mêlaient aux crépitements des flammes… ainsi qu’aux ronflements. Sonores et difficilement supportables, les pirates noyaient les gémissements endormis de Gravis Petitpieds dans un concert graveleux plein de renâclements peu ragoutants. Raison probable pour laquelle Caes n’avait pas remarqué le réveil brutal du Rolf. En effet, assis sur un rondin de bois promis à la combustion, le chevalier lui tournait le dos. Plongé dans son tour de garde aussi assurément que ne l’était Maître Cène dans son inconscience.

Depuis leur crash, le vieil homme n’avait plus rouvert les yeux. Il marmonnait pourtant, de temps à autres, des propos incompréhensibles pour tous.

Un rapide coup d’œil aux alentours permit à Cormack de constater que Kappa était manquant. Le chevalier blond devait très certainement patrouiller les alentours à l’affût d’un quelconque danger. Pinçant les lèvres, Cormack se frotta le ventre de la main. La faim le tenaillait car ils n’avaient rien mangé depuis l’attaque sur le transporteur. À ce rythme-là, ils n’allaient pas tenir longtemps.

Pris de pensées moroses ainsi que de l’intention de se soulager, il se leva sans bruit puis entreprit de s’étirer en inspirant profondément. Il se figea… Alors que lui parvenait cette odeur, un frisson remontant du bas du dos jusqu’à la nuque vint agiter ses massives épaules dans un spasme incontrôlable. Une odeur particulière, familière et pourtant indéchiffrable. Cormack la connaissait et n’arrivait pourtant pas à se la remémorer. Un nouveau regard en direction de Caes lui apprit que le chevalier ne s’était rendu compte de rien. Toujours assis sur son rondin de bois, le jeune homme brun semblait perdu dans la contemplation des flammes dansantes. Spectacle hypnotique qui, associé à la fatigue, avait eu raison de sa vigilance constante.

Avisant les alentours, Cormack tenta vainement de percer les ténèbres. Mission rendue impossible par le cercle de lumière dans lequel lui-même et ses camarades se trouvaient. Tel un ilot de clarté en plein milieu d’un désert de noirceur dans lequel pouvait évoluer n’importe quoi sans même qu’ils ne puissent déceler quelques présences. Mais cette odeur…

Le colosse inspira une nouvelle fois, désorienté par les sentiments contradictoires qui le tenaillaient. Cette senteur aurait dû être rassurante, il en était certain. Or, en ce moment même, il n’en était rien… Bien au contraire, elle irradiait le meurtre. Il y avait quelqu’un, tout près. Quelqu’un qui leur voulait du mal et Caes tournait le dos à cette menace bien présente qui ne se montrait pas.

Tendant une main vers le chevalier, Cormack ouvrit la bouche lorsqu’un horrible hurlement retentit. L’attaque fut d’une incroyable rapidité. Bien trop rapide pour Cormack qui tomba à la renverse alors que l’agresseur était déjà sur lui, s’apprêtant à lui fracasser le crâne avec la masse qu’il avait levé au-dessus de sa tête.

La bouche du colosse s’ouvrit en grand mais aucun son n’en sortit. Il leva la main, protection illusoire, contre le coup fatal qu’allait lui asséner le Rolf qui le dominait. Avec un rugissement, le tueur abattit sa massue.


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