07 - Une nuit éternelle

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Le choc sembla parcourir l’assemblée. Aucun loup ne comprenait ce que cette femme faisait là et pourquoi elle voulait à ce point sauver cette erreur de la nature. Personne pourtant ne se permit de l’interroger, car le prince Christo était au-dessus de tous et ils savaient combien cette nouvelle venue avait de l’importance pour lui.

Lena n’attendit pas une seule seconde de plus et se tourna vers l’animal emprisonné. Elle fit un grand pas qui réussit à faire grincer des dents son maître.

— Haru, c’est moi !

Elle ouvrit ses bras en grand sans redouter le moins du monde qu’il ne la morde.

— Je t’en supplie, viens à moi. Je te protégerais, je te le jure, pardonne-moi !

L’étonnement parcourait maintenant toute la meute et encore plus Christo qui ne comprenait pas comment elle pouvait connaître ce loup.

— Je t’en prie, implora-t-elle à nouveau. Je t’aime si fort, reviens moi !

Elle tendit la main sans peur, ses doigts ne se retrouvant plus qu’à quelques centimètres de sa truffe. Haru était si heureux qu’il ne souhaitait plus qu’une chose, la rejoindre.

Il hurla de toutes ses forces alors qu’il faisait tout pour inverser la transformation. Ses os se brisèrent, sa chair se modifia, son sang l’ébouillanta de toute part. Il crut ne jamais parvenir à l’atteindre tant la douleur devenait insupportable. Il sentait les balles en argent le parcourir et ajouter à sa souffrance, puis c’était sans oublier ses bleus ainsi que ses morsures qui, dans ce mouvement, revenaient à la vie. Il était trop blessé pour entamer le processus de guérison. Et alors qu’il n’y croyait plus, que l’esprit du loup résistait, enfin il eut à nouveau forme humaine. Les entraves ne restèrent accrochées qu’à ses pieds, le brûlant et lui arrachant un grognement. Il rampa vers la jeune femme qui se précipita pour le réceptionner, l’air si désespéré qu’il sut que sa fin était arrivée.

Elle semblait anéantie de le voir dans un tel état de famine, de blessures et se demandait comment le soulager. Son sang s’écoulait de ses plaies et bientôt ce fut une mare qui les entoura.

— Lena, susurra-t-il. Lena…

— Je suis là, je suis là, sanglota-t-elle alors qu’elle sentait sa vie lui échapper à mesure qu’il respirait.

L’esprit d’Haru divaguait maintenant. Ses yeux se troublaient et un froid polaire venait engourdir ses membres.

— Lena, tu es revenue, souffla-t-il en un murmure tendre. Tu es revenue pour moi. Je te promets, je n’ai pas été si méchant, mais j’ai… j’ai…

Il voyait flou et ses joues s’embuaient de larmes, incapable de se contrôler.

— Ne dis rien, mon petit loup d’amour. Je suis revenue pour toi, jamais je ne t’aurais abandonné à ton sort, alors tu dois vivre, tu dois vivre, pour moi. Tu me le promets ?

Elle passa ses mains dans ses cheveux emmêlés, plein de sueur et de sang. Son cœur suivait un rythme irrégulier et Haru ne parvint pas à lui répondre, il devait d’abord calmer ses larmes.

— On ne se quittera plus ? demanda-t-il dans un souffle faible.

— Plus jamais, assura-t-elle, incapable de masquer ô combien elle tenait à lui. Plus jamais.

— Tes mains sont chaudes, tellement chaudes, comme un rayon de soleil, dit-il avec une douce joie.

Il avait l’impression que chaque fois que les doigts fins de son amie l’effleuraient, sa peau en gardait la trace.

Haru tenta un sourire maladroit qui s’effaça aussitôt alors que la mort se rapprochait et que la douleur s’intensifiait. Le froid l’envahissait, un peu comme la mer elle-même. Il ferma les yeux, persuadé de pouvoir la sentir. Puis, sans trop savoir comment, elle fut là. L’eau d’un bleu azuré roulait maintenant à ses pieds pour emporter lentement toutes ses peines. Il la laissa le chatouiller avec un plaisir grandissant tandis qu’un liquide chaud venait ranimer son corps.

Des brides lui parvenaient, des suppliques inaudibles et des cris de détresse. Il ne sut pas comment il s’était redressé, mais il était à présent face à la mer.

— Lena, continua-t-il. Les vagues ont la couleur de tes yeux. Elles sont si belles.

Il n’était maintenant plus seul à observer les reflux de l’océan. Sa bête l’accompagnait : grande, puissante, la gueule immense et le regard tendre. Elle restait la plus douce protectrice de sa vie qu’il avait ignorée et détestée. Tous deux reliés par le fil invisible du destin, Haru se pencha pour toucher son pelage. Il ressentit un amour véritable à l’encontre de cette créature unique qui faisait partie intégrante de lui.

— Pardonne-moi. Je ne savais pas combien j’avais de la chance de t’avoir. Je crois que c’est un bel endroit pour partir, dans les bras de Lena.

La voix de son amie résonna dans sa tête comme un appel au secours et ses paupières papillonnèrent entre rêve et réalité. On fit à nouveau glisser dans sa gorge un liquide visqueux, mais doux à la saveur de fleur. Puis il sombra dans l’obscurité la plus complète, percevant la présence familière de son loup se coller à sa peau et le réchauffer.

Une nuit qui dura pour lui comme une éternité, une nuit sans fin dans un noir sans fond où rien d’autre ne pouvait exister. Ni air, ni vie, ni lumière. Noir, il ne voyait que du noir, partout où se portait son regard, il ne trouvait que du noir. Il était le pire de ses cauchemars, noir comme le désespoir. Ses poumons se vidèrent tant la panique le gagnait. Il ouvrit la bouche pour parler, mais sa gorge desséchée ne lui permit d’émettre aucun son. Le silence étouffant s’emparait de son être, le faisait disparaître. Et le noir semblait s’intensifier, chaque seconde la flamme de son espérance s’éteignait lentement. Il se voyait s’évanouir dans le trou sans fin de ses peurs, quand soudain, une pluie de lumière vint éveiller son essence de vie. Brute, forte, d’une puissance jamais égalée, tel un phénix aux couleurs multiple, il sentit son cœur renaître.

— Tu es à moi, résonna une voix. Tu ne pourras pas me fuir !

Haru ne comprenait pas d’où sortait cette voix, il cherchait, partout autour de lui, mais tout changeait trop vite. De l’obscurité était née d’abord quelques brindilles d’herbes, puis le tout s’était rapidement transformé en arbres gigantesques. Il se trouvait maintenant face à une forêt magnifique où se mêlaient chênes, hêtre sombre et fleurs aux couleurs vives. Un chemin sinueux sembla lui montrer la voie où il avança, poussé par l’instinct du loup.

Le jeune garçon se rendit compte ne pas avoir son apparence de tous les jours, il était loup u dbas du corps jusqu’au torse et au cuir chevelu et homme hseulement au visage. Il atteignit bientôt une clairière où l’y attendait une créature ailée, un mélange entre le corbeau pour la forme et le perroquet pour les couleurs vives et bariolées, formant un arc en ciel de beauté. Le regard intelligent de cette chose se posa sur lui. Puissante, grande, impressionnante, elle dégageait une aura incroyable et Haru ne résista pas, il se sentit indéniablement attiré par celle-ci. Il demeura néanmoins à distance respectueuse malgré son envie de la toucher, de lui parler, se soumettant entièrement à sa volonté. Il devinait pourtant que dans son dos les ténèbres se rapprochaient.

Le visage de l’oiseau restait camouflé par ses plumes. Tout comme lui, son corps était celui du corbeau et seuls leurs yeux avaient un aspect à peu près normal. Tout ce que Haru pouvait distinguer, c’était un regard d’acier le sonder et l’évaluer. Puis les plumes gigantesques virevoltèrent dans un grand fracas. Elles s’écartèrent sans pour autant dévoiler son visage.

— Viens à moi !

L’ordre fut prononcé d’une voix autoritaire qui ne n’accepterait pas le refus. Impressionné tout autant qu’effrayé, Haru ne recula pourtant pas. Il ressentait de cette créature une chaleur qui lui rappelait Lena. Les couleurs si belles ne pouvaient appartenir à quelqu’un de mauvais, et une flamme dans son cœur s’était allumée grâce à cet être fantastique.

La bête qui ne faisait qu’un avec lui ne s’inquiétait pas non plus. Et s’il devait choisir entre la noirceur et la vie, il choisissait la vie. Derrière lui l’obscurité gagnait du terrain, alors Haru s’engouffra dans les bras de l’animal qui vint le protéger et l’englober de toutes ses plumes bariolées. Le soulagement qui l’emporta l’emplit de bonheur. Il poussa un fin soupir puis, malgré sa gorge desséchée, murmura :

— Je ne te quitterais pas, promit-il.

Les ailes d’oiseau se resserrèrent fermement sur lui, comme s’il craignait de le voir disparaître quand même. Le corbeau ne dit rien, mais sembla rassurée, elle relâcha un peu la pression en voyant qu’il était sincère. Puis sans autre forme de procès, il sentit deux crocs percer sa peau. Le jeune garçon trembla de la tête au pied, comprenant le pacte qu’il venait d’accepter.

— Tu ne pourras pas m’échapper ! répéta la voix entre deux succions.

La douleur dans son cou fut si vive qu’il sortit de sa torpeur et ses paupières se soulevèrent avec fracas. Un cri de stupeur franchit la barrière de ses lèvres et une main fraîche se posa doucement sur son front pour le calmer. Sa gorge ressemblait à du papier mâché, tout comme il avait l'impression que son corps avait été passé sous un rouleau compresseur et que sa tête bourdonnait de mille supplices.

— Haru, tu vas bien ?

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