34 - Le jeu

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Ses lèvres bien trop proches à présent obnubilaient Haru. Il souhaitait si ardemment les toucher qu’il écoutait à peine les menaces du prince. Celui-ci l’observait maintenant avec malice. Un fin sourire étira le coin de sa bouche. Il se pencha pour murmurer à son oreille.

— Je te laisserai les avoir si tu me dis ce que Lireen sait !

Le jeune loup déglutit, d’un seul coup envahi par son odeur, celle qu’il aimait tant et qui avait un goût de forêt. Le désir pressant de se coller à lui se fit sentir et le garçon eut bien du mal à résister.

— Elle m’a demandé d’où je venais et je le lui ai dit, confessa-t-il le cœur battant la chamade.

Christo se recula d’un coup, ses yeux fumant de colère. Il hésita entre paroles acerbes et punition quand il croisa le vert trop profond de ses prunelles. Il soupira en comprenant qu’il avait perdu avant même d’avoir commencé.

Haru, qui attendait d’avoir sa récompense, se mit sur la pointe des pieds, mais Christo lui prit la main à la place puis le ramena de force à l’intérieur. Il s’amusa finalement de sa tête embêtée. Le garçon méritait bien cette déception pour avoir dévoilé ses origines à une pure inconnue.

— Tu es désappointé ? Mais je ne peux pas te donner les deux mains, ça serait un peu compliqué pour marcher. Tu ne penses pas ?

Le loup rougit violemment devant le quiproquo. Il se tut alors, en songeant que la prochaine fois, il dirait clairement ce qui lui faisait envie, même si une part de lui se refusait à être le plus entreprenant. La paume de Christo lui convenait aussi très bien, il ne pouvait pas le masquer non plus et c’était peut-être même mieux que ses lèvres.

Il avait l’impression de devenir bouillant, ses doigts lui transmettaient une chaleur nouvelle qui remontait jusqu’à ses joues. Une fois dans la verrière, il rechercha Hotto des yeux sans le trouver. Christo le mena dans sa chambre puis referma la porte derrière lui, un peu brusquement.

— À présent, dit le prince. Hotto arrive dans cinq minutes, que souhaites-tu faire ?

Haru se demandait à quoi jouait Christo. Était-ce une forme de torture ?

— J-Je ne sais pas… parvint-il à murmurer alors que sa timidité le rendait plus nerveux que jamais.

Christo afficha son perpétuel petit sourire en coin. Il se moquait légèrement de lui tout en exhibant une aisance agaçante. Il avait lâché sa main pour aller s’asseoir avec élégance sur le lit et l’observait maintenant une lueur taquine dans les yeux.

— Tu ne sais pas ? répéta-t-il lentement en appréciant chaque mot. Moi non plus je ne sais pas.

Il s’amusait assurément de son embarras. Haru ne sut s’il devait bouder ou se laisser emporter par cette joie communicative. Il hésita une seconde avant de le rejoindre sur le lit, toujours aussi gêné. Il s’était placé à l’autre bout. L’intense regard du prince semblait muni de vision X tant il avait l’impression d’être transpercé de part en part par celui-ci. En constatant combien cette situation le faisait rougir, le vampire se rapprocha pour demander au creux de sa nuque.

— Que veux-tu Haru ?

Son souffle chatouillait sa peau au point de lui donner maints frissons. Le jeune homme tenta vainement d’échapper à ces sensations étranges, mais ne put aller très loin à moins de tomber par terre.

— Je… Je ne sais pas, répéta-t-il timidement.

Il essayait de redevenir maître de ses émotions, mais Christo avait pris les devants. Il était si proche que garder la total maîtrise de ses expressions lui parut impossible. Les lèvres du vampire s’étirèrent comme à son habitude, avec un charme envoûteur capable de le capturer tout entier. Haru sous son charme, était hypnotisé par la beauté de ces anneaux argentés qui redoublaient de vivacités. Le prince n’eut aucun mal à deviner le fond de ses pensées. Il se pencha pour lui offrir ce qu’il n’osait pas exprimer à voix haute.

Le loup fut attiré au centre du lit puis soudain plaqué contre le matelas sans qu’il ne puisse rien répliquer, des lèvres ardentes, tendres, sensuelles, se déposèrent sur les siennes. Le loup sentit une chaleur grisante se diffuser partout dans son corps pour venir l’ébouillanter. Il crut que quelque chose clochait en lui tant il désirait se fondre sous ses caresses.

Il aimait tant son odeur que ses bras refusaient de le voir s’éloigner. Le garçon s’imprégnait de sa chaleur enivrante, puis par un mouvement habile, Christo retira sa chemise pour ensuite s’attaquer à la sienne. Le contact de leur peau l’électrisa tout entier. Haru crut exploser de l’intérieur tant la sensation nouvelle le prenait de cours. Il ne pensa bientôt plus qu’à ses mains trop chaudes sur un corps déjà enflammé d’un désir enfoui.

Les joues en feu, il se sentit vite submergé par toutes ces émotions quand la voix d’Hotto résonna jusqu’à eux. Celle-ci les atteignit de plein fouet à travers le mur. Christo releva la tête en soupirant avant de planter ses crocs dans la chair sensible de son cou.

— Ah, gémit le loup qui ne s’y attendait pas.

— Désolé, s’excusa sommairement le prince après l’avoir libéré. C’est soit ça où je ne me contrôle plus !

Haru ne résista pas à sa seconde morsure, laissant la sensation de bonheur l’envahir. C’était encore plus étrange que les autres fois, il avait l’impression qu’une énergie nouvelle renouvelait son corps, puis le vampire desserra la mâchoire. Il l’allongea sur le lit avant de caresser son visage avec toute la douceur dont il était capable.

— Je suis navré, je me suis montré trop violent, mais je n’ai pas réussi à m’apaiser en te voyant t’approcher du vide. Me maîtriser lorsque cela te concerne m’est difficile. Je ne sais pas ce que j’ai, avoua-t-il en déposant sa tête contre sa poitrine.

Le loup ne répondit pas, tout aussi maladroit que lui à calmer l’excitation ressentie durant ces quelques minutes. Au fond, il fut soulagé qu’Hotto soit arrivé pour les couper dans leur élan, car il n’était pas certain de pouvoir refuser les avances du prince. Il se sentait dépassé par les évènements. Remettre en ordre ses pensées semblait pour l’instant impossible. Une chose restait sûre cependant, les baisers du vampire agissaient comme une drogue à laquelle il ne pouvait pas résister.

Malgré tout, au fond de lui murmurait une voix ténue. Elle lui répétait sans cesse que ce qu’il faisait n’était pas dans l’ordre des choses. Peut-être les paroles de Lireen avaient-elles fini par l’atteindre. Christo était le chef de la nation, pouvait-il réellement s’imposer comme son partenaire auprès de cette société qui n’aspirait qu’à le voir fonder une famille ? Les liens de sang étaient prioritaires pour ce peuple qui le suivait les yeux fermés.

— Tu es bizarre, remarqua le vampire en se relevant.

— Est-ce que c’est si important que ça d’avoir un héritier ? demanda finalement le garçon, plus perturbé qu’il ne voulait l’avouer.

Christo plissa les yeux. Il comprit tout de suite ce qui le chagrinait, car son regard s’illumina.

— Lireen t’aurait-elle parlé ?

Le prince se rapprocha pour s’allonger à ses côtés.

— Cela fait des années que les gens désirent me voir fonder une famille, mais comme je te l’ai dit, je suis stérile. Ils peuvent toujours espérer, alors ne t’en fait pas.

Haru eut un mince sourire. Rassuré par ses paroles, il se tourna pour le contempler.

— Est-ce que tu as beaucoup d’amantes comme Lireen ?

— Quelques-unes, avoua le vampire. Mais je n’en ai vu aucune depuis ta venue. Je me sentais mal à l’aise de les ramener au manoir alors que tu étais là avec ton frère. Et puis finalement, je me suis débrouillé sans elles, dit-il en lui faisant un clin d’œil.

Le jeune garçon leva les yeux au ciel sans se laisser déconcentrer, il poursuivit :

— Sont-elles toutes comme Lireen ?

Haru était curieux de connaître celles qui avaient partagé ainsi sa vie. Il n’arrivait pas, malgré ses efforts, à endiguer sa jalousie sur ce temps qu’ils avaient passé ensemble. Christo secoua la tête.

— Elles sont toutes différentes et puis je t’ai un peu menti… il y a des hommes aussi. En vérité l’un ou l’autre ne me dérange pas. Quand je t’ai dit n’aimer que les femmes, c’était pour t’éloigner.

Le prince poussa un fin soupir. Il se remit à caresser tendrement le visage de son loup, ancrant en lui chaque courbe cachée.

— Tu n’as pas à t’inquiéter, tu n’as rien à leur envier.

— Te lasseras-tu de moi comme tu t’es lassé d’eux ? chuchota Haru sans trop oser relever les paupières pour le considérer.

Christo pourtant, plongea directement son regard métallique dans le sien, l’obligeant ainsi à le contempler.

— Notre histoire est tout à fait différente. Ils n’ont jamais été pour moi rien de plus que des pions.

— Des pions. N’en suis-je pas un moi aussi ?

Christo secoua la tête. Il se coucha sur le dos, rivant son attention vers le plafond.

— Pas une seule fois je ne t’ai vu de la sorte. Les pions peuvent être sacrifiés tu sais, mais pas toi, jamais je ne pourrai !

Haru se demanda s’il était sincère. Il voulait tellement croire à ses paroles que son cœur s’emballa. Était-ce une bonne idée pour lui d’espérer une vie à ses côtés ? Christo ne lui permit pas de s’interroger plus longtemps, il se releva avant de se diriger vers la salle de bain.

— Hotto t’attend, tu devrais y aller. Moi, je vais prendre ma douche !

Haru s’exécuta en soupirant, des heures de travail le guettaient pour le préparer à la rentrée, il n’avait plus que deux mois pour être à la hauteur. Il rejoignit donc son instructeur avec appréhension, car il était rare pour sa part de le faire patienter. Celui-ci, en le voyant arriver, afficha un sourire charmeur. Il abaissa ses lunettes sur son nez afin de le considérer avec une attention toute particulière.

— Alors, tu n’aurais pas des choses à me raconter, on dirait bien que tu as réussi à t’immiscer dans les brèches de notre prince !

Haru s’assit à la table sans rien répliquer, rougissant simplement de la remarque.

— Ce… ce n’est pas ce que tu crois !

Il s’empara de son cahier brusquement pour commencer. Parfois, il détestait vraiment Hotto dont la perspicacité avait un côté envahissant. L’enseignant déposa ses verres sur la table, un rire moqueur au bout des lèvres, puis se pencha pour débuter sa leçon.

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