33 - La rivale

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Lireen, en prétextant avoir oublié son sac à main, s’était introduite dans la verrière discrètement. Il lui fallait comprendre la relation qu’entretenait le prince avec Haru. Elle détestait rester dans l’ignorance et partir à la recherche de son opposant lui semblait être son unique option. Elle avait toujours été privilégiée grâce à son statut d’amante, mais aussi, et surtout, parce qu’elle offrait son sang, source cruciale à la vie du régent. Elle n’était pas la seule, bien entendue, et se disputait la place avec dix autres membres. Christo Plum conférait à chacun une part égale de son attention et ils avaient tous fini par trouver un équilibre. Mais l’apparition de ce jeune homme perturbait la donne. Elle ne supportait pas l’idée d’être mise de côté.

Munie de son cellulaire, qu’elle avait dissimulé aux gardes, elle n’avait qu’une photo à prendre pour investiguer sur l’origine du loup. Car s’il y avait bien une chose dans lequel elle était douée, c’était bien pour deviner la nature particulière de ses interlocuteurs.

Elle ne rencontra personne en arrivant en haut, mais grâce à ses compétences, sut quelle voie emprunter, les odeurs et les empreintes étaient si visibles. La porte qui menait à l’extérieur n’était pas verrouillée. Lireen en profita pour effacer sa présence. Beaucoup de monde pensait qu’elle ne savait rien faire d’autre que pavaner, mais en réalité elle avait nombre d’atouts à son arc, surtout dans l’art du camouflage.

Elle suivit les traces qui la menèrent à un sentier. Celui-ci montait légèrement et elle s’arrêta une fois parvenue à un petit bois. Son portable dernier cri lui permettait de prendre de belles photos même en se trouvant, comme à ce moment précis, à au moins dix mètres de sa cible.

La sirène, toutefois, plissa le front en surprenant le sourire radieux de son prince. Il paraissait tout à fait subjugué par ce loup dont elle ignorait tout. Le maître se montrait si séduisant à ses côtés et, bien qu’elle ne puisse entendre ce qu’il se racontait, elle arrivait sans mal à ressentir l’attirance qu’il y avait entre eux.

Elle fit les clichés nécessaires du garçon, son cœur se précipitant à chaque seconde un peu plus dans sa poitrine. Puis le stress lui fit commettre une erreur grave où elle en oublia de masquer sa présence. Ce ne fut que pour une seconde, mais ce fut suffisant pour alerter le vampire qui se releva d’un bond.

La jeune femme comprit qu’à moins de courir, on la repérerait. Elle s’enfonça donc dans le bois afin de brouiller les pistes. Christo la dépassa, il retourna dans le manoir suivi de loin par Haru qui s’arrêta juste devant elle. Lireen savait que son pouvoir était puissant. Il ne pouvait pas la trouver, ni par la vue, ni même par l’odorat, alors pourquoi avait-elle l’impression que d’une manière ou d’une autre, il la voyait ? Une fois que le prince eut disparu, il se tourna vers elle les yeux plissés.

— Je t’ai trouvée parce que les fées t’on montrée du doigt, sourit-il. Je crois que tu es exceptionnelle pour avoir ainsi floué Christo.

Lireen ne s’attendit pas à ce compliment et redevint vite visible. Elle soupira comme une enfant prise sur le fait.

— C’est la première fois que quelqu’un me repère quand je me camoufle. Même les plus fins pisteurs n’y parviennent pas. Les fées tu dis ?

Elle observa autour d’elle sans rien déceler d’anormal et se demanda s’il ne se moquait pas. Elle redressa le torse, puis se tint bien droite afin de se donner de l’assurance.

— Je ne t’aime pas, grogna-t-elle. Et je ne te laisserai pas me le prendre !

Haru ne fut pas réellement touché par ses mots, même si ses épaules se voûtèrent légèrement. Elle le fixa longuement. Lireen put alors se rendre compte de la délicatesse de ses traits, de l’intensité de son regard émeraude bien trop tendre à son goût. Ne ressortait de lui qu’une douceur incroyable et il lui fut de plus en plus difficile de le haïr tout à fait.

— Je sais, dit-il faiblement. Peu de monde arrive à m’aimer.

Les sentiments et la gentillesse qu’il mit dans ses paroles perturbèrent la Seilen bien plus qu’elle ne l’aurait voulu. Il était hors de question qu’elle ait pitié de lui et pourtant, elle voyait déjà son cœur flancher en sa faveur.

— Je trouverai qui tu es. Si tu lui fais du mal, je te détruirai ! conclut-elle d’une voix qu’elle voulait froide.

Le garçon hocha simplement de la tête, puis une rafale balaya la peau sensible de son visage. Lireen fut de nouveau touchée par la vulnérabilité qui se dégageait inconsciemment de lui.

Elle se demanda alors où il était né, car en général les loups ne se montraient pas aussi délicats. Il y avait en ce jeune être une certaine gracilité qui ne pouvait qu’intriguer. Ses traits, malgré un regard perçant, restaient doux au point de vouloir lui offrir toute la volupté du monde. Elle sut tout de suite pourquoi Christo l’appréciait. Il ressemblait à une fleur, fragile, colorée, énigmatique.

— De quel clan faisais-tu partie avant de venir ici ? s’enquit-elle d’une voix bien moins agressive.

— Vent Packet.

Son honnêteté l’a surpris. Le public connaissait ce clan pour être dur en affaire et afficher sa cruauté. Elle eut subitement de la peine pour lui et se raidit, énervée de s’attendrir autant.

— Tu les connais ? demanda le jeune loup sans détourner les yeux.

Elle secoua la tête pour dire non, laissant ses cheveux glisser sur ses épaules.

— De nom seulement. Une guerre se prépare entre les Plums et les Packets. Cela se sent depuis des années, mais la tension est plus que palpable dernièrement. T’a-t-il sauvé, toi aussi ?

Il approuva doucement et Lireen se décrispa. Elle observa la photo qu’elle avait prise puis la lui montra.

— Je peux te détruire avec ça et rendre ta vie impossible, mais je peux aussi faire tout le contraire.

— Christo ne sera pas content, commenta-t-il simplement comme si cet unique point comptait.

— Et toi ? Tu t’en fiches ? Il ne pourra pas te protéger si je la donne aux journalistes avec de mauvaises intentions. Personne n’acceptera cette relation. Les gens réclament une descendance, tu n’as rien de plus à offrir qu’un beau visage alors que moi…

Elle ne finit pas sa phrase, honteuse de le rabaisser de la sorte. Haru ne répondit pas, il observa le sol en songeant aux paroles de Bror. Il lui avait déjà dit la même chose, mais il aimait trop le prince. C’était plus fort que lui, s’éloigner lui était impossible.

— Ce n’est pas grave, je serais là tant qu’il le voudra et je partirai le jour où il me le demandera.

— Ce n’est pas facile de partir, assura la sirène en un sourire désabusé. Mais je comprends ce sentiment. Moi, il ne m’a jamais regardée comme il te regarde, il ne m’a jamais autant souri non plus. Ses caresses ont toujours été froides et la seule chose qu’il m’a offerte est un statut. Et je ferai tout pour le garder, alors toi et moi nous sommes ennemis. La prochaine fois que nous nous reverrons, il se peut que ce soit plus douloureux ! déclara-t-elle bien décidée à ne pas se laisser attendrir.

Elle recula, puis s’aventura vers le rebord, là où le bois se terminait abruptement sur un vide de deux cents mètres. Haru se précipita pour la rattraper, mais déjà elle sautait tout en changeant d’apparence.

— Lireen ! hurla-t-il avant de voir ses cheveux blonds voler autour de son visage.

Son corps mua pour devenir visqueux au point de briller de la même manière que les écailles des poissons. Ses vêtements finirent en lambeaux. Le loup tendit le bras, mais la jeune femme souriait de toutes ses dents. En à peine quelque seconde, elle dégringolait vers la mer agitée. Sa chute fut vertigineuse. Haru songea vite au pire : et si elle se fracassait contre les rochers ? Il se pencha dangereusement pour observer en contrebas, manquant de déraper à son tour quand une main rigide l’agrippa pour le ramener sur la terre ferme.

— Ne t’ai-je pas répété cent fois de ne pas t’approcher de la paroi ? gronda Christo visiblement énervé.

— Lireen, Lireen a… bafouilla Haru.

Il était si effrayé par ce qui avait pu lui arriver qu’il n’arrivait pas à parler.

— Elle a fait son show devant toi pour t’impressionner ! Je ne te l’ai pas déjà dit ? C’est une Seilen, maugréa le prince qui ne perdait rien de son piquant.

— Mais c’est tellement haut, ce n’est pas…

— Possible ? termina Christo en lissant son costume. Ne te fie pas aux apparences Haru, cette femme est plus solide qu’un roc, elle ne mourrait certainement pas de ça, mais toi oui ! Tu n’as pas sa résistance ni même ses capacités liées à sa race.

Haru se redressa, la panique déformant ses traits, le regard toujours rivé sur la côte. Était-elle vraiment si puissante ? Le choc qu’elle lui avait fait ressentir, l’adrénaline qui s’était emmagasinée dans son corps avait du mal à revenir à la normale. Le vampire l’aida à se relever non sans garder une évidente raideur.

— Que t’a-t-elle dit ? interrogea-t-il alors que les tremblements d’Haru se calmaient à peine.

— Elle a pris une photo de moi en gros plan et a dit qu’elle me détruirait si je te blessai, répéta le garçon.

— Hum…

Christo se détendit quelque peu. Sa déclaration paraissait le soulager bien qu’il demeure toujours très froid.

— De quoi d’autre avez-vous parlez ?

Haru réfléchit un peu. Il observa Christo de biais, la peur au ventre en se rappelant avoir donné son véritable nom de famille. Il allait fulminer de rage.

— D-De rien, tenta-t-il de mentir.

C’était mal connaître le prince qui ne fut pas dupe du tout. Celui-ci se rapprocha. Il l’obligea à relever les yeux d’un mouvement fin et autoritaire du poignet.

— Es-tu certain de vouloir jouer à ce jeu Haru ? Tu n’aimerais pas les conséquences d’un tel mensonge, je te l’assure.

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