05 L’éveil de la Bête

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Un hurlement déchira soudain l’air paisible de la maison, si brutal et empreint de douleur que Bror se redressa d’un coup. Il sut au fond de lui que quelque chose d’affreux venait de se produire. Il sauta sur ses pieds et se rapprocha de la cave. Il mit la main sur la poignée en tremblant.

Son père, qui avait lui aussi perçu ce cri, le poussa sur le côté. Il sortit une clé de son pantalon et la tourna dans la serrure. Il ouvrit la porte pour se retrouver face à une paire d’yeux sinistres. Sauvage. Terrible. Narro fut un instant pris d’effroi, surpris de se trouver devant une telle bête. La première erreur de sa vie. Une patte noire redoutable s’abattit sur son torse pour le griffer, tandis que des crocs blancs luisants se refermaient sur sa gorge.

Il n’avait pas fallu plus de deux secondes à Haru pour mettre leur père à terre. Bror trembla en voyant la créature sortir de la cave. Son regard n’avait plus rien d’intelligent, ne se dégageait de lui plus que rage sanguinaire. Le jeune homme recula, buta contre le mur, certain d’y passer lui aussi, mais l’animal ne s’intéressait qu’à la liberté. Il se rua vers l’extérieur.

Bror s’écroula alors sur le sol des larmes plein les yeux, sachant que son frère était maintenant mort. Narro, qui retrouva enfin ses esprits, se transforma. Grâce à ses capacités de guérison, il referma ses plaies, puis reprit son apparence humaine pour composer le numéro d’urgence.

— Vodach, on a un problème. C’est un code rouge. Non, c’est Haru… Hum, non, non, rouge, c’est un code rouge ! Il a failli me tuer.

Bror se souviendrait à jamais de l’intonation de leur père, tremblante, honteuse, perdue, alors que le chef de la meute hurlait à travers le combiné. Narro se tourna enfin vers lui, affichant cet air mauvais que tous connaissaient si bien.

— Tu avais raison, j’aurais dû le nourrir, maintenant la traque est lancée !

L’homme attrapa sa veste en cuir sans oublier son arme à feu. Après lui avoir ordonné de rester à la maison, il sortit sur les traces de son fils, prêt à le tuer, prêt à achever celui qu’il avait toujours détesté.

Bror ne sut d’abord pas quoi faire. Il se retourna vers la cave, alluma la pièce plongée dans la pénombre pour trouver du sang, des excréments et un cellulaire. Sa curiosité piquée à vif, il s’en saisit, intrigué.

Il n’avait jamais vu son frère avec un téléphone, ni même avec un peu d’argent. Puisque personne dans la maison n’était prêt à l’aider, ce devait être quelqu’un d’autre. Haru restait très secret. Bien qu’il dorme avec lui quand ses parents le permettaient, il ne lui racontait rien, mais l’encourageait quoi qu’il fasse. Bror avait toujours pensé qu’Haru pouvait se confier à lui, mais peut-être qu’il ne s’était pas exprimé correctement.

Il emporta la trouvaille dans sa chambre puis s’y enferma, les larmes aux yeux et le désespoir au creux du cœur. Lorsqu’il alluma l’appareil, il fut confronté à une impasse tandis que la demande du mot de passe s’affichait.

— Est-ce que tout s’arrête là entre toi et moi ? Ne t’ai-je jamais dit que je t’aimais, mon pauvre grand frère ? S’il te plaît, ne meurs pas encore, tu ne sais pas combien je souffrirais sans toi.

Bror tenta, par désespoir de cause, de trouver une solution sur internet, et dénicha un site qui vendait des codes. Il pensa tout de suite à une arnaque, ce qui en était une assurément une, mais il était prêt à tout pour son frère. Il ne désirait pas non plus se déplacer et attendre lui paraissait impossible. Finalement, ce ne fut que lorsqu’il chercha la marque de l’appareil, et qu’il retira la coque, qu’il repéra un morceau de papier.

Bror se statufia en y découvrant les chiffres imprimés en gros caractère. Son frère n’avait tellement pas de cerveau qu’il sourit imperceptiblement. Il lui faisait tout de même économiser une belle somme d’argent.

Franchement, songea-t-il. Tu n’arrives même pas retenir quatre chiffres, ce n’est pourtant pas bien compliqué.

Il tomba directement sur la page d’accueil pour n’y lire qu’un numéro. Il se demanda bien à qui il appartenait et fut tenté de le composer, mais le courage lui manquait. Il ne savait pas s’il pouvait s’immiscer ainsi dans la vie privée de son aîné. Même si sa vie se trouvait en danger.

Croyait-il réellement qu’Haru lui ferait la tête pour une telle immersion ? Il décida finalement d’appeler en espérant ne pas se tromper.

— Haru ?

Cette voix féminine, il ne la connaissait pas. Bror sentit pour la première fois qu’il agissait vraiment comme un intrus et raccrocha, incapable d’émettre un son. Qu’aurait-il dit de toute façon ? Ce n’était pas une inconnue qui allait pouvoir le sauver. C’était déjà trop tard.

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