19 - La faiblesse du sang

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Par ce contact inattendu, le garçon silencieux enfouit son visage au creux de sa nuque. Il espérait ainsi faire fuir les images du passé. Ses larmes chaudes dévalaient ses joues comme une rivière en peine.

Christo ressentit une immense bouffée de tendresse à son égard et le coucha dans son lit, essuyant le chagrin de son cœur par de douces caresses. Haru avait beau être grand, la force surnaturelle du prince lui avait permis de le soulever sans problème. Le vampire le choya affectueusement, parla d’une voix basse, le colla contre lui. Il se rendit compte de combien son protégé était fragile et combien celui-ci avait besoin d’être rassuré. Il le garda un long moment contre son buste, laissant la panique quitter lentement son corps.

— Je suis là, chuchota-t-il. Mon petit loup, je te tiens. Je te le promets, rien ne viendra te blesser ici.

Les mots parurent agir sur le garçon, car celui-ci releva enfin ses prunelles aux couleurs des prés verts chatoyants. Le voile qui l’habitait s’atténua un peu.

— Christo, susurra Haru, les lèvres gonflées d’avoir pleuré.

— Qu’y a-t-il ?

Le jeune homme secoua la tête et retourna se réfugier au creux de son torse. Il plongea son nez dans ses cheveux, son cou au point de le chatouiller faiblement.

— Christo, répéta-t-il comme une litanie.

Son intonation se perdit, emportée par le bruit des rafales fracassantes qui n’aspiraient qu’à détruire le monde. Le prince resserra son emprise. Son air fiévreux rappelait celui d’un fauve, ses mains se mirent à trembler d’un désir enfoui. Christo pouvait sentir le sang du garçon pulser sous ses doigts et le besoin de le mordre s’installer en lui comme une maladie sournoise. Le cœur battant la chamade, il crut étouffer sous la chaleur de ce corps fragile.

— Haru, souffla-t-il avec peine. J’ai envie de toi !

Peut-être le loup ne comprit-il pas le sens véritable de ses paroles, car il releva la tête pour le transpercer de son regard sauvage. Il lui offrit le plus tendre et innocent baiser de son existence, alimentant le feu dévastateur qui tenaillait Christo. Il savait qu’il n’aurait pas dû répondre, qu’il n’aurait pas dû aimer autant le toucher, mais lui résister était bien au-dessus de ses forces et la soif impérieuse. Il appuya délicatement sur cette peau chaude. Il s’appropria ses lèvres pleines, laissa sa langue découvrir la ferveur de son être. Il savait Haru sans expérience aucune et, par crainte de lui faire peur, se recula légèrement. Son beau petit loup avait le souffle court, son sang pulsait dans ses veines à un rythme affolant, mais ses doigts maladroits s’aventuraient déjà en terrain inconnu.

Christo pencha la tête, puis embrassa son cou en douceur au départ pour ensuite y appliquer une mince pression, laissant sa nature s’emparer de son essence vitale. Haru sentit la morsure de ses dents percer sa peau. Il crut que les émotions lui seraient à nouveau retirées, mais, à sa grande surprise, ce fut le contraire qui se produisit. La chaleur doubla d’un coup, tout son épiderme picota et une passion incontrôlable se dressa entre ses jambes. Christo lui paraissait différent, bien plus doux et fou aussi. Ses mains le tenaient fermement, mais ne le blessaient pas autant que la dernière fois. Sa peau le brûlait au point de le faire haleter.

Le prince le relâcha bientôt. Collé contre lui, Haru pouvait sentir son envie enfler à mesure que le baiser s’intensifiait.

— Tu es beau, déclara le vampire d’une voix rendue profonde par la soif.

Haru aurait pu dire la même chose. Les cheveux ébène du maître mettaient en avant ses traits anciens. Ses yeux argentés semblaient briller juste pour lui. Ils promettaient toute la bonté du monde. Puis sa peau, de la couleur de la lune, poétisait le mystère qui se dégageait de son corps.

Les doigts fins de Christo, retirèrent ses vêtements, effleurèrent son flan, lui offrant maints frissons. Ils continuèrent jusque son aine pour caresser son membre devenu douloureux. Il suffit d’une pression pour qu’Haru se perde dans la jouissance. Il savait bien qu’il n’aurait pas dû venir si vite, mais cela ne parut pas gêner son partenaire qui se positionnait droit et fier devant lui.

— Il y a des choses, dit-il. Que j’aimerais te faire, mais je crois que pour aujourd’hui, je me contenterai de ça !

Le vampire se saisit de sa main, pour la guider sur ses hanches et l’aider à retirer son pantalon de toile. Sa peau blanche parut briller au cœur de cette nuit agitée. Les fins doigts du loup, découvrir son sexe doux. Haru n’aurait jamais imaginé adorer autant le toucher, ni même voir ses muscles se tendre devant chacune de ses initiatives, même gauche. Christo l’enjoignit à se montrer plus ferme. Et bientôt, sous la paume du jeune homme, le corps entier du vampire vibra, libérant un flux de bonheur qui se répandit sur son ventre jusqu’à son torse. Haru ne s’attendait pas à être recouvert de semence. Il se redressa pour protester, mais le prince l’arrêta par la violence de son regard. Jamais il ne l’avait vu luire d’autant de possessivité.

— Tu es à moi !

Sa voix grave semblait provenir d’un autre temps ce qui perturba Haru profondément. Son compagnon revint s’allonger à ses côtés. Il le prit dans ses bras pour le serrer à nouveau contre lui.

Haru sentait son cœur battre tellement fort dans sa poitrine que l’orage ne l’effrayait plus. Il ne voyait que Christo et sa beauté à l’image même des dieux. À ses yeux, cet homme était si incroyable qu’il n’osait presque pas le toucher.

Toutefois, l’envie de l’étreinte le tenaillait bien trop. Haru passa ses bras autour de sa taille dans un mouvement hésitant. Assaillis par la peur d’être rejeté, ses doigts tremblaient. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il craignait plus que tout de perdre l’intérêt que lui portait son maître.

Le vampire ne se rendait compte de rien, il l’embrassa sur le front en toute réponse à son geste puis s’endormit le corps bouillant collé contre lui. Le jeune loup en profita alors pour l’observer longuement. Ses délicats cils noirs, sa mâchoire, le grain fin de sa peau, ses cheveux ondulés aussi profonds que l’univers lui-même, beauté farouche et immortelle.

— Je crois que je t’aime, murmura-t-il si bas que personne n’aurait pu l’entendre.

La pluie se déversait sur le toit de verre. Elle le frappait si fort qu’un bruit assourdissant résonnait tout autour d’eux. Il engloutit au loin ses paroles, mais marqua au passage son cœur au fer rouge d’une empreinte éternelle. Le loup se blottit contre son compagnon, puis à son tour il finit par clore les paupières, rassuré par cette proximité dont il avait trop besoin. Les bras de Christo ne desserrèrent leurs étreintes que tard dans la nuit, lorsque la tempête se calma et que chacun dormait à poings fermés.

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