28 - L’évolution

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Il débuta ses premiers cours en compagnie d’Hotto pour ensuite être accompagné de Christo. Finalement, il put constater rapidement de son évolution, autant au niveau de l’écriture que de la lecture. Les bases des mathématiques furent aussi très vite assimilées, mais ce qu’il préférait restait l’histoire racontée par le prince. Le son de sa voix, son regard gris ardoise, le mystère qui se dégageait de lui, l’hypnotisait alors au point de ne pas voir les heures s’écouler. Puis on lui affecta un professeur d’autodéfense. Ils passaient le plus clair de leur temps dans la verrière ou dans le jardin et Haru devint bientôt plus sûr de lui, comme si le développement de son corps agissait directement sur son esprit.

Le jeune loup se sentit, grâce à son instructeur, plus apte à affronter le monde. Il sauta de sujets anodins à sérieux et sans tarder, se retrouva submergé de devoir. Bien que fatigué, il restait heureux de s’épanouir avec autant d’aisance. Puis vint son premier examen écrit qu’il obtint à quelques points près malgré son stress. Par la suite, il dut réaliser le concours d’entrée de l’école afin de pouvoir être accepté définitivement et le printemps fut de nouveau là. Il n’avait presque pas vu la neige recouvrir le paysage tant absorbé par son éducation.

— Déjà, songea Haru à voix haute en observant le calendrier.

Bror qui traînait à côté de lui, pour mettre le bazar dans sa chambre comme chaque jour, releva la tête.

— Hotto m’a appris que ton niveau se situait à peu près autour de la moyenne minimale exigée. Par rapport à ton parcours d’origine, c’est un sacré bond en avant que tu as effectué. Tu peux être fière de toi. Ce soir c’est un peu comme si tu fêtais ta réussite.

— Humm… Tu sais, Christo m’a dit qu’il ne participait pas chaque année au gala de ce soir. Il y va pour te voir, expliqua Haru, légèrement jaloux.

— Toi aussi tu viens, je te rappelle, c’est bien pour ça qu’on s’habille comme des pingouins !

Le garçon se tourna vers son frère en soupirant.

— Oui, mais je n’aurai pas le droit de m’approcher de lui.

— Personne ne doit encore savoir, sinon l’école deviendra un véritable enfer pour toi… et pour moi. Tu as beau être entouré de gens intelligents, tu te retrouverais vite en danger et au centre de toutes les attentions, ce que tu détestes ! lui rabâcha Bror d’une voix chargée de reproches.

Haru bouda néanmoins. Il adorait étudier au manoir et n’avait pas réellement envie de s’éloigner de Christo.

— J’aimerais bien continuer les cours à la maison… Hotto est…

— Arrête, trancha Bror. On en a déjà discuté, tu ne dois pas rester coupé du monde ainsi. Tu dois te faire ta propre expérience et quitter un peu les jupes de Lena. En plus Cristo ne pourra plus te consacrer autant de temps. Il va beaucoup voyager cette année, alors ne couine pas !

— Mais je…

— C’est non ! Tu dois grandir, et ça marche comme ça. Même si c’est dur, tu dois le faire !

Haru poussa un long soupir chargé de désespoir. Il enfila en même temps son costume noir trois-pièces, confectionné par Jean-Philippe et choisi par le prince lui-même. Il craignait de faire un imper ce soir et d’apporter la honte au clan Plum tout entier. Intérieurement, il avait décidé de ne pas ouvrir la bouche, car le mieux quand on était un ignorant du monde comme lui, serait d’observer en silence. Son maître en art martial lui avait répété plusieurs fois que prendre le temps de réfléchir était la clé du succès et que cela permettait d’éviter les erreurs.

Une fois l’habillage terminé, Haru s’étudia dans le miroir. Il se trouva bien différent, accoutré de la sorte. Il avait du mal à croire que ce garçon au visage sauvage, à l’allure si sophistiquée, était bien le sien. Autour de son cou, caché sous sa tunique, trônait le collier offert par Christo qui ne le quittait jamais. Il le caressait souvent, s’imaginant qu’il s’agissait là d’une déclaration d’amour plus profonde et inconsciente du prince.

Bror l’examina d’un œil appréciateur puis lui donna une tape dans l’épaule.

— Tu vas faire des ravages à la rentrée, je peux te l’assurer, fit-il, un sourire entier sur les lèvres.

— Je vais être une classe en dessous de toi, marmonna le garçon.

Il n’était pas ravi d’avoir encore l’air plus jeune. Il était pourtant impossible de rattraper Bror, celui-ci avait tout simplement une morphologie très carrée, puissance, avec des os durs. Il était tout son contraire et dégageait une force brute attirante.

— Oui, mais c’est bien. Chaque année est plus difficile que la précédente. Et j’ai une très bonne moyenne, c’est normal que je passe au niveau supérieur. Mais toi, tu dois reprendre depuis le début, ne soit pas jaloux, ça ne te va pas.

— Tout le monde va penser que je suis ton petit frère, insista-t-il.

— Tu l’es !

Bror se mit à rougir violemment puis se racla la gorge alors qu’Haru ouvrait la bouche, choqué.

— Non, ce n’est pas…

— Pour moi tu as toujours été comme un petit frère. J’ai toujours voulu te protéger et je le ferai, c’est pour ça que je travaille aussi dur. L’âge ne compte pas, tu es plus fragile, c’est tout ! Accepte-le et va de l’avant. Je serai ton garde personnel !

Haru dut faire preuve d’un grand contrôle de soi pour ne pas lui exploser à la figure. Même Bror le voyait comme un faible ce qui l’insupportait au plus haut point. La porte grinça à ce moment et Lena se présenta sur le seuil. Elle avait libéré ses cheveux ébène et ceux-ci tombaient en cascade sur ses épaules. Ses yeux bleus brillaient de beauté. Ils ajoutaient à son charme, sans parler de son maquillage qui aurait rendu jalouse n’importe quelle reine.

— Alors, prêt les garçons ?

Haru se maîtrisa du mieux qu’il put et acquiesça, bien qu’un peu frustré de ne pas pouvoir remettre Bror à sa place. D’un air malin, son cadet prit les devants et disparut dans le couloir, tandis qu’Haru s’approchait de Lena avec plus de douceur. Elle le considéra de haut en bas puis hocha de la tête pour approuver :

— Tu es vraiment ravissant dans cette tenue, je ne pense pas que quiconque puisse te résister.

— Hum…

Le loup espérait secrètement que Christo serait le plus impressionné. Il suivit Lena dans l’espoir de le trouver dans le hall, mais il était déjà en route. La jeune femme le poussa légèrement vers la sortie alors que la déception se peignait sur son visage.

— Tu sais bien, il devait partir avant nous !

— Hum, oui, je sais.

Lena l’obligea à avancer sachant que cette moue de tristesse serait vite effacée une fois à la soirée. Elle aussi devait survenir à un autre moment, elle dut donc monter dans une voiture différente. Haru se retrouva par conséquent avec son stupide de frère et Hotto. Son allure d’acteur coréen huppé était intensifiée dans ses habits chics. Il dut s’asseoir à l’arrière vu que Bror refuserait à coup sûr de lui céder la place ce qui le fit marmonner.

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