Cahot

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Axiome de la Bor'And'Ja : La frontière entre vrai, faux ? Bien trop souvent une ornière !

 Tu pourrais être libre, censé, de penser, croire qu’un réveil cervmaître ne ressemble en rien à celui d’un simple zhoumain. Tu serais dans l’erreur. J’irais même plus loin. Même l’éveil d’une machine non consciente est similaire. Il y a un temps de latence pour tous. Le moment d’éternité ? Je ne saurais en juger ! Toujours est-il que c’est un moment où, différence avec une mécanique dont l'éveil la mettra en fonction sans plus, à moins qu'elle ne soit en panne, l’inconscient transmet les informations emmagasinées. Elles vont déterminer la teneur de votre émergence.

 La mienne, celle de ce moment, est clairement siglée « malaise ». Je reçois clairement des effluves de catastrophe. Un brouhaha, silencieux, règne à bord du vaisseau. Produit par des machines s’activant frénétiquement. Il est certain qu’un appareil, par définition non sapiens, ne ressens ni produit des émotions zhoumaines. Pour autant, croire qu’elle ne laisse aucune trace, de sérénité ou d’inquiétude par exemple, serait faire preuve d’une étroitesse d’esprit et d’un manque de clairvoyance tout aussi certain ! L’éveil se réalise en deux parties. L’ouverture des yeux, celle de l’esprit, dans un ordre non défini mais qui va caractériser sa qualité.

 Si votre esprit émerge en premier, vous pouvez être presque certain de l’existence d’une incidence, qu’elle soit positive ou négative. C’est exactement ce qu’il s’est produit. En ouvrant ensuite mes « yeux », j’ai immédiatement accolé l’expression « panique à bord », confirmée par le bourdonnement emplissant toutes les parties du vaisseau !

 Un des avantages d’être à quatre-vingt pour cent immatériel est l’acquisition d’une vitesse de réaction quasi instantanée. J’en ai donc appelé à toutes les mémoires, passives, actives, des technybers de niveau supérieur. Vitesse de réaction n’est pas égale à vitesse de concaténation. Il m’a fallu plus d’une demie-journée. Ma stupeur n’a fait que croitre pour finir complètement abassourdi.

 Tout plan, même le plus minutieux, comprend des inconnus, des impondérables jusqu’à des indésirables. Le nôtre, le mien devrais-je dire pour en assumer la paternité pleine et entière, force m’est de constater qu’il fut le facteur même de cet inconnu ! Rien ne s’est passé comme prévu. Tout a déraillé à peine achevé de prononcer le mot « veille ! »

 L’improbable s’est ajouté à l’invraisemblable ! Ma première équipe de veille s’est mise en panne. La seconde, logiquement, prit le relais pour s’arrêter presque aussitôt. La troisième se mit hors service de nature sécuritaire avant même le démarrage. La quatrième, dont s’était le rôle connexe, au constat d’une défaillance non vitale appliqua les procédures standards dont un redémarrage simple, une alerte de veille primaire et une priorité de navigation automatique. A ce stade, aucune urgence ne fut lancée, excluant les systèmes de relève parallèles. Ils restèrent en veille semi-profonde n’incluant que les enregistrements des opérations sans aucune connotation active.

 Le redémarrage simple n’eut aucune incidence, aucun effet. Hors celui d’en produire à la chaîne, de ne déclencher aucune alerte d’urgence ! Seule une déviation, une collision, une panne moteur majeure ou une agression auraient pu y surseoir. Le vaisseau, bien calée sur sa navigation, continua sur sa lancée. Comment ? A part le mot miracle, rien ne me vient à l’idée ! L’espace n’est pas le vide. Il existe un nombre non fini de paramètres, causes de collisions, de destructions, d’accidents. Les champs de météorites qu’un bouclier aussi puissant soit-il ne peut arrêter, les débris, les attractions comme au passage trop proche d’une atmosphère ou celle d’un trou noir, etc., autant de facteurs limités sur une période courte mais sur deux mille Périodes ? Approximativement neuf cent quatre-vingt-dix ant’nés comme elles ont été renommées sur Terre ?

 La somme du temps passé m’a proprement anéanti le mental. Je pourrais dire que c’est la chance qui nous sauva ou sauvegarda ? Laisser une telle masse se déplacer ainsi est revenir à faire piloter n’importe quelle machine par un aveugle, sourd, muet, sans bras ni jambes et sans assistance électronique.

 La chance encore qui prit la forme d’une petite balle de résidu. Elle heurta le vaisseau en passant, sans raison logique, le bouclier qui aurait dû le repousser comme quand on époussette une poussière. L’incohérence préside à l’ensemble de ces épisodes.

 Pour que ce caillou puisse passer au travers d’un bouclier fonctionnant comme une atmosphère ? Il aurait dû, au minimum, soit rebondir dessus, soit se consumer. Au lieu de ça, il a acquis le bon angle de pénétration. Une conjecture presque non factorisable sur l’échelle des probabilités !

 Toujours est-il que le fait s’est produit. Que sa taille infime à l’échelle de l’univers n’altère en rien la dangerosité contenue dans la vitesse acquise et la force d’inertie. Sans qu’il puisse mettre en cause l’intégrité du vaisseau, le choc produit fut suffisamment rude pour que les capteurs de coque élèvent le niveau d’alerte, enclenchant les processus de sécurité. Que ces derniers, dotés d’une souciance à niveau moyen, déterminent que l’incident et ses dégâts induisent une mise en danger de la vie zhoumaine. Qu’ils réfèrent au niveau supérieur. Sans provoquer la moindre réaction !

Ces capteurs, ultra spécialisés, face à un silence imprévu, non aptes à des décisions de commandement, n’eurent d’autres choix qu’enclencher la procédure d’urgence absolue. Les systèmes parallèles s’éveillèrent. Le constat qu’ils firent fut alarmant. Plus rien ne fonctionnait et depuis le choc, les technybers de niveau inférieur s’alignaient sur un comportement qu’ils jugeaient plus efficients qu’eux. Ils se mettaient en veille les uns après les autres, mettant clairement en péril l’intégrité du vaisseau.

Dotés d’une souciance évolutive au regard du niveau de danger, ces systèmes firent la seule chose qu’il restait à faire. Prendre la main, arrêt total des moteurs, réinitialisations complète des sous-systèmes, réveil des cervmaîtres, préparation à l’éjection, désynchronisation des systèmes centraux, enclenchement des générateurs d’énergie secondaire pour le maintien du centre des Mémoires et la mise sous tension de l’autodestruction.

Tu comprends maintenant le malaise ressenti. L’ajustement avec son environnement prend toujours quelques secondes. Qui se transformèrent en minutes. Qui ou quoi que nous soyons, dans l’inconnu, nos réflexes, ou nos programmes primaires, prennent le pas sur notre réflexion. Avant que cette dernière puisse donner les ordres nécessaires à endiguer la stérilité d’une méconnaissance factuelle. Dans le même temps j’essayais de comprendre, ressentir, contacter, analyser et ordonner. Il me fallut quelques secondes pour saisir la vacuité de mes tentatives de liaison. Je déconnectais donc tout pour en appeler à mes sous-circuits.

Pour tomber de haut !

M’étendre sur les huit jours suivant serait dérisoire. Saches qu’il me furent nécessaire pour rétablir seulement deux de mes cellules de veille, faire un état des lieux succinct, visualiser les dommages, en somme une série d’actions élémentaires pour jauger l’immédiat et mettre le doigt, virtuel, sur la cause de ces anomalies en cascade.

Le vaisseau a subi tout simplement un bug. Un conflit entre programmes principaux et secondaires, ceux implantés pour une prise en main alternative en cas d’alertes majeures qu’elles soient accidentelles, de déviances ou extérieures. Ma’Ht’Ux, le cervmaître alternatif, les avait désactivés. Mais il a dû oublier ou négliger une simple ligne de code dans un sous-registre disant, pour la traduire en termes simples : « En cas de danger vital incluant la survie zhoumaine, éteindre les systèmes principaux, enclencher l’auto-destruction et éjecter la sphère (nom commun de l’unité des cervmaîtres) » En soi, seule, elle ne pouvait plus opérer mais il lui restait un lien direct avec les capteurs sensitifs de présence zhoumaine effective tant physique que dématérialisée. Ils l’analysaient en permanence. La ligne incriminée, privée de tous les environnements, interpréta donc brut de décoffrage les chiffres renvoyés par ces derniers. La baisse constante de présence atteint le niveau minimal d’alerte et déclencha ses directives. En vain ! Dans un premier temps… Rappelle-toi que tout système zhoumain est doté d’un certain niveau de souciance dont fait partie, pour simplifier, je dirais l’obligation absolue de résultat. Cette unité secondaire parvint à contourner les flux, à en contrecarrer certains pour aboutir à un résultat qui faillit tout simplement provoquer la perte complète du vaisseau.

Je l’ai effacée dès que repérée mais le mal était fait. Une de mes cellules était hors de fonctionnement, irréparable en l’état. Il faudrait procéder à son remplacement, un travail long tant le nombre de connexions et interactions étaient multiples. Il ne s’agissait nullement d’enlever une carte et de la remettre. Il faudrait les sécuriser une à une puis à terme les vérifier et revérifier une à une. Ce ne serait pas une tâche d’une journée.

Les dommages à la structure du vaisseau étaient relativement mineurs. Rien qui ne puisse être colmaté, réparé, changé. Comme souvent dans une catastrophe le tribut le plus lourd fut celui de la zhoumanité. Le centre des Mémoires, le cœur névralgique de sa sauvegarde, resta quelques secondes sans alimentation, conséquence du lancement avorté de l’autodestruction. L’unité de surveillance réagit vite à ce qu’elle considéra comme non avenu et enclencha le circuit secondaire, stoppant le processus mais 1/8 des enregistrements furent perdus. Définitivement !

En toute logique, il aurait été indiscutable de procéder à un arrêt complet prolongé pour remise en état, à commencer par la chaîne technybertique. Si les premiers rapports de constats et d’anlystages ne nous avaient pas instillés ce que je ne peux appeler autrement qu’un effroi qui pour être dénué d’agitation physique visible n’en était pas moins prégnante.

Ma nature ambivalente, proche d’une machine, proche d’un zhoumain, se révèle parfois handicapante. A l’aune de ces premiers renseignements collectés, j’aurais tellement aimé n’être qu’un simple mécanisme sans sentiment, sans souciance. Ce n’était pas. J’étais abasourdi aussi proche que possible de l’anéantissement psychique. Incompréhension, le mot tournait en boucle. Les zhoumains ont une philosophie de vie basée sur la globalité. Constituée de parties, reliées plus ou moins étroitement mais qu’il est possible d’extraire pour en déceler le défaut, la corriger, au pire la supprimer pour restaurer l’ensemble. Qu’il soit alors, à l’image du fonctionnement apparent de l’univers, nouveau est indéniable mais non problématique.

La situation présente n’aurait pas dû échapper à cette équation. Il n’en fut rien. Découpée en tranches, chaque incident s’expliquait sauf celui né sur Terre. Nous ne pouvions nullement rétablir une globalité. Par défaut d’informations ! Nous étions bien trop loin des balises et satellites en orbites. Notre éloignement était absolument vertigineux. Auquel il fallait ajouter le temps de nous rapprocher suffisamment près pour les capter à nouveau. Avec un vaisseau ne fonctionnant qu’à quatre-vingt pour cent de ses possibilités, il nous faudrait deux cent cinquante ant’nées. A minima ! Compte non tenu des incidents de navigation stellaire inévitables. L’espace semble vide mais ne l’est pas et présente nombre d’obstacles et dangers potentiels.

Durant tout ce temps, il nous faudrait supporter un sevrage d’informations ; éviter de gamberger. Opérer les réparations possibles en navigation ne serait pas suffisant pour nous détourner d’un questionnement lancinant, rapport à l’incohérence absolue du déroulement de la colonisation. Elles étaient pour le moins étonnantes, sidérantes. Une sirène d’alarme sourdait en permanence en moi et à des degrés divers en mes technybers survivants. Elle n’était pas près de s’éteindre !

Ma seule synthèse m’amenait à un résultat prosaïque : quelque chose n’allait pas ! Je ne pouvais mieux exprimer mon ressenti, celui ds mes technybers. Cette série d’évènements que nous n’aurions dû que recevoir de manière factuelle, excluant tous sentiments devenait la plus pertinente marque de cette axiome de la Bor’And’Ja : « La réalité dépasse la fiction ! »

Toujours…

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