10 - suite

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Le sourire de la jeune femme réapparut et Haru la suivit au garde à vous. Ils débouchèrent bientôt au cœur d’un hall baigné des rayons du soleil qui contrastait tant avec l’impression donnée de l’extérieur. Les roches laissaient penser que rien ne pouvait pénétrer la bâtisse, et qu’il y régnait une obscurité sans fin, mais des puits de lumière éclatants venaient offrir une touche naturelle.

La première chose qu’Haru distingua fut l’escalier de fer forgé qui s’entortillait vers les autres étages comme du lierre. La pierre épurée rendait le tout très charmant.

— C’est presque irréel, murmura Haru complètement subjugué.

— Et tu n’as encore rien vu. Tu devrais voir la verrière et le piano.

Bror, enjoué, le tira à nouveau par la main.

— Chut, s’interposa Lena tout sourire, il doit le découvrir par lui-même. Ce sera bien plus amusant !

Elle fit un clin d’œil à son frère puis ouvrit la marche et les guida au premier étage où se trouvait une immense cuisine. Haru stoppa net : la vue donnait directement sur la mer à flanc de falaise, elle lui coupa le souffle. Puis il se retourna pour admirer cette cuisine ancienne qui s’équipait quand même d’éléments récents. Le jeune loup rêvait de faire de bons petits plats ici, ce devait être fabuleux. Il avait envie d’ouvrir tous les placards pour y sentir chaque épice.

Il passa ses doigts sur le plan de travail, sa peau frémissant d’attente.

— Je savais que tu aimerais cette cuisine, dit Bror. Mais tu ne pourras sûrement pas y préparer tes plats, le chef cuistot ne supporte pas qu’on s’approche trop prêt.

Il it rcomme s’il s'amusait à le défier sur ce point. Haru ne montra rien, mais se demanda alors ce que seraient ses tâches. Si ce n’était pas faire la cuisine, ce serait le ménage ? Il n’aimait pas particulièrement faire le ménage, mais il s’y habituerait. Après tout, l’endroit était paradisiaque. Il se souvint brusquement de la maison de ses parents, là-bas aussi le décor laissait sans voix, mais s’y trouvait la cave. Il chassa ses appréhensions et se concentra sur le moment présent, rien ne servait de toute manière de s’imaginer des choses ; il ferait de son mieux, un point c’est tout.

Ils contournèrent la cuisine puis entrèrent au cœur d'un large couloir recouvert d’étagères et de livres divers. Haru avait l’impression de pénétrer à l’intérieur d’une tanière. Il observa les ouvrages en passant à côté, ils étaient si différents les uns des autres et semblaient renfermer un mystère si grand. Il eut le sentiment qu’une barrière immense le séparait de la connaissance. Si seulement il avait appris à lire correctement, il ne se sentirait pas aussi petit face à eux. Lena lui prit la main comme si elle ressentait ses angoisses et le mena devant une porte en boit finement décorée.

— C’est si joli.

— Et ce n’est pas fini, assura la jeune femme.

Avec une fierté immense, elle lui ouvrit le passage vers sa nouvelle vie. Il put admirer une vaste pièce où un lit en bois de taille Queen trônait sous une fenêtre qui donnait sur la mer. Une couverture de mouton dissimulait les draps duveteux. De chaque côté avaient été rassemblées dans un pot de longues branches où s’y mélangeaient de fines ampoules. Une fois allumées, celles-ci rendraient le lieu très chaleureux. La table de nuit, à la peinture vieillie volontairement, ajoutait du style. Il y avait aussi une belle penderie d’une taille considérable qu’il n’était pas sûr de pouvoir remplir un jour. Le bureau en bois rustique amenait un cachet certain et donnait envie d’y travailler. Après l’avoir frôlé du bout des doigts, Haru remarqua une petite porte cachée. Un peu hésitant, il observa Lena afin d’obtenir son approbation. Elle lui sourit tendrement et il tourna la poignée pour découvrir la chambre de son frère, en désordre bien entendu.

— Il y a des toilettes en face aussi, avec la salle de bain que vous devrez partager. Je me suis dit qu’ainsi vous ne seriez pas perdu, commenta Lena, le regard scrutateur.

Haru se demandait s’il ne s’était pas frappé la tête. Sa chambre lui paraissait irréelle et bien trop belle pour lui. Il ne trouvait pas les mots justes devant ce trésor que lui offrait sa nouvelle mère. Comment la remercier, elle lui donnait tellement.

— Mais… Lena c’est… Je ne pensais pas que ce serait si grand et beau. Tu es sûre que c’est pour moi ?

La Plum se rapprocha de lui pour l’embrasser sur le front et le rassurer.

— J’en suis certaine, c’est chez toi aussi longtemps que tu le voudras. On pourra redécorer, si tu en as envie. J’ai fait un peu à ma manière, je ne savais pas trop ce qui te plairait, car finalement nous ne parlions pas vraiment de ce genre de choses…

— C’est parfait, assura Haru, le visage pétillant de bonheur. C’est la plus belle chambre du monde !

Il était si excité qu’il ne restait pas en place et sans s’en rendre compte laissa le loup en lui s’exprimer. Sa queue touffue déchira son pantalon pour se mettre à se secouer dans tous les sens. Bror écarquilla les yeux, car jamais il n’avait vu une telle chose se produire auparavant, tandis que Lena pencha la tête pour l’observer avec curiosité.

— Haru, ta queue !

Bror gardait cet air incrédule et Haru rougissait à mesure que sa honte grandissait. Il sentait une immense chaleur s’emparer de ses joues alors qu’il tentait par tous les moyens de faire disparaître cette queue poilue.

— Pardon, pardon, je ne sais pas pourquoi, je n’arrive pas à la cacher.

— Tu es trop énervé, remarqua Lena. C’est la première fois que je vois une telle chose se produire.

Elle était amusée et pas le moins du monde fâchée. Haru, qui ne savait plus où se mettre, finit par se dissimuler derrière un pan de rideau. Il craignait vraiment de voir Lena changer d’humeur, mais elle restait là, à l’observer tout sourire.

Bror finit par rire à son tour.

— Je crois que ton bonheur rend ton loup incontrôlable. Tu l’as tellement gardé enfermé toutes ces années, qu’à présent il ressort devant chaque émotion. Je suis certain que tu réussiras à te maîtriser en te calmant un peu, expliqua son cadet avec un sérieux presque déroutant.

Haru savait qu’il avait raison, malgré tout, il trouvait la situation gênante. Comme il ne parvint pas à la faire disparaître, il se crispa davantage sur le rideau jusqu’à ce que Lena vienne se saisir de ses doigts.

— Haru, ce n’est vraiment pas moche et même très mignon sur toi. Tu n’as pas besoin d’avoir honte. Il ne manquerait plus que des oreilles gigantesques te pousse sur la tête, renchérit-elle machiavélique.

De peur que cela ne lui arrive, le jeune homme se cacha les oreilles en criant un non désespéré, ce qui amusa la galerie encore plus. Lena se précipita sur lui pour le chatouiller et les rires éclatèrent dans toute la pièce. Bror se joignit à eux et ce fut le souffle bienheureux et les larmes aux yeux qu’ils arrêtèrent de s’agiter.

Ils mirent un certain temps à reprendre leur souffle, leur poitrine s’élevant en un rythme rapide. Ils avaient fini sur le lit et tous les trois se calmèrent en s’y allongeant, le visage tourner vers le plafond.

— Des étoiles, remarqua Haru intrigué.

— Des petites veilleuses pour toi la nuit. Il ne fera jamais entièrement noir ici. Les étoiles s’illumineront.

Haru leva le bras et fit mine de les attraper. Avait-il jamais vécu un jour plus heureux que celui-ci ? Bror lui saisit la main et la serra fort.

— Tu n’es plus seul !

Il semblait si triste en prononçant ces mots, qu’Haru comprit qu’il s’en voulait de ne pas l’avoir sorti de la cave, seulement il en fallait du courage pour affronter Narro.

— Je sais !

Il serra à son tour la main de son frère, se disant qu’il avait vraiment beaucoup de chance.

— Et si nous allions manger ? proposa Lena.

Ses cheveux noirs s’étaient détachés et tombaient maintenant sur ses épaules et sa poitrine, la rendant magnifique. Haru approuva, bien content de pouvoir tester cette cuisine. Mais Lena ne semblait pas voir les choses ainsi. Elle ouvrit directement le frigo pour trouver trois plats emballés.

— Du saumon, je m’en serais douté, gloussa-t-elle.

Haru, lui, fut un peu déçu de la voir tout mettre au micro-ondes, il aurait bien aimé se familiariser avec tout cet équipement. Lena réchauffa quatre plats et les posa sur un plateau, puis se dirigea vers les escaliers. Le jeune loup suivi sans faire de commentaire, excité de découvrir un autre coin du manoir. Il observa rapidement le deuxième étage et fut happé par tous les livres ainsi que la beauté du décor. Une bibliothèque victorienne, à n’en pas douter, qu’il aurait tant aimé explorer, mais Lena avait faim et les mena plus haut.

Ils débouchèrent au cœur d’une immense verrière où vignes et rosier se disputaient l’espace. Ceux-ci s’y sentaient si bien qu’ils recouvraient les pans de mur. Au centre se trouvait un piano noir hypnotisant. Lena le contourna d’un œil rieur. Haru suivait dans un silence religieux, oubliant presque de fermer la bouche tant il était admiratif. La grande femme leur fit prendre place sur une table en mosaïque où les motifs se mariaient à merveille avec la verrière.

— Bon appétit, dit-elle en déposant une assiette devant ce qui devait être sa place.

Haru s’assit sans parvenir à quitter des yeux le piano, les vignes et les roses. Il n’oubliait pas non plus les livres divers qui jonchaient le sol comme s’ils avaient été consultés récemment et abandonnés là.

Sans rien dire, il finit par manger le saumon et s’arrêta net, surpris.

— Oh, mais, c’est tellement bon.

Bror ricana de le voir réagir si violemment.

— Bien sûr, c’est un chef cuisinier après tout qui a fait ce plat pour nous !

Haru approuva, le niveau était bien supérieur au sien, il ne pouvait assurément pas rivaliser. Les épices, le riz et le saumon fondaient sur la langue, tout se mariait à merveille au point de presque lui faire oublier la splendeur des lieux. Il se demandait comment il avait été cuit pour avoir une aussi belle texture.

Le repas se termina dans la bonne humeur et Haru ne put que remarquer le plat chaud qui attendait à côté de Lena.

— C’est pour Christo, répondit-elle à son air interrogateur. Il ne mangera pas tout de suite, alors je vais le laisser là pour lui. Même si ce sera froid, je sais qu’il finira par l’avaler.

Haru se rendit compte de combien elle aimait son frère et se promit de faire un effort pour l’apprécier aussi. Mais il l’impressionnait beaucoup et savait que ce ne serait pas aisé. Il n’affectionnait pas particulièrement le ton qu’il employait.

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