31 - Les secrets chuchotés

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Haru avait chaud, si chaud qu’il repoussa les couvertures. Il se rendit vite compte que ce n’était pas ça qui l’étouffait et releva timidement les paupières. Il s’immobilisa en constatant que la personne qui le collait ainsi n’était autre que Christo. Il songea qu’un seul mouvement de sa part le ferait peut-être partir. Il fit donc de son mieux pour ne pas se faire remarquer bien que son cœur se soit immédiatement emballé.

— Tu as le droit de respirer, murmura le prince en ouvrant à son tour ses yeux ensommeillés.

Le regard, fascinant du vampire, brillait d’un éclat vif qui arriva trop facilement à le faire rougir.

— Hum…

Christo se rapprocha un peu pour lui chuchoter à l’oreille :

— Hier tu es devenu fou, tu m’as fait si peur que j’ai cru manquer d’air, encore une fois, se moqua-t-il.

Leur front se frôlait maintenant et Haru pouvait sentir le souffle du prince caresser sa peau avec douceur. Il y avait quelque chose de si charnel dans la façon dont ils s’effleuraient que ses émotions tambourinaient dans sa cage thoracique. Il aimait cette proximité tant et si bien qu’il gravait chaque sensation dans son cœur. Mais en même temps, il se demandait ce qui poussait Christo à se montrer si tendre. Après la scène de la veille, il n’aurait jamais imaginé pouvoir lui reparler ni même le toucher. Haru releva ses longs cils noirs pour scruter cet homme devenu soudain trop mystérieux pour lui. D’abord, il s’attarda sur sa clavicule et remonta jusque sa pomme d’adam avec l’envie folle de la toucher du bout des doigts.

Pour s’obliger à penser à autre chose, il continua son inspection. Il s’attarda sur son menton, puis se posa sur ses lèvres fines, un peu roses et bien trop sensuelles. Une gêne terrible s’empara de lui si bien que le garçon leva les yeux jusque son nez pour enfin affronter le regard brut, mais incroyablement fascinant, du vampire.

— Est-ce que tu l’aimes, cette fille ? demanda Haru en un chuchotement inquiet.

Christo passa ses mains autour de sa taille si rapidement qu’il le surprit. Haru se crispa en premier lieu pour se détendre juste après. Le prince voulait le garder près de lui comprit-il.

— C’est une sirène, répondit l’homme d’une voix aussi basse que la sienne. Elle se transforme en poisson et peut vivre dans l’eau si elle le désire. C’est un top model que j’ai croisé lors de mes déplacements. J’appréciais la sensualité qu’elle dégageait et parfois nous avons couché ensemble, expliqua-t-il sans le lâcher des yeux, lui révélant là tous ses secrets. Elle me permettait de prendre son sang. Mais ni elle ni moi n’avons essayé de nous connaître. Je ne sais rien de plus que le goût de ses veines et ne connais qu’à peine le touché de ses lèvres. J’ai, comme ça, fait de nombreuses rencontres pour assouvir les pulsions basiques d’un corps en manque d’amour. Des femmes plus belles les unes que les autres, des hommes tout aussi charmants, mais ce n’était toujours que pour quelques nuits. J’ignore pourquoi, après une bouchée ou deux, ils deviennent tous si fades que m’en repaître devient impossible… Et je me nourris que de mes soupirants. Toutefois, avec toi, il m’est difficile de penser à autre chose. C’est comme si tout mon être n’aspirait qu’à te dévorer chaque fois un peu plus. Cela ne s’est jamais produit avant, pas une seule fois.

Haru se sentit flatté et en même temps vaguement effrayé par cette déclaration inattendue. Était-il son amant ? Ça n’y ressemblait pourtant pas.

— Dans ce cas, pourquoi me repousses-tu à chaque fois ? demanda le jeune loup toujours en chuchotant, cela lui donnait la sensation de partager un gros secret.

Christo vint frotter son nez contre le sien. Il se recula légèrement afin de mieux l’observer.

— Parce que j’ai peur de ce qui pourrait arriver.

Haru ne comprenait pas. Christo sut à son air qu’il lui devait de meilleures explications.

— Il y a eu dans nos vies des moments qui nous ont marqués avec Lena. Comme on a dû te le dire, ma race est particulière et ne peut se reproduire que lorsqu’elle rencontre sa paire exacte. Tu penses que c’est un peu vieux jeu ? Pourtant, notre corps restera infertile tant que notre cœur ne connaîtra pas de passion brûlante. Car tu imagines le nombre d’enfants que j’aurais sinon ?

Son sourire se fit sans équivoque.

« Il y avait des époques où le préservatif n’existait pas et où je n’avais pas l’intelligence ni la maturité que j’ai maintenant. Pas une fois cependant, durant toutes ces années, je n’ai engendré d’héritier, même si j’avais l’impression d’avoir trouvé la personne qui me correspondait. Alors au fur et à mesure je me suis senti de plus en plus seul et je me suis rapproché de Lena. Son foyer était devenu le centre de mon cœur ! Elle s’était mariée avec l’un de ses gardes du corps. Il était un homme de grande valeur, puis chose rare, ils ont réussi à concevoir. C’est la période de notre vie où nous avons été les plus heureux, elle et moi. Les dangers durant ce siècle étaient constants. Toutes les races se faisaient encore la guerre.

Christo s’arrêta de parler tandis qu’il repensait à cette période. Ses yeux brillants s’embuèrent de tristesse.

— Ils n’avaient que neuf et douze ans ! Une attaque par une race adverse a anéanti notre famille et avec Lena nous avons tout perdu. Ses enfants et son amour de toujours. Ce jour-là, ce fut si déchirant que la colère nous a aveuglés. Lena et moi avons tout détruit. La guerre des clans fut si brutale qu’une fois notre âme apaisée et vengée nous n’étions entourés plus que par un bain de sang. Alors je n’ai plus jamais réussi à offrir mon cœur, comme si toutes ces guerres et ces cris, toute cette agonie avaient dressé devant nous un mur insurmontable. Haru, t’aimer veut dire te perdre aussi un jour, et mon être profond ne le supporterait pas. Te perdre serait comme mourir !

Le jeune homme considéra le vampire dont les yeux humides à présent transmettaient une véritable douleur. Haru sut que cette barrière dont il parlait, bien qu’il ne s’en rende pas compte, il l’avait déjà franchi.

— Mon prince, susurra le garçon en laissant son souffle venir chatouiller sa peau. Ton cœur m’appartient déjà malgré toutes tes peurs, malgré tes barrières et tes doutes. Tu ne peux pas l’éviter, Bror me l’a assuré. L’amour gagne toujours, quoiqu’il arrive et même si c’est court, on ne peut rien y faire. Le jour où tu as soulevé cette épée pour m’épargner, notre destin était scellé, ni moi ni toi ne pouvions nous échapper de ce tourbillon d’émotions.

Haru, pour appuyer ses mots, leva tendrement la main afin de caresser la joue de son compagnon. Elle était légèrement humide, chaude. Il se pencha lentement pour s’approprier ses lèvres, parce qu’elles étaient sur le chemin de leur cœur.

Douces, elles allumèrent un véritable brasier où le désir inassouvi d’une année enflamma leur corps. Haru recula quelque peu pour observer et s’imprégner de ce regard passionné.

— Le tout est de savoir si tu voudras bien t’emparer du mien ?

Le garçon avait demandé cela avec une certaine provocation et assurance qu’il ne ressentait pas vraiment.

— Le jour où mon épée t’a épargné, tu étais déjà mien, le taquina le prince en retour.

Sans attendre, il fondit à nouveau sur lui pour embrasser chaque parcelle de son corps. Haru rit tendrement tant la délicatesse de ses lèvres, mêlée à la sensibilité de sa peau, le rendait euphorique. Il ne savait pas vraiment comment donner de l’amour, mais adorait cette pluie de baisers qui venait réparer toutes les brèches de son âme. Et ce mot qu’il avait tant désiré prononcer, qu’il s’était si souvent retenu de crier, s’échappa de sa gorge en un souffle bien heureux.

Cela parut calmer quelque peu le vampire qui revint à son niveau pour le regarder droit dans les yeux.

— La prochaine fois, je serai celui qui le dirait en premier, déclarera-t-il, malicieux.

Haru s’empourpra. Il s’apprêta à répliquer quand on frappa à la porte. Les deux hommes se redressèrent, à contrecœur ils s’éloignèrent l’un de l’autre et chacun enfila une chemise pour avoir l’air plus présentable. Le prince alla ouvrir puis laissa entrer Lena qui voulait s’assurer du bien-être de son fils. Elle avait les yeux rouges d’inquiétudes et ne masqua pas son soulagement en le voyant réveillé. En même temps, elle ne put manquer la proximité qu’il y avait entre son frère et lui. Elle afficha un léger sourire soulagé puis se tourna vers Christo le visage plus sérieux.

— Togoo a préparé le petit déjeuner, Bror et moi on vous attend, confia-t-elle

La vampire se pinça les lèvres comme si elle hésitait à poursuivre.

— Lireen est là aussi et pas forcément de bonne compagnie, avisa-t-elle en observant son frère avec insistance.

Christo soupira bien qu’au fond, il sache que tout cela était sa faute. Il se devait d’affronter le courroux de cette femme qu’il avait lui-même fait venir dans l’espoir vain de penser à autre chose que son loup.

— On s’habille et on arrive, assura-t-il, songeur.

Il se demandait bien comment faire pour ne pas envenimer la situation. Les médias connaissaient Lireen et n’ignoraient pas qu’il l’appelait pour boire du sang. Toutes les personnes sur qui il se nourrissait étaient étudiées à la loupe et souvent très prisées. Bien sûr, il ne sélectionnait pas n’importe qui. Il essayait toujours de prendre quelqu’un capable de gérer les médias, même si en général, il était celui qui décidait de tout ce qui serait dit.

Haru enfilait ses vêtements à ses côtés tout aussi perplexes et pas réellement pressés de rencontrer la courtisane.

— Tu la détestes ?

Haru ne savait pas trop à quoi Christo s’attendait en posant cette question, c’était pourtant logique. Il ne répondit pas et à la place le fusilla du regard. Le prince comprit le message de ne pas trop lui en demander et ils rejoignirent ensemble la salle à manger.

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