Anicroche

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Axiome de la Bor’And’Ja : Un quart de vérité ? Forcément un mensonge…

 Parfois, de bonne foi, nous avons l’impression d’avoir tout dit ! Souvent le retour semble que tout n’a pas été compris ! L’intervalle écoulé entre les deux dilue la sujétion, en atténue la portée, l’assimile à un chatouillement pouvant virer colère. Le plus souvent ce n’est que l’oubli. Il peut être instantané comme à déclenchement lent.

 Pour être subjectif, pendant mon ultime discours j’avais annoncé nombre d’évènements collatéraux. Mes concitoyens étaient-ils en mesure de les entendre ? Retenir ? J’en doute à présent ! La question ne se pose qu’aujourd’hui alors que viennent de résonner les vibratos d’alerte non urgente.

 Durant l’approche finale, nous avions repéré l’arrivée d’un amas que par ironie nous avions nommé Chaït’I’an. Dès ce moment nous avions considéré que le fait était mineur, non prégnant en regard du but de la mission et, essentiellement de sa finalité. Nos calculs avaient déterminé que la comète croiserait notre route dans sept cent cinquante saisons, nouvelle comptabilité des jours destinée à remplacer l’ancienne unité, la Période. Nous avions donc considéré, qu’à ce moment, l’installation zhoumaine aurait été entamée suffisamment pour être sur de bon rails. Que l’éloignement du vaisseau, induit pas son passage, ne grèverait nullement cette dernière. C’est textuellement ce que j’avais annoncé. Et que tout le monde avait oublié ! Devais-je le leur rappeler ? Après une longue réflexion, je décidais que non.

 Les appels au vaisseau, après les débuts, étaient devenus rares et même inexistants depuis plus de vingt saisons. La planification établie se déroulait conformément aux attentes. Les infrastructures, les cultures, la structure sociale, sont établies.

 Comme envisagé dès l’origine, le noyau originel s’est scindé en plusieurs groupes. Les aventuriers amateurs de découvertes, avides de nouveautés et d’espace ; les partisans de l’expansion même à moyens limités ; les plus nombreux, désireux de développer au maximum la communauté d’origine. La quatrième cause ? La divergence politique apparue depuis quelque temps. Elle conduisit à l’expansion, la création de nouvelles cités. Ces partants le firent en toutes connaissances de causes, sans disposer des moyens techniques tous accaparés par la base de départ. Hormis les communicateurs et les médics.

 Le lien est assuré par les R’A’Buns, reproduisant exactement leurs rôles premiers sur Zhyoom. Ils portent les nouvelles ; donnent des conseils ; rappellent les préceptes de la Charte ; content et apportent la culture.

 Le système, directement issu de leurs expériences zhoumaines, ronronneraient gentiment jusqu’à la jonction matérielle venue de Le’M’sa, « le cocon », nom symbolique, choisi pour le site atterrissage, qui ne tarderait plus. Le partage apporterait alors l’équilibre.

 Ma seule et vraie inquiétude concerne les explorateurs. Sur la trentaine de groupes répertoriés, nombre sont disparus, rapidement, corps et biens. Partis sans capteur, sans traceur, je ne pouvais me permettre de les suivre tous en permanence. L’intérêt n’était pas non plus majeur. Ces zhoumains avaient fait un choix assumé et ma conscience m’interdisait d’interférer. l’aléa avait été évoqué et l’unanimité s’était porté sur la présomption d’innocuité même pour les peuplades d’origine.

 Terre, notre nouvel asile, n’est pas inhabitée. Elle abrite des espèces humanoïdes à un stade évolutif pré-primitif donc non expansionniste. Dire qu’ils sont encore dans les langes de la création reflète l’exacte vérité. Ils en sont aux balbutiements de la vie et rien n’assure, ni le contraire d’ailleurs, que ces espèces survivront. Fidèle à nos valeurs, nous avons pris soin de nous installer à l’opposé de leurs centres vitaux. Le télescopage ne pouvait donc avoir lieu sauf volonté absolue en totale contradiction avec notre ligne. Il ne pourrait se produire que dans un temps très éloigné. Plus celui-ci serait important, plus son œuvre de nivelage aurait opéré. Ce ne serait que la rencontre de deux tribus différentes, pas forcément antagonistes et à un stade d’évolution permettant le dialogue.

 Des rares groupes dont j’avais pu quand même suivre la progression, j’ai fini par en perdre toutes traces. Aucun retour ne s’est produit sans pour autant pouvoir conclure à leur disparition. Dès le départ j’ai concentré mes observations sur les autochtones et Le’M’sa bien sûr . Les tribus n’ont donné aucun signe d’une quelconque rencontre. Les dangers sur une planète inconnue ne manquent pas. Il est plus que probable que des pertes ont eu lieu mais tout aussi que des installations, des nouveaux points d’ancrage se sont produits. Leur taille ne pouvant qu’être réduite, je n’ai pas les moyens matériels pour réaliser une recherche poussée. Plus tard peut-être ! J’ai clos temporairement ce chapitre tout en gardant une cellule de veille centrée sur les foyers des locaux.

 Consultant de cette archive, je peux deviner une question sous-jacente. Pourquoi ne pas atterrir ? Tout simplement parce que notre vaisseau est trop gros. Un vermicelle à l’échelle de l’univers, une enclume à celle d’une planète, il créerait des perturbations trop importantes, des catastrophes en série. Sa taille le destine à rester au large. Le simple fait de le faire entrer dans l’atmosphère de cette planète élèverait la température d’au moins un degré, créant d’offices nombre de distorsions ne serait-ce que climatiques.

 La taille suppose aussi d’autres contraintes. Il ne suffit pas de vouloir pour faire instantanément se mouvoir une telle masse. Il a fallu deux jours, depuis que l’alerte nous a tiré de la demie-stase dans laquelle nous sommes plongés la plupart du temps moi et les technybers, pour mettre en branle toutes les procédures. Dont les vérifications de trajectoire qui m’incombent particulièrement. Une presque mauvaise surprise m’attendait. Chaït’I’an avait légèrement dévié. Rien de vraiment surprenant si l’on considère les aléas de l’espace bien plus nombreux que l’imaginaire le croit. Les vents sidéraux, les attractions diverses dues aux planètes, les débris, autant d’éléments parmi d’autres aptes à fournir des écarts d’à peine parfois un degré. Mais à l’échelle cosmique, cet infime peut induire des conséquences pouvant aller jusqu’à la fatalité.

 Pour l’heure, cette dérive de la comète nous obligerait à un éloignement plus lointain, plus tôt qu’anticipé. Une trentaine de Périodes, à rajouter aux quinze initiales ou pour parler terrien, quatre-vingt-quatorze saisons ou vingt-trois ant’nés, nouvelle norme de comptabilité des jours passés.

 En elle-même, une durée minimale peu susceptible d’influer sur le cours des évènements. Mon travail de projection me garantit qu’aucune urgence ne va se présenter. Hormis d’éventuelles catastrophes climatologiques, sur lesquelles je n’aurais aucune incidence sérieuse ! A mon retour, si nécessaire, je pourrais infléchir le cours des évènements. La plage de temps, même en cas de déviance majeure, ne serait pas suffisante pour être fâcheuse.

 Une parenthèse s’impose. Ce rôle d’inflexion et d’interventionnisme n’était pas prévu à l’origine. Seulement celui d’aide matérielle, technique ! Comment y suis-je arrivé ? Le cervmaître de secours ! Celui dont nous avions rapidement supposé l’existence. Il s’est manifesté dès le lendemain de la fin des opérations de débarquement. Comme souvent son statut était double. Je dis comme souvent mais ce fut une découverte pour moi, pas trop agréable, de constater ces doubles niveaux à tous les étages. Une preuve que la confiance ne régnait pas sur la réussite de la mission. Un manque jamais affiché dénotant, même si le mot est fort, même si je peux comprendre l’intention, même si effectivement l’avenir était suspendu à notre réussite, une déviance certaine de nos valeurs initiales. Un fait troublant qui remet en cause profondément ma volonté d’en finir avec l’existence. Un travail va être nécessaire pour décrypter ce comportement que je n’hésite pas à qualifier de paranoïaque et d’inzhoumain. Pour le moment, je l’ai mis en retrait mais il m’horripile, pour le moins.

 Ma’Ht’Ux, le cervmaître de secours, lui, n’a pas survécu au conflit. Il n’a pas désiré affronter une réalité qui ne lui convenait pas. Plus encore que moi et mes frères cervmaîtres, il a vécu dans une illusion de toute puissance qu’il pensait ne pas pouvoir surmonter en réintégrant une normalité.

 Personnellement c’est un choix que je n’ai plus. Mes compatriotes m’ont oublié. C’était prévu. Mais j’ai un devoir envers eux. Veiller et leur assurer un maximum de chances de réussite. Quand elle sera assise, cette néo-civilisation zhoumaine, il sera alors temps de lui communiquer toutes les données. Qu’elle puisse ne jamais retomber dans ces errements. J’y veillerais. J’attendrais le temps qu’il faudra. Je passerais outre à ma fatigue, mon épuisement.

 Consultant, tu te dis que j’exagère. Que je ne suis pas apte à ressentir ces sentiments. Tu te trompes. Pour autant qu’ils se cantonnent au domaine psychique, ils n’en sont pas moins réels. Je les ressens comme si j’étais fait d’os et de chair. Ils se combinent à la totalité des souvenirs qui remontent depuis cette révélation. Viennent percuter mon niveau de souciance. La normalité aurait été standard, si j’ose dire, je n’aurais pas pu me faire surprendre. Ce n’est pas. Ajoutes-y l’alignement des jours, leur uniformité, l’absence d’à-coups, la neutralité, autant d’aspérités gommées, pour mieux uniformiser et tu obtiens l’éclatement d’une bulle de résurgences, précieuses parfois, inopportunes aujourd’hui. Presque un viol qui a pénétré mon stade d’inconscient pour atteindre mon conscient.

 Par-delà les apparences, sous bien des aspects, je peux être considéré comme une machine, un technyber suprême. Tous nos robots sont dotés d’une part de souciance. Du plus humble comme le nettoyeur au plus sophistiqué comme les navigateurs. La frontière en devient étroite, pas toujours perceptible et je dois souvent me référer à nos formateurs qui martelaient sans cesse que nous restions des zhoumains à part entière, sentiments compris. Nos capacité n’oblitèrent pas l’Amour, l’amitié, la joie, la tristesse, la haine, l’inimitié, etc., tout ce qui représente notre fonds commun !

 Et le pragmatisme ! Qui dit fatigue, implique repos ! Nul besoin de mobiliser mes capacités pour faire cette déduction. Je n’avais pu m’y adonner dans la période précédente mais cet éloignement va m’en fournir l’occasion. Autant en profiter ! Ce contretemps, piqure d’aiguille dans la cuirasse d’un programme bien établi et suivi, est une aubaine pour me ressourcer, faire le plein de lucidité, aérer mes synapses surchargées. Mon utilité pour cette opération d’éloignement est proche du zéro. Une fois programmé, contrôlé, vérifié, mes technybers s’en chargeraient tout aussi bien sinon mieux que moi. Ils opéreraient classiquement par quatre équipes de quatre sur quatre niveaux de veille/contrôle. Secondés par deux réseaux parallèles d’alerte.

 De l’intention à l’action, nul besoin de tergiverser cette fois ! Il voca/pensa l’ordre de mise en veille et s’endormit aussitôt.

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