08 - Le sang miraculeux

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Inquiète, Lena l’observait de ses grands yeux de hibou. Elle avait l’air fatiguée, comme si elle avait veillé sur lui des jours entiers. Haru était quant à lui si désorienté qu’il ne comprit pas immédiatement où il se trouvait ni pourquoi Lena avait l’air à ce point bouleversée. Ses larmes perlèrent doucement sur ses joues et elle eut à peine le temps de les essuyer que des infirmiers et médecins venaient l’ausculter. Ils étaient nombreux, comme si sa vie comptait réellement.

— Est-ce qu’il va bien ? interrogeait Lena tandis que l’équipe médicale s’affairait.

Le praticien en chef prit le temps d’examiner ses yeux, son rythme cardiaque. Après un moment où il lui posa certaines questions, il finit par se tourner vers la jeune femme.

— Ses jours ne sont plus en danger. L’argent qui empoisonnait son corps semble enfin hors de son organisme. Je vais toutefois le garder en observation plusieurs jours.

Il se concentra à nouveau vers le patient sans masquer sa joie.

— Vous êtes un véritable miracle. De ma vie, je n’ai jamais été témoin d’une telle guérison, même pour un loup !

Impressionné, l’homme d’une quarantaine d’années affichait toute son admiration.

— Je reviendrais plus tard m’assurer de son état.

— Merci !

Lena lui serra les mains puis se rapprocha du lit. Elle posa sur Haru un regard chargé d’amour.

— Mon petit loup, tu m’as fait si peur.

Elle caressa son front, s’attarda sur sa joue. Ses yeux aimants lui apaisèrent tellement le cœur qu’il ne put s’empêcher de pleurer à son tour. Il avait cru mourir, il ne comprenait pas encore ce qui s’était passé ni qui était véritablement Lena, mais il était sûr d’une chose : il ne voulait pas la quitter.

— Lena, Lena… Je t’en prie, ne me laisse plus, supplia-t-il effrayé.

Elle vint le serrer dans ses bras, se colla contre lui et frotta son front contre le sien.

— Je suis là, mon petit loup, je n’irais nulle part sans toi. Tu fais définitivement partie de la famille maintenant. Comme un fils, je prendrais soin de toi !

Haru se blottit contre son cou et arrêta finalement ses larmes, une fois certain que la jeune femme ne partirait pas.

— Tu es une vraie guimauve, se moqua-t-elle la voix enrouée.

— Hum, approuva-t-il en demeurant caché dans ses cheveux.

— Tu es resté aux soins intensifs une semaine avant de sombrer dans le coma. Aujourd’hui, ça fait un mois. Tu m’auras fait attendre, tu sais !

— Un mois, répéta-t-il surpris.

Il avait véritablement pensé que cela n’avait duré qu’une nuit.

— Oui.

Elle caressa son front pour retirer les quelques cheveux qui tombaient sur le visage du garçon puis embrassa le haut de son crâne.

— J’ai l’impression que ça n’a duré qu’une nuit… crut bon de mentionner le jeune loup. J’ai fait un rêve étrange, où j’y ai rencontré un corbeau. Une multitude de couleurs paraient ses plumes. J’ai cru que c’était toi, il dégageait la même odeur, mais quand il a parlé, je me suis rendu compte que c’était quelqu’un d’autre. L'oiseau, il a fait fuir le noir… Alors je suis allé me cacher dans ses bras et il m’a mordu.

Haru releva la tête d’un air outré comme si cet acte l’avait profondément choqué.

— Il t’a mordu, répéta Lena d’un air tout aussi stupéfait.

Le jeune loup approuva d’un hochement de tête.

— Tu crois que ça signifiait quelque chose ? J’ai l’impression que ça voulait dire quelque chose. Comme si j’avais passé un pacte.

Lena ne répondit pas et le serra plus fort contre elle.

— Je ne sais pas, avoua-t-elle simplement. Je ne sais pas.

Mais Haru put sentir à sa façon plus crispée de le serrer qu’elle savait au contraire ce que cela symbolisait. Peut-être craignait-elle de lui révéler la vérité et il préféra ne pas insister. Il avait décidé, en son for intérieur, qu’il ne quitterait plus jamais Lena et ferait tout pour la rendre heureuse. Elle l’avait sauvé, il la protégerait de tout, car elle était pour lui devenue véritablement sa mère.

— Une fois sûr que tout va bien, je te ramènerai à la maison. Une chambre t’y attend avec ton frère Bror qui a refusé de te laisser. Il a monté la garde devant ta porte dès qu’il le pouvait, bien que ce ne soit pas nécessaire.

— À la maison, répéta Haru.

Un frisson de terreur dévala sa nuque jusqu’au bas de son dos. Il ne put s’empêcher de trembler en repensant à la cave. Lena se rendit compte de son erreur rapidement et rectifia ses paroles avec empressement.

— Ma maison, qui est maintenant la tienne et celle de ton frère. Bror est devenu un renégat comme toi. Il a coupé les liens avec la meute et cela a enragé ton père. Il ne peut pas retourner à son ancienne vie sans risquer la mort. Je vous ai donc pris tous deux sous mon aile !

Haru avait du mal à imaginer son frère se rebeller de la sorte, mais en même temps, cette réaction ne le surprenait pas tant non plus. Rassuré de savoir qu’il ne reverrait ni Narro ni Idolenta, il se redressa, bien moins agité. Il ne pouvait toutefois pas s’empêcher de craindre pour la vie de Lena et Bror. La meute n’en resterait pas là, mais il ne pourrait rien y faire, à présent, il devrait se montrer plus fort.

Il avait envie de voir son petit frère, de le réconforter, sûrement avait-il été effrayé en le voyant dans un tel état. Il avait hâte de découvrir sa nouvelle maison et peur à la fois. Tous ces changements l’excitaient au point d’en avoir mal au cœur.

Il dut néanmoins attendre une bonne semaine avant de pouvoir sortir. Seule Lena semblait être autorisée à venir lui rendre visite. Il avait vite compris qu’elle était plus forte qu’elle ne le laissait paraître. Tout le monde lui obéissait et il y avait des gardes du corps pour les protéger.

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