2082 Infiltration

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C'étaient des camions à essence, empestant l'huile et le diesel et roulant sur des pneus noirs qui crissaient douloureusement. Ils constituaient en eux même une tâche d'essence dans une ville moderne où la plupart des véhicules glissaient majestueusement sur des coussins magnétiques. Des gens les virent passer, ces véhicules à peine camouflés par une bâche d'un gris bleuté qui les ferait presque se fondre dans la circulation s'il y en avait une. Les rues étaient presque désertes, chacun étant rentré chez soi pour allumer la télévision. Les quelques quidam qui aperçurent les camions, furent trop étonnés pour penser à agir. Cette vision leur évoquait des idées trop improbables pour qu'ils y croient et de toute manière, l'allure suspecte de ces véhicules les convainquait plutôt qu'il valait mieux se tenir à l'écart de toute cette affaire. Comme pressentant un drame qui leur serait très préjudiciable, ils s'empressaient de quitter la zone au plus vite et de rentrer chez eux.
La ville était presque abandonnée par ses troupes. Pas un soldat ne croisa la route des trois camions. Ils traversèrent en cahotant sur les rails magnétiques, sans être inquiétés outre mesure. Les machines primitives mais robustes se hissant tant bien que mal sur ce chemin immaculé.


Mountgate servait de capitale terrienne au Commonwealth. C'était une immense métropole dont les infrastructures fonctionnaient toutes en parfaite synergie avec les autres. Chaque parcelle de ce territoire était une cellule d'un grand organisme politique et administratif d'importance planétaire. Les murs étaient tous blancs ou bleus, et les habitations s'étalaient partout comme une jungle galopante. Couronnant la ville de toute sa hauteur semblant toucher l'espace et surmonté de sa coupole qui servait à accueillir les visiteurs spatiaux, la tour du Présidium suprême trônait au centre de tout. C'était le siège du pouvoir terrien central, du conseil d'humains et de xénos élus par le peuple. Le tout chapeauté par les instances extraterrestres d'un Commonwealth à l'ampleur inextricable.

Ils freinèrent lentement, puis coupèrent les moteurs lorsque les camions furent parvenus devant la tour du Présidium. Une petite allée verdoyante menait à une large porte gardée par deux soldats en armure blanche, équipés de fusils à plasma. Ceux ci, interloqués, s'approchèrent prudemment des véhicules.
- "Qui va là ?" Crièrent ils. La réponse la plus évidente semblait la moins plausible. Comment est-ce que des barbares du nord pourraient être venus jusqu'ici ? Ce serait une terrible malchance si un attentat était perpétré pendant leur tour de garde.
Les portières s'ouvrirent avec fracas, et deux hommes surgirent de deux des véhicules. Leurs visages étaient cachés par de grands masques à gaz comportant des câbles et des tuyaux reliés à une machine immonde qu'ils cachaient sous leurs vestes de cuir et leurs cuirasses d'airain. L'un des deux était vêtu de brun et tenait à la main une sorte de bâton en fer blanc surmonté d'un mécanisme semblable à une immense montre aux rouages cliquetants. L'autre était tout de noir vêtu, les verres oculaires de son masque étant teintés de rouge, et il portait une épée à la ceinture.
Simultanément, les deux étrangers firent un grand geste des mains, et la réalité se brisa aussi sec.
Les deux gardes virent à leur grande stupéfaction l'air ondoyer, puis quelque chose sembla se craqueler, et des tentacules pourpres luisants comme des cauchemars apparurent de nulle part et emplirent leurs champs de vision. Une horreur indicible s'empara de leurs cerveaux et emplit leurs crânes de hurlements sourds.
La seconde d'après, les gardes gisaient au sol, inconscients. Les deux sorciers s'avancèrent vers la porte. Pendant ce temps, des soldats aux visages couverts par des masques à gaz émergeaient des camions et plaçaient à la hâte des mitrailleuses autour des véhicules. Un Soyuz en armure brune s'empara d'une lourde malle noire qu'il souleva par la force de ses bras vigoureux, tandis qu'un agent du Reich attrapait à l'arrière de son camion un tuyau souple renforcé par des anneaux de métal qu'il fixa à son sac à dos.
Les deux derniers emboîtèrent le pas aux premiers, les suivant vers la porte de la tour en emmenant avec eux le matériel.

Ils étaient tous équipés de fusils mitrailleurs et de pistolets, mais ils étaient supposés ne s'en servir que contre les xénos. Quand ils entrèrent dans la salle d'accueil, les deux sorciers déchainèrent leurs pouvoirs occultes contre la foule en présence. De son côté, Ivan Kotlinski, le futur gendre du Prescient, utilisait la psyché de la terreur et envoyait à ses victimes des visions d'horreur si intolérables qu'ils s'effondraient en hurlant, certains allant jusqu'à s'arracher les yeux pour se soustraire à ces hallucinations ignobles. De son côté, Friedrich Von Moltke, prince du Reich, se contentait d'employer la méthode brutale en déployant la psyché de la haine. D'un regard il faisait éclater les veines et bouillir le sang. En quelques secondes, sur les dizaines de gardes, de secrétaires et d'employés divers; plus un seul ne resta debout.
Les deux hommes qui les escortaient appelèrent l'ascenseur. La tour était d'une hauteur si inconcevable que monter par les escaliers prendrait littéralement des années.
Lorsque la porte s'ouvrit, une forme inhumaine apparut. Des tentacules commencèrent à s'agiter en tout sens. Aussitôt, le prince poussa un cri, entre l'exaltation et la rage, et il se rua sur la chose en déversant une pluie de tirs sur son corps flasque.
Après la première rafale, le xéno se tordît et s'écroula au sol. Le prince s'approcha et continua de tirer, chaque impact de balle faisant voler des fragment de chair et de mucus.
- "Arrête!" Fit Ivan, le sorcier Soyuz. Sa voix sortait d'un appareil radiophonique accroché à son buste et relié au masque par des câbles. "Je crois bien qu'il est déjà mort."
Friedrich tâta le corps inerte de sa botte.
- "C'est vrai. Bon sang, c'est que ça meurt vite ces trucs ! J'ai toujours grandi en voyant les images des chevaliers héroïques affrontant ces abominations, alors j'imaginai que ça devait pouvoir donner un combat digne de ce nom !"
Sans un mot, ils sortirent le corps de l'ascenseur. Le soldat du Reich qui traînait un câble derrière lui sortit de son sac un chalumeau avec lequel il découpa un trou dans la paroi par lequel il fit passer son tuyau. Puis ils entrèrent tous et sélectionnèrent le dernier étage.
La porte se referma brutalement, et l'engin se mît à monter, prenant très vite de la vitesse. Cet ascenseur était capable de passer le mur du son, et les passagers durent s'agripper aux rampes tandis que l'accélération se faisait progressivement. Une certaine tension se faisait sentir. Ce qu'ils redoutaient tous à présent, c'était le choc au moment où l'ascenseur serait brutalement stoppé. Ils avaient beau n'avoir laissé aucun témoin, ils se doutaient qu'ils seraient vite repérés et que les mesures appropriées seraient prises.
En effet, les intrus ne se doutaient pas que l'ascenseur était pourvu de caméras de sécurité, et que des agents du Commonwealth s'activaient déjà à chercher une solution.
- "On a qu'à stopper l'ascenseur après qu'ils aient franchi le mur du son." Fit un garde. "Ils mourront tous sur le coup.
- L'idée semble bonne." Fit un responsable xéno. "Mais regardez bien." Il tapota l'écran avec l'un de ses tentacules, indiquant un voyant rouge qui clignotait. "Il semble que la paroi ait été endommagée. Or dans ce cas là, l'ascenseur est programmé pour ne pas dépasser une certaine vitesse, quoi qu'il arrive. C'est fâcheux, mais on aura du mal à les avoir comme ça.
- Diantre! Qu'est ce qu'on fait alors ?
- Le mieux serait de les capturer vivants. Arrêtez l'ascenseur à l'étage de la sécurité, et préparez vous à les appréhender. Mais agissez avec la plus grande prudence. Nous ne savons pas de quoi ils sont capables."

Pendant ce temps, l'agent du Reich faisait usage de son puissant chalumeau avec lequel il s'appliquait à découper le plafond de l'ascenseur.
- "J'espère que vous ne vous trompez pas." Pesta le prince Friedrich.
- "Mes présages se trompent rarement. Et ceux du Prescient ne se trompent jamais. Quand les deux concordent, on est certains qu'aucune erreur n'est possible."
Une plaque de métal tomba, et l'homme jeta un coup d'œil à l'extérieur.
- "C'est bizarre." Fit il en rentrant la tête. "Il n'y a ni câble ni contrepoids dans cet ascenseur. Tout flotte, comme leurs foutues voitures.
- Peu importe!" S'exclama le sorcier. Il y a de la place là haut ?
- Tout juste assez! Mais si ils accélèrent, on est morts.
- Ils n'accélèreront pas."

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