Max

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Il était petit mais trapu, avec des cheveux poivre et sel. Son visage me fascinait. Un mélange de froideur, de cicatrices et de folie. Je n’aimais pas sa présence dans notre maison. Je m’écartais, rejoignais Mali. Je pouvais lire tout ce qu’elle ressentait sur son visage, c’était ainsi depuis notre rencontre. Elle était tellement expressive…Et je n’aimais pas ce que j’y discernais.


En rentrant du travail, j’aimais me prendre une cigarette et m’occuper un moment de mes canidées, couper leurs feuilles, arroser la terre. Je retirais mon costume étriqué pour une tenue plus confortable, j’aidais Kashi pour ses devoirs. Je n’embrassais plus Mali dès mon arrivée depuis longtemps. Non que je la délaisse mais après tant d’années de vie commune, nos rapports avaient changé. Pourtant, je lui pris un baiser, avec l’envie de la rassurer et, j’en avais honte, de marquer mon territoire. On retourne plus vite qu’on ne veut bien l’admettre au stade animal. Elle était mienne.

Un imperméable beige à la Columbo trainait sur le bras du canapé. Des tasses de porcelaine blanche achevaient de refroidir sur la table basse. L’une était pleine d’un café noir, l’autre vidée de moitié. Il régnait dans la pièce une angoisse étrange. Je la voyais presque troubler l’air comme la chaleur dans le désert de Mohak. Etouffante et envahissante. L’horloge indiquait 17h. J’étais rentrée tôt pour soutenir mon épouse. Ces derniers mois avaient été éprouvants, je voulais nous réserver un peu de temps. Mais 17h. Il était déjà trop tard, Kashi allait rentrer. Il ne devait pas rester plus longtemps. Je ne voulais pas qu’elle le voit. Les canidées près de la fenêtre s’agitaient, respirant le danger. Elles arrivaient à maturation, je devrais les dépoter rapidement.

« Mali, qu’est ce qu’il se passe ? »

La tension involontaire dans ma voix. La respiration bruyante de Mali près de moi. Le bruissement des canidées. Le regard perçant d’Ashar. Ses mains puissantes qui se serraient et se desseraient dans un geste aussi menaçant qu’inconscient.

« Je suis son mari. Je suis de retour, expliqua-t-il d’une voix grave. Et je vais rester. »

L’incrédulité qui me percutait comme un camion. Des mots si simples et pourtant si difficiles à entendre et à comprendre. Les yeux verts pleins de détresse de Mali qui me confirmaient l’impossible. Que ce soit dans ce mond-ci ou dans le mien, les morts ne revenaient pas à la vie. Je pensais immédiatement à Kashi. A protéger Kashi. Et je voulais le pousser hors de chez nous comme on le ferait d’un parasite particulièrement nuisible et dégoutant.

« C’est vrai ? demanda la voix de notre fille.

_Kashi ! »

Mali, au bord de l’évanouissement nerveux, se précipita vers l’adolescente au Smartphone greffé à la main. Je restais près des canidées, dans cette pudique retenue que ma femme détestait. Elle me reprochait de ne pas assez manifester mes émotions. Elle me reprochait de les laisser me ronger de l’intérieur. Un discours qui ne m’atteignait pas vraiment. Pleurer, hurler, sangloter, ce n’était simplement pas moi. L’immobilisme de la dépression me dégoutait.

Ashar fixait les cheveux roux qui brillaient dans les rayons du soleil déversés par la porte encore ouverte. L’adolescente ne la refermait jamais. J’aurais voulu remonter le temps. Je savais qu’à ce moment-là, tout avait changé.

« C’est vrai, maman ? C'est lui, mon père ? insista Kashi dans le silence qui se prolongeait un peu trop. Mamax ? »

Maintenant c’était moi qu’elle interrogeait. Avec ce surnom qu’elle avait adopté alors qu’elle n’était qu’enfant. Ce surnom qui avait fait de moi un membre à part entière de sa famille et de son cœur. Mali gardait un silence incontrôlable, pâle et désemparée. Alors je hochais la tête, la mâchoire crispée sur mes réticences. Trop tard pour reculer, trop tard pour le mensonge salvateur. Trop tard pour la protéger. Il ne lui fallut pas deux minutes pour absorber, digérer, accepter l’information. Nos enfants sont décidément plus forts qu’on ne veut bien l’admettre.

« Putain d’Fissure ! s’exclama-t-elle. Ca va faire un tweet trop cool ! »

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